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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Sam 4 Juin - 7:37

TROPICAL STORM
Tempête tropicale
de Melissa Good

traductrice : Fryda



AVIS PREMIER : Cette version de Tropical Storm est une version ayant subit un «polissage». Je ne retire donc aucun crédit de traduction puisque ces crédits reviennent entièrement à la traductrice originale: Fryda. Avec son aval, je ré-édite ce fabuleux récit et appose ici les liens pour les lecteurs et lectrices qui souhaiteraient lire la version originale ou encore lire la suite de cette série. Je remercie d’ailleurs Fryda de m’avoir laissé jouer avec sa traduction et pour son formidable travail. C’est colossal. Merci aussi à Fausta pour préserver et mettre à jour toutes ces fanfics de l’ancien site de Guerrière et Amazone. Sur ce bonne lecture.

Alyss

http://fanfictions.pbworks.com/w/page/9699499/FrontPage : pour le site officiel
http://fanfictions.pbworks.com/w/page/9699978/Missy-Good : pour les fanfictions de Missy-Good traduites par les bons soins de Fryda.



AVIS AUX LECTEURS/TRICES :L'histoire qui suit est une "UBER-XENA". Petite explication pour ceux/celles qui ne connaitraient pas :

Dans une Uber-Xena, les personnages s'inspirent de ceux de la série mais l'histoire se passe à un autre époque et à un autre endroit. Les personnages ne sont pas des répliques exactes des personnages originaux mais présentent toujours les mêmes caractéristiques physiques et souvent psychiques. Dans un grand nombre d'Uber, les deux héroïnes sont des descendantes de Gabrielle et Xena.

Bonne lecture !

kaktus

Démentis habituels:

Je n'en ai pas besoin pour cette histoire. Tous les personnages m'appartiennent (rire). Je devrais probablement faire un démenti pour l'utilisation de ma propre société, mais je ne le ferai pas, sauf si la tentation est trop grande, et j'appelle le grand chef "Les". Oups... je l'ai fait, mais toute ressemblance avec quelqu'un de réel serait une coïncidence. (Le vrai est l'une des personnes les plus gentilles que j'ai jamais rencontrées, honnêtement.)

Qu'est-ce que c'est que cette histoire : c'est une Uber-histoire (Ooooh...! ce truc de l'Uber !). Vous avez une description générale des deux héroïnes de l'histoire qui va vous rappeler deux vieilles amies que nous connaissons tous très bien, mais c'est tout. L’époque où se passe cette "Uber", c'est de nos jours et l'endroit, c'est Miami, Floride.

Pourquoi Miami ? Et bien, j'y vis. Je n'y vis pas seulement, mais ça fait trente ans que j'y vis. Cela veut dire que je connais tous les satanés coins de la région, et comme je vais tenter d’écrire cette Uber, je suis aussi bien de ne pas me stresser outre mesure en faisant des recherches sur un coin de pays que je ne connais pas. (D'accord ? D'accord.)

Le monde dans lequel mes petites Uber-chéries évoluent est le mien - pas que je sois le maître du donjon ou un truc idiot comme ça, mais je travaille pour une société appelée EDS, et nous sommes dans le domaine de la technologie de l'information (TI) - nous aidons d'autres sociétés à externaliser leurs coûts d’exploitation de système d'information (SI), et nous affilions leurs propres compétences SI et leur personnel.

En d'autres mots, nous sommes l'EDS-Borg - vous serez assimilés - toute Résistance est Futile. (Je n'invente rien) Quoi qu'il en soit, les deux personnages vont évoluer et naviguer dans un domaine auquel je ne toucherais pas , même avec une pôle de trois mètres de long – par ailleurs ce n’est pas autobiographiques.

Je fais du soutien technique et de réseau - je reste à distance de la finalité affairiste d'EDS, parce que c'est à la fin, vous vous retrouvez toujours coincés, et pas dans une place amicale, si vous voyez ce que je veux dire.

J'ai essayé de conserver la saveur de notre hiérarchie malgré tout... et la loufoquerie qui va parfois avec le fait de diriger une compagnie mégalithique. Les descriptions de nos serveurs, cependant, sont fictives, ainsi que les noms des personnes impliquées.

Fisher Island, l'endroit où vit Dar Roberts, est un endroit réel. J'y ai travaillé. Les descriptions sont de l'année 1990 cependant - il y a eu pas mal de constructions depuis avec plus de copropriétés et des trucs du genre. Tous les endroits, les restaurants, les rues, et les chaussées sont réels. Je n'ai pas vu l'intérêt de les inventer, alors que Miami est une ville suffisamment colorée sans que j'aie à le faire. C'est une sorte de tribut à ma ville natale parce qu'il se trouve que je l'aime beaucoup.

Dar et Kerry ne sont pas des super- espionnes, ou des agents secrets, ou des renégates de quelque sorte. Elles ne fuient pas devant la justice, ni n'envahissent des pays du tiers-monde (EDS en dirige quelques-uns, cependant) ou quelque chose comme ça. Peut-être trouverez-vous leurs vies ennuyeuses... je n'y peux rien... il n'y aura pas beaucoup de poursuites de voitures ou de mitraillades, bien que ce soit Miami, et que c’est une ville plutôt dure, alors tout peut arriver.

C'est seulement l’histoire de deux personnages, qui se rencontrent dans des circonstances très habituelles, et changent la vie l'une de l'autre.






Chapitre 1


L’alarme du réveil résonna doucement, tirant de son sommeil la forme allongée sur le lit d'eau. Un long bras s'étira et frappa un des boutons pour stopper la sonnerie, avant de revenir en place. Malgré la faible lueur du clair-obscur, des yeux opalins déjà grands ouverts, fixaient le blanc terne du plafond.

Mis à part la douce respiration de l’occupante du lit, le condo était calme et seuls les petits cliquetis et sifflements émit par la machine à glace ainsi que le doux ronflement de la ventilation venaient distraire l’obscurité. Au final, cette respiration se mua en soupir et le matelas anti-vagues crissa lorsqu’une forme de haute taille roula hors du lit et se mit à marcher à pas mesurés sur le plancher de bois en teck poli vers une salle de bain au sol recouvert de marbre couleur saumon pâle. La lumière jaillit, provoquant un grognement audible, puis l'eau coula dans le lavabo également en marbre, éclaboussant avec fracas la peau chaude qu'elle percutait.

La victime finit d'essuyer l'excès d'eau à l’aide d’une serviette duveteuse, puis fit face à son reflet. "Bonjour." Des yeux bleu clair appartenant à un visage anguleux aux pommettes saillantes, au front haut et large couronné de cheveux noirs en batailles qui lui descendaient jusqu'aux épaules, lui rendit son regard. La voix portait un chaud contralto, légèrement enrouée par le sommeil, et les lèvres qui avaient formé le mot se tordirent en un sourire sardonique quand elle n’obtint pas de réponse.

Les reflets de la lumière de la salle de bain sur le plancher en bois, guidèrent les pas de la grande femme qui, pieds nus, traversa la chambre, puis la salle de séjour en passant sur de doux tapis berbères entrecoupés d’un carrelage de céramique aux motifs chaleureux pour enfin rejoindre la cuisine.

Un autre cliquetis et la lumière se fit, ramenant à la vie la pièce aux riches teintes de bleu et de blanc. Une lueur mate se réverbéra en ondulant sur les comptoirs aux carreaux bleu royal et sur la surface des appareils électriques blancs. Seul le réfrigérateur sortait du cadre - il était fait d'acier inoxydable, comme le stipulait ses insignes commerciales.

Sur le comptoir, près d'une cafetière unie et d’un mixer usé, se trouvait un terminal d'ordinateur, éteint, à l'exception d'un petit boîtier qui clignotait sur son bord inférieur droit. "Démarrage." Dit-elle. "Messages."

"Messages." Répondit ce dernier avec allégeance. "Dar Roberts, six messages, deux urgents. "

"Lire." Elle bâilla et marcha vers la cafetière, pressa le bouton de mise en marche à l’aide de son poing, et regarda le café moulu qu’elle avait préparé la veille, s’écouler lentement. À l’arrière plan, l'ordinateur lui lu patiemment ses messages.

"Urgent. Envoyé par John Dierhdohl. Heure : 4h32."

Hé, Dar ! Le contrat Associated Synergenics est passé... ils ont fait diligence raisonnable tard hier soir, aussi nous aurons besoin d'une escouade de pirates là-bas. Heureux que ce soit dans ton coin – laisses-moi savoir comment iront la transgression et le pillage, d'accord ? John D.


"Mmm..." Dar se retourna et s'appuya de nouveau contre le comptoir en croisant les bras sur sa poitrine. "Pas mal... pas mal... Suivant."

"Urgent. Envoyé par Lou Draefus. Heure : 2h53."

Dar - les budgets préliminaires sont arrivés - nous comptons sur tes talents pour qu'ils soient respectés. Appelles-moi lorsque tu arrives au bureau.

Duks.


"Bon sang." La grande femme soupira. "Dukky, tu sais que je hais les budgets... donnes-moi simplement un foutu chiffre et je ferai le nécessaire... ne m’oblige pas à argumenter toute la matinée sur le nombre de crayons qu’il faut allouer à cette satanée unité d'activité stratégique (UAS)."

"Voulez-vous envoyer, la réponse ? " Demanda l'ordinateur, qui avait gardé en mémoire sa dictée. Dar vérifia la transcription de ce qu'il avait enregistré. "Envoi."

"Merci. " Répliqua l'ordinateur. "Message suivant... " Il continua, passant en revue des messages plus banals tandis qu'elle attrapait un bol, y versait des céréales, ouvrait le réfrigérateur et tint ce dernier sous un dispensateur de lait. Elle écouta les agréables crépitements produits par le liquide tandis qu’il s'infiltrait au travers des flocons secs. Elle ajouta une cuillère à son petit déjeuner et s'appuya de nouveau contre le comptoir alors que l’ordinateur terminait de lui lire ses messages. "Juste six... pas mal."

L'ordinateur tinta. "Confirmer demande de conférence vidéo, Les. A. "

Dar étouffa un juron, puis soupira. "Accepté." Une lumière s'alluma derechef sur la petite caméra, en forme d'œuf, posée sur le dessus de l'écran, et une fenêtre s'ouvrit, dévoilant un homme au visage rond et angélique, dans la mi-cinquantaine, vêtu d'un habit immaculé à rayures grise et d’une cravate bleue foncée parfaitement nouée autour de son cou trapu. Ses mains étaient croisées sur le bureau d'acajou devant lui, et lorsque ses yeux glissèrent vers son propre écran et qu’il la vit, un sourire paternel se dessina sur son visage.

"Ah ça... c'est comme ça que j'aime à commencer MA matinée.... Dar Roberts en petite tenue." Le Président du Conseil d'Administration gloussa de joie.

Dar se contenta de continuer à manger, et lui lança un simple regard. "Vous venez de contrevenir au code d'éthique, Les... nous allons devoir faire quelque chose à votre sujet un de ces jours." C'était une blague et ils le savaient tous les deux. Dans la Société, les règles d'éthique en application se devaient d’être suivies de façon très stricte, enfin, jusqu'à un certain niveau. Une fois que vous aviez atteint ce niveau, vous deveniez 'un des gars' et on attendait de vous que vous ayez la peau dure. Dar, en tant que vice-présidente administrative, était au-delà de ce niveau, mais devait tout de même composer avec les remarques au sujet de son apparence de la part de ses supérieurs immédiats. Heureusement, elle devait admettre que la plupart du temps, cela se résumait à des compliments. Elle avait entendu les remarques désobligeantes adressées à quelques-uns des autres cadres féminins... tout particulièrement celles adressées à Eleanor Evans des Finances, qui tentait entre autres choses, de vaincre un problème de surpoids.

Les ricana un peu. "Vous pouvez me faire tout ce que vous voulez, mon chou... c’est quand vous voulez. Vous n’avez qu’à appeler Julie et prendre rendez-vous, d'accord ?"

La grande femme aux cheveux de jais croisa les jambes. "Attention, Les... à votre âge, vous devez faire attention à votre cœur... je ne pense pas que vous puissiez vous occuper de moi." Ce genre de joute verbal avec le P.D.G était quelque chose qu'elle arrivait presque à apprécier, et elle le soupçonnait d'en faire autant.

Le président sourit. "Ne vous inquiétez pas... je garderai un milk-shake de Viagra à portée de main." Puis il s'éclaircit la gorge. "Très bien... assez rigolé, bien que j'apprécie à la fois la vue et la conv... ce contrat Associated." Ses yeux marron étaient redevenus sérieux, presque prédateurs en fait. "Il me les faut à cinquante pour cent, Dar."

Dar arrêta de mâcher pendant une minute, et le regarda. "Cinquante ? Vous voulez aussi continuer à faire affaire avec eux ou juste leur faire fermer boutique ?" La Société acquérait des filiales en leur offrant d'externaliser leur chiffre d’affaires à un moindre coût. Lorsqu'ils se portaient acquéreur d’une telle filiale, c'était le travail de Dar, ainsi que des autres cadres de son niveau, de faire le ménage et de procéder à une restructuration en profondeur, pour ce faire, il fallait trouver un moyen de maintenir les coûts d’exploitation au seuil minimum; la méthode la plus efficace consistait à effectuer des mises à pieds, car c’était toujours la plus grande source de dépense, dans le domaine des SI. La moyenne limite de ces ‘mises à pieds’ était toujours de l’ordre de dix à vingt pour cent, mais Dar avait la réputation de dépasser cette limite, d’ailleurs elle avait atteint les trente-cinq pour cent chez ses deux derniers clients. "Si c'est les bazarder que vous voulez, je vais simplement leurs envoyer mes chiens, et ce sera vite fait."

Les secoua sa tête grisonnante. "J'en ai besoin, Dar... la réunion des actionnaires se tiendra dans deux mois, et je dois produire les états financiers du troisième trimestre avant cette date... avec le budget tel qu'il apparaît en ce moment, et ce fiasco avec United Telecom, soit vous me donnez Associated à cinquante pour cent, soit nous ne montrerons pas de croissance à plus de dix pour cent, et vous savez ce que cela signifie… Allons... je sais que vous pouvez le faire... et lorsque vous l'aurez fait, j'aurai une petite surprise pour vous."

Dar soupira. "Plus de surprises, Les, dac? La dernière fois vous m'avez presque tuée quand vous m'avez fait conduire cette satané GM."

"Tch... tch... de mauvaise humeur ce matin, hein ?" Le P.D.G. rit. "Non... c'est mieux que ça... je le promets."

"Je verrai ce que je peux faire." Dar soupira.

"Ça c'est mon petit requin... vous savez Dar... vous êtes un tel exemple pour tous les autres..." Les se pencha vers l’arrière et la regarda. "Quelle image parfaite vous faites... belle, en bonne santé... grignotant vos céréales là..."

Dar leva les yeux vers la boîte de céréales bleue où un tigre flamboyant agitait une cuillère vers elle et elle sourit. "Oh ouais."

"Il faudra venir à Plano un de ces jours, et enseigner quelques-unes de vos leçons à ma femme."

"Je hais Plano, Les." Commenta Dar, en terminant son bol et en le posant dans l'évier en inox, puis elle se tourna et attrapa une tasse pour son café.

Le P.D.G. sourit. "Je vais vous pardonner d’avoir dit ça juste parce que vous m'avez montré ce joli petit cul, Dar."

Dar leva sa tasse et lui lança un regard malicieux. "Ce fut agréable de vous voir aussi, Les."

"Cinquante pour cent, Dar." Déclara l'homme plus âgé, avec un geste de la main. "À bientôt."

L'écran s'éteignit. "Fin de la réunion."

Elle soupira et regarda l'ordinateur qui mettait fin à la session. "Joyeux lundi." Murmura-t-elle en prenant sa tasse et en ouvrant la porte de verre coulissante qui menait sur le balcon du second étage. Un vent d’est souffla ses cheveux vers l'arrière et plaqua son T-shirt contre son corps. Elle posa sa tasse sur la petite table en pierre et alla jusqu’à la rambarde bétonnée, avant de s'y appuyer pour regarder, au-delà de la jetée couverte de rochers, vers l'étendue infinie de l'océan Atlantique.

Elle aspira la brise imprégnée de sel et chargée d'humidité, laissant cette si familière odeur l'apaiser tandis qu'elle écoutait le son rythmique du ressac qui venait frapper les rochers de corail qui composaient la berge de l'île sur laquelle elle se situait. À l'est, au-dessus du sombre océan, l'horizon couvert de nuages formait une ligne grise. Tout était si calme, elle pouvait même entendre le tintement métallique des amarres des bateaux ancrés à la marina en contrebas. Une mouette, qui cherchait de la nourriture, plongea et ses ailes battirent l'air quand elle reprit son essor le long des coraux.

Dar allongea le bras, attrapa sa tasse en refermant ses mains autour de la surface en céramique et prit une gorgée du breuvage fort et parfumé. Elle appréciait la quiétude du petit jour, particulièrement ici sur Fisher Island, où le trafic était inexistant, de plus si vous ne tourniez pas la tête vers la gauche pour apercevoir la longue ligne d'horizon de Miami Beach, vous pouviez vous imaginer être quelque part dans les Caraïbes à regarder le soleil se lever.

Son immeuble, ici sur la saillie la plus à l'est de la petite île, consistait en un complexe à étages qu'elle partageait avec quatre autres résidents. Les murs extérieurs étaient faits de béton armé, soigneusement conçu et aménagé pour simuler un adobe vieillot, ils répondaient cependant aux normes de protection en vigueur contre les ouragans, obligatoires ici dans le comté de Dade en Floride. Fisher Island formait une communauté huppée, composée de résidences cossues face à la mer pour ceux et celles qui avaient les moyens de débourser des sommes astronomiques. Dar avait hérité de la sienne, heureusement, car elle connaissait leurs valeurs, mais trouvait difficile de croire que l’on pouvait dépenser trois millions de dollars pour un simple appartement. Enfin, un appartement tout de même vraiment, vraiment luxueux, avec cinq chambres à coucher, trois salles de bains, et une magnifique cuisine, qu'elle n’utilisait que rarement.

"Merci, tante May." À l’aide de son café elle porta un toast à l'intention de sa défunte tante adorée. May Roberts avait fait sensation dans la famille, elle avait épousé quatre hommes et les avait tous portés en terre, ce qui avait considérablement garni son compte en banque. Elle avait acheté cette résidence en tant qu'investissement pour la louer de temps en temps, mais dans son testament, elle l'avait légué à sa nièce, en indiquant clairement que c'était mieux pour Dar de vivre là, plutôt que dans 'cet horrible Grove'.

Après plusieurs années passées au milieu d’un conglomérat d'artistes éclectiques du sud, cela avait demandé à Dar un certain temps pour s’acclimater, mais elle avait fini par décider qu'elle aimait cet endroit. L’Île n'était accessible que par le ferry, parfait pour s'éloigner de la ville, et passer un peu de temps seule au calme, sans cris, ni crimes, ni voisins bruyants.

On insonorisait les appartements à trois millions de dollars.

Les innombrables aménagements de l’île expliquaient les frais de maintenance outranciers, mais cela représentait moins que le loyer qu'elle devait payer dans le Grove, et elle n'était pas mal payée, alors... c’était parfait. Elle devait admettre qu'elle appréciait ce mode de vie auquel elle n'avait jamais même envisagé d’adhéré, elle éprouvait même un certain plaisir à observer les gens de la haute, qui peuplaient l'île, lors de leurs étranges rituels sociaux.

Le soleil fit passer l'horizon au rose corallin, et, sous ses yeux, la mer d'un noir d'encre passa lentement d’un gris sombre à un vert profond et riche. Au large, le courant marin brisa la surface de l’eau en ridules, et elle inspira une fois de plus l'air de l'océan avec un sentiment de bien être. "Bon, il est temps de s’activer." Elle termina son café, puis se glissa à l'intérieur par les portes vitrées, passant de la chaude humidité à l'air conditionné avec un petit frisson. Le carrelage était froid sous ses pieds nus, et elle se dirigea rapidement vers l'armoire en se dépouillant de son T-shirt pour l'échanger contre sa tenue de sport, qui consistait en une paire de shorts, et un haut moulant. Elle noua ses cheveux et mit un bandeau, puis elle s'assit pour mettre ses espadrilles en tirant, de ses doigts habiles, sur les lacets pour les nouer efficacement. "Je ne crois pas que ta femme apprécierait mes leçons, Les." Dit-elle à voix haute avec dérision. "Elles impliquent de la sueur, beaucoup de sueur."

En soupirant, elle se leva et marcha vers la petite armoire située à l'intérieur d’une alcôve en haut de l'escalier, puis elle fourragea à l’intérieur pour en tirer un jeu de poids pour les poignets et les chevilles, qu'elle enfila méthodiquement. Elle descendit ensuite l’escalier, déverrouilla la porte d'entrée pour la verrouiller de nouveau derrière elle et émergea sur le petit porche à l'extérieur du condo. Une douzaine de marches menaient au parking souterrain de l’immeuble, et elle y descendit prestement avant de ressortir sur une petite route qui serpentait vers l'océan.

L'île, presque ronde, faisait environ un kilomètre et demi de circonférence, et Dar avait pris l'habitude d'en faire le tour quatre fois, qu'il pleuve ou qu'il vente, même sous les déluges subtropicales que Miami pouvait déchaîner parfois. Avec un soupir elle se lança au pas de course sur la petite route.

Cette dernière était parallèle à l'Atlantique et elle passa d'abord devant des conglomérats d'immeubles qui ressemblaient à celui où elle habitait. L'architecture était de type méditerranéen, avec ces toits de tuiles et ces murs de style adobe, ces immeubles semblaient se fondre dans le décor. L'aménagement paysager, riche en bosquets qui toléraient le sel, était impeccablement entretenu et parfaitement taillé, elle aperçut ensuite les lits de fleurs hivernales qu’on avait planté pour mettre un peu de couleur et égayer la scène.

Une fois les immeubles dépassés, elle passa devant le ‘Beach Club’, qui abritait un restaurant de style rustique et bordait une petite mais parfaite plage de sable. Des chaises longues étaient déjà installées tandis que des garçons de plage balayaient le sable de leur surface, et comme à leurs habitudes, à son passage, les travailleurs aux cheveux foncés lui firent signe de la main en guise de salutations.

Puis la route monta vers la terrasse de corail et le vieux manoir, qui avait autrefois appartenu aux Vanderbilt, ce dernier abritait le restaurant principal et le bar du club, sa piscine d'eau salée d'un bleu azuré miroitait dans la lumière naissante du jour. Des paons se promenaient sur la terrasse de la piscine et paonnèrent à son passage, laissant à intervalles réguliers échapper un petit cri de surprise.

Elle dépassa encore d’autres condos, puis enfin, la triple marina, composée à cette époque de l'année, de bateaux qui s'agitaient doucement sur les vaguelettes; des voiliers pour la plupart, leurs voilures enserrées sous des housses, ainsi que des grands yachts à moteur, presque des navires pour certains, puisqu’ils possédaient plusieurs ponts d’acajou poli.

L'arrière de l'île n'était pas aussi fascinante, car elle donnait sur une série de jetées qui formait le Port de Miami et sur des cargos et des navires d’affrètements en provenance des Caraïbes et de l'Amérique du Sud ainsi que sur des rangées de grues sur chenilles dont les câbles claquaient dans la brise.

La petite route menait au coin face à ‘Government Cut’, le principal chenal d'expéditions du Port, que les ferries devaient traverser pour atteindre le terminal sur ‘McArthur Causeway’. C'était aussi l’entrée principale pour tous les bateaux de croisière, et lorsque Dar tourna le coin, elle se vit en train de faire la course avec le Sovereign of the Seas, une des plus grandes villes flottantes qui venait de lever l’ancre pour prendre la mer. Cela faisait partie de sa routine, tout cela était si habituel. Au moment où elle achevait son quatrième tour, le Sovereign sortait du canal, et le soleil perça l'horizon, teintant le ciel de pêche et crème, alors que les nuages restaient suspendus au-dessus de l'océan. Dar ralentit et termina sa course là où elle l'avait commencée, et lorsqu'elle se mit à marcher doucement de-ci de-là pour se refroidir, un garçon aux cheveux blonds bouclés arriva en car de golf, on pouvait voir les mots ‘Beach Club’ inscrits sur la devanture en fibre de verre.

"Bonjour, Carlos." Dit-elle entre deux inspirations.

"Bonjour, Ms. Roberts." (Note de la traductrice : Ms. est un terme employé pour désigner une femme non mariée mais qui ne souhaite pas être appelée mademoiselle. Intraduisible à ce jour en français. Se prononce MIZ) Le garçon sauta hors du véhicule, tirant avec soin sur sa chemise à manches courtes en lin blanc avant de prendre une tasse qui fumait doucement sur le plateau posé sur le siège avant. "Voilà."

Dar afficha un demi-sourire et prit la tasse de café con leche (NDLT : café au lait cubain). "Comment réussis-tu à être pile à l'heure?"

Le jeune homme sourit. "C'est pas moi, miss... c'est vous... comme une horloge, six heures quarante-cinq, et vous voici." Il s'interrompit. "À moins qu'il ne pleuve, bien sûr, alors c'est six heures cinquante-cinq."

La grande femme rit et but une gorgée du breuvage. "Mm. Beaucoup de sucre et de crème... juste comme je l'aime." Elle complimenta le serveur, qui mima une rapide révérence en guise de dévouement. "Merci." Elle commença à gravir l'escalier alors qu'il filait vers sa voiturette et faisait adroitement faire demi-tour au véhicule avant de reprendre à toute vitesse le chemin inverse. Carlos était étudiant en médecine, il était inscrit dans l'un des établissements locaux et travaillait sur l’île toute la matinée avant d’aller suivre ses cours en après-midi. C'était un gamin amical, un local, comme l'étaient la plupart des serveurs ici, et Dar l'aimait bien. Il faisait, et ça sans poser de questions, un réel effort pour combler les moindres désirs de ses clients réguliers, et Dar en faisait indubitablement partie.

Elle termina son café tandis qu’elle traversait lentement l’appartement, puis elle retira ses vêtements, et fit couler la douche. Quinze minutes plus tard, elle se séchait les cheveux et enfilait la jupe grise d’un tailleur de bonne coupe et un chemisier noir qu'elle avait prit soin de choisir; elle boutonna les manches et le devant en laissant le dernier bouton ouvert, ce qui laissait entrevoir une fine chaîne en or sur laquelle était accrochée une petite breloque, un minuscule nounours, son seul bijou à l'exception des boucles en diamant qui paraient discrètement ses oreilles.

Code vestimentaire oblige. Pas de laisser-aller. Dar donna un dernier coup d'œil à son reflet, passa les doigts dans sa chevelure coupés en dégradé pour les ordonner et ajouta un soupçon de fard. Sa peau déjà bronzée, héritage d’une vie passée sous le soleil subtropical, n’avait pas besoin de fond de teint, aussi elle détestait appliquer et enlever ce truc, c’était du gâchis, alors elle se contenta d’un peu de blush et d’un soupçon d'ombre à paupières et le tour fut joué.

Personne ne remarquait jamais rien, de toute façon... admit-elle avec ironie. Son attribut le plus marquant était ses yeux bleu céruléen, la plupart des gens se seraient attendu à ce qu’ils soient marron étant donné la couleur de ses cheveux. Certains la soupçonnaient de porter des verres de contact, alors que d'autres spéculaient ouvertement sur le fait qu’elle devait être de descendance Irlandaise ou Danoise mélangés à des origines espagnoles.

Dar espérait qu'ils trouvent quelque chose de plus intéressant sur lequel spéculer, mais tous les potins de bureau se valaient. Elle soupira et prit sa mallette, la fit passer par-dessus son épaule, puis se dirigea vers sa voiture.

Elle attendit qu'ils aient chargé la Lexus LX470 sur le ferry avant d'appeler le bureau, et se renfonça dans le siège en cuir en attendant que sa secrétaire réponde.

"Bureau de Dar Roberts, que puis-je faire pour vous ?" La voix à l'accent castillan de Maria, sortit du haut-parleur du téléphone cellulaire, installé sur le tableau de bord.

"Bonjour, Maria." Dit Dar en regardant les vagues de Government Cut lécher le pont inférieur du ferry.

"Aye ! Bonjour, bonjour." Répliqua la femme d'âge mûr. "Dios mio, Dar... la moitié de la Terre est déjà à votre recherche... il s’est produit quelque chose ce week-end ?"

"Associated Synergenics." Expliqua la grande femme. "Les gars ont mit leurs couilles (NDLT : oups ! désolée !) en jeu."

"Tch... aye, pas étonnant." Maria froissa quelques papiers. "J'ai trois dossiers avec des tonnes de choses à l'intérieur, et une pile de messages téléphoniques pour vous."

"Génial." Dar soupira. "Prenez-moi un rendez-vous cet après-midi avec Synergenics, et organisez une réunion avec l'équipe comptable pour dix heures, d'accord ?" Ça allait ficher son planning par la fenêtre du quatorzième étage où se trouvait son bureau. "C’est une patate brûlante, et Les est assit dessus."

"Ayeyiyi..." Maria prit quelques notes rapides. "Vous aviez un rendez-vous avec le médecin cet après-midi." Sa voix s'adoucit un peu.

"Annulez." Répliqua Dar, comme elle s’y attendait, elle reçut un long silence en retour. "Je n'y peux rien, Maria... un examen de contrôle peut attendre quelques jours, mais pas ça." Les maux de tête qui étaient à l’origine de cette prise de rendez-vous s'étaient atténués pendant le week-end, de toute façon, et avec un peu de chance, ça resterait comme ça pendant un moment. "Ne vous inquiétez pas... Je me suis reposée ce week-end... je me sens très bien."

"Je vais appeler le secrétariat de votre médecin et prendre un autre rendez-vous." répliqua Maria d'un air entêté.

"Très bien." Dar fléchit. "Il faut que je vous laisse... je dois appeler Mark."

"Oy." Même à travers le téléphone, Dar pu voir les yeux contrariés de son assistante. "Dar, voulez-vous s’il vous plaît lui dire de ma part... plus de petits lapins roses sur mon écran, d'accord?"

La grande femme étouffa un petit rire. "D'accord... on se reparle tout à l’heure." Elle se déconnecta et fit un autre numéro en regardant le ferry prendre paresseusement place dans son débarcadère. Le téléphone sonna deux fois, puis une voix bourrue répondit. "Ouais ?"

"Bonjour Mark."

"Qui... oh... euh... ouais. C'est vrai. Lundi matin... qui d'autre m'appellerait à sept heures trente... salut, Dar."

"Il me faut Synergenics, Mark." Dar relâcha son frein à main, et amena d'un bond la Lexus sur la passerelle en métal, alors que les dockers lavaient la voiture avec de l'eau fraîche pour enlever la brume salée de l'océan. "Tout de suite."

"Oh... pour l'amour de Dieu... Dar, ça s'est terminé cette foutue nuit dernière !"

"J'ai un rendez-vous là-bas cet après-midi, et j'ai besoin d'info, Mark, obtiens-les, pas de chichis." Lâcha-t-elle d’un ton crispé à l’intention du responsable des services informatique. "Ils ont un système de merde ça ne devrait pas te prendre plus de quinze minutes pour y entrer, si ta réputation est à la hauteur."

Mark Polenti avait été, dans sa jeunesse, un pirate informatique et un semeur de virus. Cela voulait dire, qu'il piratait à la fois des systèmes informatiques, et infectait les codes de sécurité dans des dispositifs tels que des systèmes longue distance. Aujourd'hui il œuvrait dans l'équipe d’élites de Dar. Ces derniers pénétraient dans les systèmes informatiques des nouvelles filiales de la Société pour obtenir des informations que le nouveau venu ne voulait généralement pas partager. Des informations comme les évaluations du personnel, les réclamations de compensation des employés, les statistiques d'assurance salaires... des informations dont elle avait besoin pour baser ses incisives décisions et faire le ‘ménage’.

Pour de bonnes raisons. Mais le boulot de Dar était d'incorporer les nouvelles filiales dans l'infrastructure avec autant d'économie que possible, et cela tout en les rendant aussi rentables que possible. C'était une équation simple, et elle reposait sur sa capacité à transférer le travail de la nouvelle filiale vers d’autres agences de la Société, rendant ainsi le nouveau venu un peu superflu. Les filiales en question ne le voyaient jamais de cet œil, cependant... Sa présence leurs évoquaient plutôt celle du requin qui encercle le pauvre poisson sans défense, et ils essayaient sans conteste de se cacher dans n'importe quels coins et recoins pour échapper à ses dents.

Ils n’y arrivaient jamais. Avec une étonnante habileté, elle désossait les ressources humaines jusqu’à l’os et décortiquait une opération à la vitesse de l’éclair. C’est d’ailleurs ce qui lui avait valu sa réputation de prendre des décisions sauvages et drastiques. C'était ce qui l'avait propulsé au poste de vice-présidente, et qui l’y maintenait toujours en tant que chouchou de Les, celle à qui il passait les affaires les plus ardues.

Elle ne l'avait jamais laissé tomber jusqu'à maintenant et n'avait pas l'intention de commencer aujourd’hui, surtout parce que Synergenics était une entreprise locale, leurs bureaux se situaient sur Kendall Drive, et elle pouvait y aller sans avoir à y envoyer son équipe par avion. "Allez, Mark... j'ai besoin des préliminaires au moment où j'atteindrai le bureau."

"Où es-tu ?" Demanda le chef du SI, des cliquetis au débit rapide étaient perceptibles tandis qu’il parlait.

"McArthur, sur le point de dépasser Star Island."

"Tch... tch... tch... ralentis, Dar... J'y suis.... j'ai la base de données, sur quelle imprimante la veux-tu ?" Dit ce dernier d’un ton définitivement satisfait.

Dar rit doucement. "Mark le Requin... t’es quelque chose, toi. AdminP2 fera l’affaire."

"Ok... j'envoie... mec, cette sécurité c'est de la merde... pas étonnant que ces perdants aient été aspirés." Le murmure était parsemé de cliquetis. "Oh... et bien, pas étonnant... Novell 3.11... oh, mec... et des passerelles non sécurisées... Nom de Dieu, Dar... ils n'ont même pas de foutu pare-feu!"

"Pathétique." Approuva Dar. "Qui est responsable de ce foutoir?"

Encore des cliquetis. "Une... et bien, je vais faire une supposition là, parce qu’on ne peut jamais savoir, mais une dame du nom de Kerry Stuart." L'informa Mark. "Hmm... hmm...hmm.. hmm... ah... ouais... supposition correcte... oooh... hm... hé, Dar... elle est mignonne."

Dar roula les yeux et soupira. "La ferme, Mark..."

"Mm... Mm... mignonne... cheveux blonds, jolis yeux verts... Merde... ce n'est qu’une gamine... vingt-six ans... pas mariée... rien sur le plan médical... oh attends... hé... elle a fait un test de grossesse juste après Noël de l'an dernier... négatif..."

"Mark..."

"D'accord... d'accord... diplôme de SI de l'état du Michigan... elle est de quelque part par-là dans ce bouge... son dernier boulot était pour Edutech comme coordonatrice régional dans ce coin... oh hé... son père est le Sénateur Stuart."

"Hm... ouais ?" Demanda Dar, en tournant sur Brickell Avenue, et en se dirigeant au sud vers le gratte-ciel qui abritait la Société. "Il a courtisé le bureau de Troy pour obtenir quelques contributions... je me souviens que Lou s'était plaint de ça." Elle dirigea la Lexus dans le parking vers la barrière de sécurité et gratifia le garde d’un petit signe de tête lorsqu'il l'ouvrit pour elle. "Très bien... peux-tu me fournir un dossier sur elle, également ?"

Un petit rire résonna dans le téléphone. "Est-ce que les mouettes chient sur ton pare-brise ? Je serai gentil... et j'y ajouterai une photo."

"Ce n'est pas nécessaire, Mark... c'est plus ton truc à toi." L'avertit sa supérieur.

"Qui a dit que je le faisais pour toi ?" Lâcha le chef du SI. "Salut."

Dar rit doucement en se garant, et coupa les gaz, attrapa sa mallette, se donna un bref coup d’œil dans le rétroviseur avant de sortir et de verrouiller les portières. "Un autre jour, un autre carnage." Dit-elle à un chat qui passait par là, ce dernier lui lança un regard avant de filer à toute allure.

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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Re: Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Sam 4 Juin - 7:39


Chapitre 2


"Ils vont nous virer." Déclara Charles, pour la sixième fois en cinq minutes. "Mon cousin travaillait pour Allied quand ils l'ont rachetée, alors oubliez ça... nous sommes cuits." Il était assis sur le petit bureau de son cubicule de travail, son casque téléphonique autour du cou et une tasse en polystyrène à la main.

"Ça, tu ne le sais pas." Protesta Elaine en jetant un coup d'œil au cadran téléphoni que, où de nombreuses lumières clignotaient. "Qui sait... peut-être que ce sera mieux... peut-être que nous pourrons enfin avoir des crayons." Elle secoua un petit contenant plein de stylo sur son bureau. "Au lieu de devoir les voler à la banque."

La grande pièce était plus bruyante qu’à l'habitude, la majeure partie du personnel était occupée à discuter de l’affiliation, à laquelle on faisait référence en tant qu’affiliation hostile, ni plus ni moins. Associated Synergenics était une entreprise d'environ deux cents employés, dédiée à fournir des solutions logistiques et matériels pour l'industrie hôtelière. Ils possédaient un noyau de programmeurs et d'ingénieurs qui concevaient des logiciels pour différents restaurants et hôtels, pour la gestion, la vente, la comptabilité, et bien d'autres domaines encore où les ordinateurs étaient employés pour conserver et l'analyser des données. Bien entendu, ils avaient aussi un groupe d’employé de soutien, et un petit département de techniciens spécialisés dans les composantes informatique, ces derniers s’occupaient d’aller installer l'équipement chez les clients.

Ils se concentraient dans la zone des trois comtés de Dade, Broward, et Palm Beach, ce qui leur fournissait suffisamment de clients pour une entreprise qui prenait lentement son essor; et tout le monde étaient très optimiste pour cette année, surtout après qu'ils aient dégoté cet énorme contrat avec les supermarchés Publix, le plus grand distributeur de l'état de Floride.

Et maintenant ça. Tout le monde semblait dégoûté. C'était comme si leur dur labeur allait être sapé par cette monolithique Société, qui se souciait d'eux autant qu’une guigne, et certainement encore moins des clients qu'ils avaient pris tant soins à attirer, et à retenir. Ce n’était pas sympa, vraiment.

Charles engloutit le contenu de sa tasse, s'assit avec un grognement et remit son casque. "Je présume que je ferais mieux de prétendre que je travaille... mais où diable est passé tout le monde ?"

Lana, une grande et mince brunette qui était assise de l'autre côté leva les yeux. "Grosse réunion... le grand patron les a fait monter là-haut il y a une heure... je suppose que c'est pour leur annoncer la mauvaise nouvelle." Ses yeux se concentrèrent sur quelque chose. "Oh, oh... les revoilà."

Ils se retournèrent lorsque les portes à l'avant du centre de soutien s'ouvrirent et qu’un groupe de cadres en sorti à la queue leu-leu, allant du responsable du soutien, Ray, jusqu'au chef programmeur, Susan. Tous avaient affichaient de mines renfrogné. La dernière de file Kerry Stuart, s'appuya pendant un moment contre la porte qu’elle venait de refermée, avant de carrer les épaules, et de faire un signe de tête pour indiquer à tout le monde de venir vers elle.

A vingt-six ans, Kerry avait l'air à peine assez âgé pour être cadre. Elle était de taille moyenne, mince, son teint légèrement bronzée faisait ressortir ses cheveux blonds et ses yeux verts. Son visage gardait des traits juvéniles et innocents, qui ne trahissaient guère ses six années d'expérience dans la gestion SI, mais elle surprenait souvent les gens, de par sa vaste connaissance du milieu, et son talent à gérer les conflits.

À ce moment précis, elle monta avec précaution sur la table d'imprimante au bout de la grande pièce, et leva une main. Comme tous les gens présents la regardaient attentivement, cela eut l'effet escompté, et le bavardage et le bruit commença à diminuer. "Ok, tout le monde... écoutez." Sa voix était claire, mais elle tremblait un peu, et ils pouvaient l’entendre.

Le silence ce fit presque, et elle s'interrompit, alors que l'un des programmeurs s'avançait à grands pas vers elle en lui tendant un petit microphone. "Est-ce que ça m.. Oh, je crois que oui." Kerry s'éclaircit la gorge, la voix soudainement amplifiée. Des têtes émergèrent des cubicules qui environnaient la zone centrale, par curiosité. "Ok... je suis certaine que vous savez tous maintenant que depuis la nuit dernière, nous avons officiellement été rachetés." Elle fit une pause et prit une inspiration. "Certaines personnes qui appartiennent à cette Société vont venir ici, dès cet après-midi, et je pense que nous savons tous que nous allons subir quelques changements."

Un murmure s'éleva dans la pièce, et Kerry leva la main pour les faire taire. "Je ne sais pas quels genres de changements, ni comment ils vont procéder, ni même ce que cela signifie réellement pour nous, nous allons simplement devoir être patient et voir. Ce que je vais vous demander, c'est de continuer à faire votre travail, et de prendre soin de vos clients. Ne faites rien avant que nous ne sachions exactement ce qui se passe."

"Préparez vos CV." Lança une voix, d'un ton dégoûté.

"Je parie qu'ils vont trouver un moyen de ne pas nous donner les indemnités de six mois auquel nous avons droit." Lança une autre voix. "S'ils s'inquiètent seulement de garder un seul d’entre nous."

"Très bien... allons... attendons de voir ce qui va se passer." Déclara Kerry de nouveau. "C'est tout ce que je sais... si quelqu'un de chez eux vient ici, soyez gentils, répondez à ses questions, et gardez la tête froide." Elle tendit le microphone au programmeur et descendit avec prudence de la table, en souriant à Ray, qui lui tenait le coude pour l'empêcher de tomber. "Merci."

Elle traversa la grande pièce, passa au travers d’un labyrinthe de bureaux jusqu'à ce qu'elle atteigne le sien, au fin fond du dédale. La plupart des responsables de département l'avaient suivie jusque là, souhaitant évidemment avoir un entretien privé avec elle, mais elle leva une main en entrant dans son sanctuaire. "Donnez-moi quelques minutes, Ok? Allez vous chercher un café, ou vérifiez vos courriels."

"J'appelle mon chasseur de têtes." Susan renifla en secouant sa tête aux cheveux châtain parsemés de fils argentés. La petite programmeuse trapue marcha d'un air hautain vers son bureau, où des dossiers s'empilaient jusqu'au plafond.

Kerry les regarda se disperser avant d'entrer dans son propre bureau, elle en fit le tour et s’assit dans son fauteuil en se prenant la tête entre les deux mains.

Quel foutoir. Et tout allait si bien avant, trop bien même. Avec un soupir, elle se laissa aller contre le dossier. Ses mains retombèrent sur ses cuisses vêtu de jean, le tissu lui rappela du changement de plus auquel ils auraient à faire face, comme Robert Mayabera l'en avait avertie ce matin. Code vestimentaire oblige.

"Je ne croyais pas qu'on avait été si mauvais." Avait-elle dit, choquée, lorsque Robert lui avait annoncé la nouvelle. "Je pensais que ce n'étaient que des rumeurs."

Le fondateur de l’entreprise, un petit et pugnace immigrant cubain, avait posé ses mains immaculées sur son bureau... "Chica, tu n'as rien fait de mal, Ok ?" Ses yeux marron lui avaient semblé un peu tristes. "C'est l'argent, voilà tout, ils m'ont fait une offre, comme vous dites dans les films, que je ne pouvais pas refuser." Il avait levé une main. "J'ai six gamins, tous à l'âge où je dois payer leurs fresques, leurs voitures, et l'université aussi, j'aime mon entreprise, mais le rachat, mon amie, le rachat me permet de bien faire vivre ma famille."

"Non... Robert... je ne..." Kerry avait soupiré. "Je ne te blâme pas... c'est juste... que nous étions comme une famille ici."

"Chica, je sais." Robert s'était levé, avait contourné son bureau, tirer sur son pantalon pour se percher sur l'accoudoir de sa chaise et posé une main sur son épaule. "Je leur dirai comme tu es géniale, tout le temps. Tu as fait un travail fantastique avec nous, tu as vraiment changé les choses ici l'année dernière... donne-leur une occasion de le voir. "

"Je me fiche de ce qui peut m'arriver." Avait déclaré la jeune directrice calmement. "Robert... ces gens travaillent vraiment dur... je ne pense pas que ces gars vont s'en inquiéter... je pense qu'ils vont simplement venir ici et nous rembarrer."

"Hé... allons... attendons que le bateau coule avant de commencer à penser à la noyade, Ok ?" Il tapota sa joue. "Laisse-moi voir ce truc du Michigan... qu'est-ce que c'est, un blaireau ?"

Kerry sourit un peu en entendant ça. "Un glouton."

"Quelle genre d'animal est-ce pour une université ? C'est ridicule." Il essayait de lui remonter le moral, avec une vieille querelle.

"Mieux qu'un alligator." Répliqua-t-elle avec fierté, son alma mater (NDLT : établissement supérieur) à lui ayant été l'Université de Floride, à Gainesville. Puis elle soupira et se leva. "Ok... je ferais mieux d'aller le dire aux employés... cependant je suis certaine qu'ils le savent déjà."

Et ils le savaient, pensa Kerry, en jouant avec une tasse sur son bureau, en balayant son petit bureau du regard. Il n’y avait pas grand-chose à voir, quelques filières, une plante dans chacun des coins, plantes dont elle s'occupait avec obsession, une image du Michigan sur le mur, et son bureau avec sa tour d'ordinateur.

C'était son bureau, cependant, gagné avec sa propre détermination, et aussi ses talents, et pas obtenu grâce à son père ou donné en échange de quelque faveur. Elle en était fière, et fière d'être en charge de ces différents groupes d’employés, et ça même s'ils étaient parfois agaçants, et que les programmeurs n'arrivaient jamais à répondre à temps aux délais de livraison, et qu'elle devait perpétuellement harceler les superviseurs pour réduire ces extensions de délai.

Elle avait l'impression d'avoir accompli quelque chose, surtout lorsqu'ils avaient obtenu ce nouveau contrat, et que les représentants de Publix avaient affirmé à Robert qu'ils s'étaient sentis vraiment à l'aise de faire affaire avec elle.

Wow. Ça avait été super... elle était sortie chez Dave et Busters avec quelques amis ce soir-là pour fêté ça, et cela pour la première fois depuis des mois, elle avait même fini par gagner assez de billets pour s'offrir un énorme panda en peluche.

Maintenant, elle n'était plus qu'une des centaines de milliers d'employés de cette Société. Rien de bien extraordinaire. En fait, ils avaient probablement bien ri de son cv ou encore trouvé quelque chose qu'ils n'aimaient pas et ils la renverraient probablement de son poste. Et puis quoi encore? Papa ne la laissait faire que parce qu'elle pouvait lui montrer que sa carrière prenait son envol, et lui assurait que ses responsabilités augmentaient régulièrement.

Un simple accroc et il ne la lâcherait plus pour qu’elle rentre à la maison.

Elle prit une inspiration et se frotta les yeux. "Allez... sois positive." Se tança-t-elle.

Le téléphone sonna et elle pressa le bouton du haut-parleur. "Ici Kerry."

"Ker, c'est Alex." C'était Alejandro Cruz, leur chef du département GSI (NDLT : gestion du système d'informatique). "J'ai une certaine puta au téléphone qui exige que je lui donne un accès."

Kerry ferma les yeux. "Ne me dis pas ce que ça veut dire, Ok ?" Implora-t-elle. "Si ça vient d'eux, donnes-leur simplement un accès... ils peuvent probablement l'obtenir d'une manière ou d'une autre de toute façon... nous ne voulons pas faire obstruction."

"Jefa, Ok, je leur donne les codes d’accès du serveur de messagerie, et j'ouvre une connexion sur le bureau de poste, et je mets en place un compte administrateur pour eux... quoi d'autre ?"

"Ça devrait les occuper pendant un moment." Kerry soupira. "Je vais essayer de fixer quelques protocoles de bases avant que qui que ce soit arrive... peut-être seront-ils raisonnables."

"Merde (NDLT : en français dans le texte)." Alex renifla.

"Ne me dis pas ce que c'est non plus, Ok ?" La directrice expira. "Mais dans le Michigan, on dirait... ‘ça shlingue’"

Elle passa les quelques heures suivantes à mettre les choses en ordre, à étudier les derniers bilans que leur système de compte-rendu avait générées, et à mettre à jour son courrier interne. Elle avait la tête penchée sur le dernier bilan de productivité lorsqu'un léger coup fut frappé à la porte. Elle leva les yeux pour voir Ray Ramierez, un coca à la main. "Oh... salut !"

"Déjeuner ?" Le grand et filiforme superviseur technique leva un sourcil sombre et interrogateur. "J'ai entendu dire qu'ils avaient du pico de gallo au café."

Kerry fit la grimace. "Beurk." Elle reposa son travail, et s'étira, pour faire disparaître une raideur dans son dos. "Deux ans, et tu penses que je suis sensé m’être habituée à ce truc... mais à chaque fois que je mange cette daube, je croule de sommeil sous mon bureau." Elle joua avec un crayon. "Par ailleurs, je n'ai pas très faim."

"Allons, allons... ne les laisse pas t’abattre, Kerrisita... viens, je vais t'avoir un peu de flan, je sais que tu aimes ça." Ray essaya de la persuader en bougeant ses sourcils en guise d'invitation.

Elle sourit mais secoua la tête. "Non merci... peut-être demain, Ok ?" Elle ouvrit son tiroir et en tira un minuscule sac de carottes. "De toute façon, j'ai apporté de quelque chose."

"Un de ces jours, il va te pousser de grandes oreilles pendantes." L'homme aux cheveux bruns rit. "Toi et tes petites carrotas." Il soupira. "T’es sûre ?"

Elle hocha la tête. "Oui... vas-y, sors d'ici pendant un moment... j'aurai probablement besoin de toi lorsqu’ils arriveront."

Il leva une main et la laissa retomber en guise de reddition. "Je reviens bientôt." Promit-il puis il pencha la tête pour repasser la porte.

Kerry fixa pensivement la porte, puis soupira et jeta le crayon, retournant son attention vers le bilan, la tête posée sur une main. À quoi ça pourrait bien servir. Les bilans ne voudraient pas dire grand-chose pour eux.

Un léger coup à la porte l'interrompit de nouveau. "Écoutes, Ray... je t'ai dit que..." Elle leva les yeux, un peu ennuyée, puis s'arrêta de parler.

Il y avait une inconnue sur le seuil. Une grande femme à la peau bronzée et à la chevelure noire comme la nuit, la regardait également, son corps svelte appuyé contre l’encadrement de la porte dans une posture de pure arrogance. Kerry cligna des yeux avant de les lever de nouveau, son regard fut capturée par les yeux les plus bleus et les plus limpides qu'elle n’ait jamais vus, ils passaient au travers d'elle comme une rafale froide et intense, mais elle ressentit également un sentiment étrange, presque obsédant de familiarité. "Hum... désolée... je croyais que vous étiez quelqu'un d'autre." Réussit-elle à dire faiblement, avant de se lever.

La femme se repoussa de l'encadrement, entra, posa sa grosse mallette de cuir sur la chaise et tendit une main. "Dar Roberts." Sa voix était basse mais plaisante, elle semblait gronder dans ses oreilles et lorsqu'elle s’approcha pour prendre la main de la femme, un effluve de parfum musqué mêlée à celui du cuir l'atteignit.

"Kerry Stuart." Elle agrippa la main tendue et la secoua avant de ressentir la force de la femme lorsque cette dernière lui rendit la pareil. "Êtes-vous... hum..." Elle s'interrompit. "Je veux dire, vous venez du nouveau quartier général, n'est-ce pas ? Je suis désolée... Je dois vous paraître un peu sotte... je n'attendais personne avant le déjeuner."

Dar l'étudia calmement pendant un moment. "Oui... j'en suis... je suppose que l’heure de mon déjeuner ne correspond pas tout à fait au vôtre." Répondit-elle froidement. "Désolée."

"Oh... bien." Répondit Kerry maladroitement. "Et bien... c'est bien, parce que je... enfin, j'ai fini de déjeuner moi aussi... mais mon équipe n’est toujours pas de retour. Que... je veux dire, je peux vous offrir un café ou autre chose ?"

"Non merci... j'ai un planning très serré." Répondit la grande femme brusquement. "Commençons si vous voulez bien... ça ne sera pas long." Elle fit un geste vers le fauteuil de Kerry. "Asseyez-vous." Dar regarda la jeune femme repasser derrière son bureau et s’assoir en posant les avant-bras sur ce dernier puis la regarder avec un mélange de trépidation et de curiosité.

Elle avait brièvement étudié la photo que Mark lui avait si gentiment fourni, mais l'image papier ne donnait aucune indication de la douceur qui émanait de la jeune femme, ni la vrai teinte de ses yeux, dont la couleur lui rappelait étrangement celle de l'océan qu’elle contemplait de sa fenêtre chaque matin. Il y avait également quelque chose de familier à son sujet sur lequel Dar n'arrivait pas à mettre le doigt. Pas le temps pour ça, cependant. Elle s'assied dans le fauteuil. "Vous savez pourquoi je suis ici, n'est-ce pas ?" Les doigts de Kerry firent tourner un bout de ficelle. "Je sais, vous prenez le contrôle... ils ne nous ont pas vraiment dit grand-chose au sujet de ce qui va se passer, non."

Dar jura silencieusement, notant mentalement d'envoyer un message incendiaire à qui de droit de l'équipe comptable. "Ils étaient supp... Ok." Elle leva une main. "Je ne vais pas jouer de jeu avec vous ni tourner autour du pot. Il en résulte, que nous avons acheté, votre entreprise."

La petite blonde prit une inspiration. "Ok, oui... mais qu'est-ce que ça veut dire au juste... que nous devrons rendre des comptes à des personnes différentes... ou que vous voulez que les choses soient faites différemment... j'ai des bilans..."

Elle fut interrompue par une main. "Cela veut dire que nous sommes intéressés par les services que vous offrez. Pas par la façon dont vous les fournissez ou qui le fait." Répliqua-t-elle fermement. "Il n'y a rien ici que vous ne fassiez, que nous ne puissions faire mieux, et à un coût moindre, ce qui est essentiel. "

Kerry la regarda. "Qu'êtes-vous en train de dire ?" Demanda-t-elle doucement. "Que vous n'avez plus besoin de nous, c'est ça ?"

Des yeux bleus, froids croisèrent les siens. "Oui."

"Vous ne pouvez pas débarquer ici et renvoyer tout le monde... nous faisons ça depuis des années... vous ne pouvez pas nous remplacer en claquant des doigts." Protesta la directrice.

"Si, je peux." Répliqua Dar. "C'est ce que nous faisons." Elle fit un geste vers la porte. "J'ai un équipe de programmeurs à Huntington, un groupe de soutien juste à l'ouest de l'aéroport qui peut prendre derechef votre centre d’appels et une division d'installateurs matériels prêts à prendre le relais." Elle se leva et contourna sa chaise avant de s’y appuyer. "Vos employés sont inefficaces, ils prennent deux jours de maladie toutes les trois semaines, la moitié d'entre eux est en retard chaque jour, vos programmeurs n'ont pas respecté un seul délai depuis deux ans, et vous avez eu dix-huit plaintes de travailleurs dans les quatre derniers mois."

Silence.

Kerry regarda tout bonnement le dessus de son bureau, et se concentra sur sa respiration. Sa poitrine lui fit mal suite à cette attaque soudaine et inattendue, elle réalisa qu'elle n’avait aucune réponse à offrir face à ces accusations. Elle savait qu'elles étaient fondées, mais c'était une bonne équipe... c'était de braves gens... juste un peu paresseux parfois, comme tout le monde. Ses yeux voyagèrent vers le profil de faucon qui la regardait et un désespoir abyssal l’envahit. Pas tout le monde. Plus maintenant. "Je suppose que John avait raison." Dit-elle finalement, sur le ton calme de la défaite.

Dar la fixa, légèrement déconcertée. Sa diatribe avait l’habitude de provoquer la colère, et les protestations indignées... pas... "Raison à propos de quoi ?"

Des yeux couleur océan se levèrent. "Vous êtes ici pour nous jeter à la rue."

La grande femme tressaillit intérieurement, elle ne s'attendait pas à ça. "Ce n'est pas la façon appropriée d'y faire référence."

Kerry haussa les épaules. "Qu'allez-vous faire, me virer ?" Elle prit une inspiration. "Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous, Miss Roberts ? Vous semblez avoir toute les informations dont vous avez besoin." Elle étudia le trombone dans sa main. "Et. J'ai beaucoup de lettre de congédiements sur lesquelles il faut que je commence à travailler, je présume." Elle essaya, mais ne put empêcher sa voix de descendre d’un octave, et elle refusa aussi de lever les yeux et de donner à cette femme la satisfaction de voir à quel point elle était bouleversée.

Étonnamment, Dar se sentit un peu honteuse. Elle pouvait voir la tension angoissé dans les frêles épaules de la jeune femme en face d’elle, et elle baissa la tête un moment.

"Ils ne sont pas si horribles que ça." Dit Kerry doucement. "Nos clients nous aiment bien... nous faisons du bon travail... je ne... vois pas pourquoi nous devrions être jetés comme des ordures." Elle continua à fixer ses mains.

"Écoutez." Dar se trouva à court d’arguments, contrairement à son habitude. "Ce sont les affaires... Ça n'a rien de personnel, vous comprenez ?" La petite blonde hocha la tête avant de la relever, son visage était fermé et ses yeux verts étaient assombrit par la colère. Dar poursuivit. "Je vous donne une semaine... j'ai besoin de la liste de vos responsables de manière à arranger des rencontres avec eux pour commencer à examiner vos modus operandi"

Kerry déglutit. "Vous êtes en train de me dire que vous voulez que nous formions les gens qui vont prendre nos emplois."

Dar la regarda calmement. "Oui."

La colère se dissolva en quelque chose d'autre et la jeune blonde serra les mâchoires. "Très bien." Répondit-elle, les doigts crispés sur le crayon qui se trouvait sur son bureau. "Je vais voir ce que je peux faire." S’arranger pour que tous soient partis d'ici avant de pouvoir dire quoi que ce soit à qui que ce soit, pour sûr oui.

"Vous venez tout juste de me dire d'aller me faire voir." Remarqua la femme aux cheveux noirs en lisant entre les lignes. "Pas vrai ?"

Kerry s’humecta les lèvres. "Non, madame, ce n’est pas ce que j’ai dit. Je n'ai pas été élevée comme ça."

Dar se rassit dans sa chaise et se pencha en avant, elle inclina ensuite la tête pour fixer le visage baissé de Kerry. "Bien sûr que c’est ce que vous venez de faire." Contra-t-elle. "En tout cas c’est ce que je voulais faire moi aussi... quand nous avons été affiliés en 84."

Des yeux verts se levèrent lentement pour rencontrer les siens. "Ce sont des gens, auxquels vous allez prendre le gagne-pain. Ce n'est pas drôle."

"Et chacun d'entre eux vous dirait vite au revoir si le gars en bas de la rue leur offrait un dollar de plus de l’heure." Répliqua Dar. "Ce sont les affaires, Miss Stuart... ce n'est pas de la charité."

Le menton de Kerry se leva. "Vos gars ne seront pas capables de faire la moitié du travail que font les miens." Déclara-t-elle platement. "Alors, quand vous perdrez tous ces clients, je serai là pour rire."

Dar se pencha en arrière et l'étudia. Elle n'avait pas eu ce genre de défi depuis très, très longtemps... la plupart de ses clients étaient des jeunes tout juste diplômés en GSI, qui se défilaient et essayaient d’entrer dans ses bonnes grâces, et ça juste assez longtemps pour se rendre compte que c’était mission impossible. Une de ses tâches connexes, en dehors du ‘dégraissage’ de filiales, était de dénicher de nouveaux talents pour la Société. Parfois, pensa-t-elle, elle trouvait des candidats potentiels dans les endroits les plus incongrus. "Très bien... alors prouvez-le." Ronronna-t-elle en observant la surprise s'installer sur le visage de la jeune femme de l'autre côté du bureau. "Je peux faire rouler cette boîte avec la moitié du budget avec lequel vous le faites en ce moment. Trouvez un moyen d’en faire autant, dans une semaine... et j’y jetterai un œil."

La mâchoire de Kerry s'affaissa. "Cinquante pour cent ? C'est impossible."

Dar haussa les épaules. "À vous de voir... voyez-vous, nous pouvons avoir un effet de levier sur les coûts parce que nous diminuons les frais généraux par clients... si quelqu'un a besoin de soutien, par exemple, nous l'ajoutons simplement à la charge habituelle du centre de gestion, et nous n'avons pas à payer de loyer, d'autocommutateur, de consoles... de bureaux... et toutes ces conneries." Elle sourit. "Vous ne pouvez pas faire ça." Mordrait-elle à l'hameçon ?

"Non... mais ça veut dire..." Kerry s'arrêta et expira. Des gens devraient être sacrifiés. C'était la plus grande source de dépense, elle le savait. En regardant le visage fermé et froid en face d'elle, elle savait que cette maudite femme iceberg le savait elle aussi. Mais peut-être pourrait-elle en sauver quelques-uns... ça valait la peine d'essayer. "Très bien... vous aurez de mes nouvelles." Dit-elle, sèchement.

Parfait, elle me hait maintenant. Dar soupira. Une parmi tant d'autres. "Très bien... vous pourrez m’envoyer ça par courriel – d’ailleurs, vous devriez être ajoutée à notre serveur courriels à partir de… tout de suite." Elle leva son cellulaire et pressa un simple bouton, avant de le poser contre son oreille jusqu'à ce qu'elle entende une voix bourrue à l'autre bout. "Mark... tout est prêt ?"

Un petit rire ce fit entendre. "Verrouillage, stock, tonneaux, singes, sèche-cheveux, et la dernière liste de déjeuner de leur comptable." Lui déclama-t-il. "Synchronisation terminé, les serveurs mails sont opérationnels... autre chose que je puisse faire pour toi aujourd'hui ?"

"Merci." Dar referma le téléphone. "Vous êtes désormais sur notre serveur... dites à vos employés de ne pas faire de changements administratifs sur vos serveurs et vous pouvez vous attendre à ce qu’une équipe débarque ici demain pour commencer à prendre des notes sur vos procédures."

Kerry croisa les mains au-dessus de son bureau. "Comment savez-vous tout ça, je veux dire sur nos rapports du personnels ?"

Des yeux bleu opalins percèrent les siens. "Nous sommes entrés dans la base de données de votre serveur ce matin et nous l'avons extraite." Dar sourit. "Votre sécurité est merdique... vous voudrez peut-être commencer par-là." Elle ressentit une sensation de calme triomphe qui s'évanouit lorsque Kerry lui retourna son regard empreint d’une aversion glaciale. "Rien de personnel."

"Non." Déclara la blonde calmement. "Je vois bien ça." Elle se leva. "Vous voulez que je vous fasse faire une petite visite guidée ?"

La dernière chose dont Dar avait besoin, c'était de faire le tour du propriétaire. Elle se souvint qu'elle avait six ou sept réunions téléphoniques dont elle devait s'occuper au bureau, aussi fut-elle très surprise lorsqu'elle s'entendit répondre. "Bien sûr."

Kerry s’était contenté de hoché la tête, puis avait fait le tour de son bureau en passant les doigts dans ses cheveux clairs pour les repousser de son visage. Elle portait un confortable jean et une chemise à dentelle à manches courtes qui laissait voir le parfait bronzage de ses bras, elle prit une profonde inspiration. "Très bien... suivez-moi."

Cela avait été un après-midi très ingrat, songea Dar. La nouvelle avait dû se répandre à la vitesse grand ‘V’, parce que à peine étaient-elles arrivées à la tanière des programmeurs qu'elle recevait déjà des regards acérés de la part de ses occupants. Elle s'attendait à moitié à ce que sa voiture soit vandalisée et qu’on la raye à l’aide d’une clé d'ici à ce qu'elles aient fini de faire le tour, mais de toute évidence, personne n’aurait pu deviner laquelle c'était, pas surprenant, parce qu'un véhicule utilitaire LX470 était sûrement loin de ce à quoi ils s'attendaient que conduise une VP des opérations.

La chef programmeur avait du talent, elle le concédait, si vous pouviez la sortir de sa coquille assez longtemps pour parler ‘code’ avec elle, ce qu'avait réussi Dar. Les responsables du soutien et du SI étaient nuls, et en écoutant les conversations lorsqu'elle passait sans qu’ils la remarque, elle avait pu entendre au moins deux individus mentir sans vergogne aux clients, et deux autres qui s’arrangeaient pour leurs soutirer des faveurs. Stuart avait entendu le dernier, Dar s'en était rendu compte, en voyant l'expression de consternation sur le visage surpris de la jeune femme.

Kerry Stuart. Dar s'appuya contre le cuir et se permit le luxe de pensée à elle en toute tranquillité pendant quelques minutes. La petite n'était pas stupide, et elle avait du cran... mais bon sang, elle était si naïve. Rien ne l’avait préparée à ça, mais l'un dans l'autre, elle avait plutôt bien accusé le coup, après tout.

Mais ce que Dar ne pouvait pas s'enlever de l'esprit, c'était ce sentiment de familiarité qui la harcelait... est-ce qu'elles faisaient leurs courses au même endroit ou quelque chose comme ça ? Non... Kerry vivait à Kendall, après les autoroutes dans l'un des labyrinthes d'immeubles à locations de la banlieue, fréquentés par des cols blancs et tout les autres de la même strate social. Peut-être venait-elle souvent à la plage ? Pas que Dar passait beaucoup de temps à South Beach, mais elle y descendait de temps en temps, et marchait sur le ‘boardwalk’.

Ah, bah. Elle abandonna, sachant que ça finirait bien par lui revenir. Sa montre bipa lentement et elle baissa les yeux, surprise de voir qu'il était déjà tard. Elle tambourina sur le volant, pianota quelque chose sur son cellulaire et le posa sur le tableau de bord. Un moment plus tard, Maria répondait d'une voix chantante. "Bonjour, Maria."

"Dar... où êtes-vous ?" Sa secrétaire se mit à chuchoter.

"Dans ma voiture, je reviens de chez Associated... pourquoi ?" Répliqua-t-elle, un peu étonnée. "Vous saviez où j'étais."

"Restez loin, restez très, très loin, Dios Mio... un homme a reculé avec son char élévateur dans les panneaux de contrôles de l’immeuble au sous-sol, et il a détruit le panneau d'air conditionné." Répliqua Maria, avec un grognement. "C'est un vrai four ici, Dar... ma tête est en train de cramer."

Dar tressaillit. "Et merde..." Murmura-t-elle. "Ont-ils arrêté les serveurs au moins ?" Demanda-t-elle, puis elle se frappa la tête. "À quoi est-ce que je pense... Maria, sortez de là avant de vous évanouir."

"Aye... j'ai mon petit ventilateur, mais c'est comme si j'étais en train de frire... et de devenir toute croustillante." Lui dit la secrétaire. "Merci beaucoup... je vais ranger mes affaires, et partir."

"Il y a quelqu'un d'ETA (NDLT : services d'électricité de l'état) pour réparer ?" Demanda Dar avec un soupir, alors qu'elle arrivait sur la State Road 836, qui lui ferait traverser la ville jusqu'au bureau.

"Non, non... Ils se chamaillent... pour savoir à qui la faute, c'est leur priorité en ce moment." Maria parut dégoûtée, quelque chose d’inhabituelle pour la Cubaine.

"Très bien... appelez avant de venir demain, Maria... je ne veux pas que vous veniez si c'est toujours hors service, ce sera juste pire." Décida Dar en se massant les tempes. "Sortez de là."

"Je me fiche de ce qu'on peut dire de vous, Dar, vous êtes un ange." Répliqua chaleureusement Maria. "Ils peuvent tous me baiser les... comment vous les appelez ? Fesses."

Cela valut un sourire de la part de sa supérieur aux cheveux d’ébène. "Merci, Maria... c'est agréable d'entendre ça après être sortie de chez Associated... ils ne m'apprécient pas beaucoup là-bas." Son esprit évoqua le regard venimeux que lui avait lancé Kerry juste avant de la quitter. Normalement, cela n’aurait pas dû la tourmenter à ce point, mais... "Quoi qu'il en soit, bonne soirée, Maria."

"Bonne soirée, Dar... conduisez prudemment, s'il vous plaît." Lui rappela sa secrétaire. "Il y a des dingues partout là-dehors."

Dar sourit tranquillement. C'était agréable parfois, de savoir que quelqu'un s'inquiétait pour vous, même si ça faisait partie de leur travail. "Je serai prudente." Elle raccrocha, et s’installa pour patienter dans le trafic. Elle mit en sourdine un C.D. New Age et massa son cou pour essayer de soulager cette douleur qui venait de faire son apparition et qui la harcelait.

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Message  Alyss Sam 4 Juin - 7:58

Chapitre 3


Kerry retourna à son bureau après avoir regardé partir son indésirable invitée, elle referma la porte derrière elle, et se tint en silence au milieu de la pièce pendant une minute en regardant autour d'elle. De la moquette bleu clair, des murs gris clairs, un bureau en bois... ce n'était pas grand-chose, mais...

"J'ai travaillé tellement dur pour ça." Murmura-t-elle, en s'asseyant dans le fauteuil des invités. "Bon sang... ce n'est pas juste." Les coudes sur les accoudoirs, elle laissa sa tête tomber entre ses mains.

Le doux bruissement de la porte se fit entendre derrière elle. "Ker ?"

"Ouais." Répliqua-t-elle sans même bouger.

Un bras se glissa autour de ses épaules et elle leva les yeux pour voir le visage inquiet de Ray. "Jefa, ne laisse pas tout ça te mettre en morceaux... qu’elle aille au diable cette grande garce." Il émit un gloussement à son attention en lui massant le cou. "Quelle abominable femme... je crois qu'elle tient de Cruella DeMachinchose de ce film de chiens."

Kerry laissa échapper un petit rire. "Ray... John avait raison... ils veulent se débarrasser de nous tous." Elle leva les yeux vers lui. "Elle me donne une chance de trouver une solution... si je peux réduire le budget de moitié, elle va en tenir compte, et peut-être que certains pourront garder leur emploi, mais..."

Ray mit les mains sur ses hanches. "Elle te donne la chance de faire ça ?" Répéta-t-il, sur un ton surprit. "C'est quelque chose de... d'incroyable de sa part à ce que j'ai pu comprendre... comment as-tu réussi à obtenir ça d'elle ?"

Kerry fit une pause et réfléchit. "C'est vrai ?" Son front se plissa. "Je ne sais pas... j’avoue que... je n'ai pas été très gentille avec elle et on aurait pu penser que ça la rendrait furieuse, mais ça n’a pas été le cas... au contraire, je pense qu'elle a aimé ça." Elle eut un sourire malicieux à son égard.

Il renifla. "Oh oui... ça a l'air d'être son genre." Remarqua-t-il d'un ton méprisant. "Je me l’imagine toute vêtue de cuir et en train de faire claquer le fouet qu’elle tient à la main, tu parles."

La directrice soupira. "Je ne sais pas si je peux arriver à quelque chose, mais je vais essayer, Ray... essayer de sauver autant de personnes que je le pourrai." Elle afficha un sourire pincé. "Mais je pense que tu devrais appeler Mona chez Alternative Resources... dis-lui que nous pourrions avoir quelques prospects pour son équipe."

"Mañana." Ray lui tapota l'épaule. "Viens... nous descendons chez Fat Tuesdays pour le 'happy hour' (NDLT : 1 heure pendant laquelle toute boisson consommée est doublée pour le même prix. )... viens avec nous."

Un coup fut frappé à la porte. "Miss Stuart ?"

Ils levèrent les yeux. "Entres, Anita." Kerry regarda la petite et frêle employée de la comptabilité entrer précipitamment, les bras chargés de papier. "C'est ça ?"

"Le budget, oui, et le bordereau de paye, les comptes fournisseurs et clients." Répliqua la femme en les posant sur le bureau. "Avez-vous besoin d’autre chose maintenant ?" Elle releva ses verres à montures d'écailles et inspira. "Je dois recharger l'imprimante si c'est le cas."

"Non.. merci... ça va m'occuper pendant un bon moment." Kerry lui sourit d'un air las. "Vas-y, Ray... laisse-moi bosser sur ce truc. "

Il cligna des yeux. "Tu vas y passer la nuit... pourquoi ne pas le faire à tête reposée demain matin ?"

"Allez, vas-y." Répéta Kerry, en se levant pour aller de l’autre côté du bureau, où elle commença à trier les différents rapports. Ça allait être une longue, longue nuit, elle pouvait le pressentir. "Attends... Ray, peux-tu me trouver une boîte en carton ?" Il n'y avait aucune raison de rester là pour faire le tri. Son divan serait bien plus confortable.

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Message  Alyss Sam 4 Juin - 8:11


Chapitre 4


Un ferry presque vide faisait route vers l'île et sa voiture était bien garée au centre du pont. Dar en pleine contemplation solitaire, se laissait bercer par le roulis des vagues. Le vent soufflait sur son visage par la fenêtre ouverte et assourdissait le bruit des moteurs. Elle posa sa tête migraineuse contre la portière alors que les eaux noirs glissaient sous la quille.

Elle avait très chaud, et se sentait épuisée, elle en avait plus qu'assez. Elle avait passé les dernières dix heures dans un gratte-ciel, sans air conditionné, faisant tout ce qu'elle pouvait pour arranger les choses. Ce qui était considérable, assurément, et lorsqu'elle avait finalement intimidé un contractant suffisamment pour qu’il accepte de remplacer le panneau, et qu'il le fasse avant minuit, les quelques personnes présentes dans l'immeuble l'avaient acclamée et même applaudie.

En fait ils étaient trois, deux concierges ainsi que le garde de la sécurité, leurs uniformes leurs collaient à la peau tellement ils étaient en sueur. Tout comme elle d’ailleurs. Elle avait renvoyé le reste du personnel et était restée là, ouvrant toutes grandes les portes de secours du quatorzième étage pour qu’un soupçon de brise humide puisse entrer à l'intérieur. Elle avait fait appels aux responsables de l'immeuble, à son propre service de gestion informatique, et aussi aux gens qui s’occupaient de l’infrastructure parce que les câbles du panneau de contrôle avaient été sectionnés... aucun résultat, alors elle avait finalement appelé des sous-contractants et à dix heures du soir elle avait même joint le propriétaire de l’immeuble pour lui parler au téléphone.

Dieu merci, ils n'avaient qu'un bail de cinq ans et il venait bientôt à terme. Un formidable moyen pour faire du chantage, ce qui avait suffit à lui faire bouger son cul terreux. Elle était venu à bout d’obtenir l'intervention de cinq techniciens grognons. Le regard furax auxquels ils avaient eut droit avait fait le reste, et à une heure du matin, un bas vrombissement se faisait entendre dans l'immeuble tandis que les énormes ventilo sur le toit revenaient à la vie en ronronnant.

Il était maintenant deux heures et elle rentrait enfin chez elle. Le travail reprendrait comme à l'habitude demain matin, sans interruption, et c'était la chose qui importait le plus, parce qu'ils n’auraient pas pu remettre en service l'énorme cascade de serveurs jusqu'à ce que la ventilation fonctionne à nouveau pour éviter la surchauffe. Mais c’était réglé. Elle s’était mit une note sur son bureau afin de trouver une unité de ventilation de secours pour la salle informatique, en prévention d’une prochaine fois. Elle soupira et ferma les yeux laissant l'air conditionné de la Lexus la rafraîchir. Un autre problème de résolu, et elle était assez certaine que personne ne la remercierait pour ça le lendemain.

Sauf peut-être les concierges, qui étaient timidement apparues à la porte de son bureau pour lui apporter une carafe de thé glacé fait maison et un verre en plastique, alors qu'elle menaçait le contractant des pires sévices.

C'est la seule chose qui l'avait fait sourire de la nuit.

Enfin, presque. Elle avait attendu que l'immeuble se rafraîchisse un peu, puis était allée dans la salle des serveurs, elle avait ensuite vérifié les tableaux, allumant les commutateurs, qui fournissaient du courant aux six macro-ordinateurs IBM, aux deux AS400 et aux vingt-sept serveurs NT qui composaient le noyau de leur centre informatique.

Puis elle s’était assise au bureau des administrateurs réseau, un long bureau en bois tout en courbure sur lequel trônait huit moniteurs et quatre claviers reliés à un autocommutateur cybex qui permettait à l'opérateur d'entrer dans n'importe quel système depuis son poste. Un long doigt avait poussé les commutateurs, et elle avait attendu patiemment que les divers système passe à travers les procédures de redémarrage.

Paresseusement, elle avait jeté un coup d'œil au bazar rassemblé sur le bureau, et avec un sourire amusé elle avait aperçu les bandes dessinées de Dilbert (NDLT : bande dessinée qui caricature les aventures d'un employé de firme américaine dans son quotidien au bureau.), puis elle avait penché la tête pour mieux voir la minuscule légende, où ils avaient inscrit les noms des membres de la haute hiérarchie en face des personnages.

"Alors... je suis Catbert, hein ? (NDLT : le chat, diabolique directeur des ressources humaines où travaille Dilbert.) Cela lui avait soutiré un rire malicieux. "Mieux que Ratbert (NDLT : le rat, qui cherche à faire partie de la famille de Dilbert et qui est rejeté en permanence), et certainement mieux que Dilbert... j'aurais bien aimé Dogbert (NDLT : le chien de Dilbert, un "philosophe" du business, qui travaille en free-lance et se fait payer très cher pour faire du "pipeau"), en fait. Elle avait prit un crayon et avait tiré sur le dessin, avant de gribouiller une note dans la marge. "Je n'ai pas craché de boule de poils depuis fort longtemps, merci les gars. DR"

Ça allait attirer leur attention.

Elle avait recollé le dessin sur le moniteur, puis c’était connecté sur le système principal avant de commencer à réinitialiser les sessions. Il lui avait fallu vingt minutes pour que tout remarche et elle avait eu un sourire narquois en imaginant le personnel de l'admin parcourant les comptes-rendus de redémarrage le lendemain matin en trouvant son identifiant partout.

"Ils oublient qui a conçu cette chose en tout premier lieu." Elle avait ricané. Normalement il y aurait dû y avoir deux opérateurs de nuit, mais elle avait appelé Mark et avait annulé, parce qu'ils ne savaient pas quand le système serait de nouveau opérationnel, et il n'y avait aucune raison de forcer Pedro et Celeste à suer à mort.

Elle poussa le bouton du haut-parleur avec un sentiment de soulagement, et composa le numéro personnel de Mark, tambourinant légèrement sur le bureau tandis qu’elle attendait. Trois sonneries, puis quatre, puis un grognement. "Bonjour."

"Bordel... oh merde." Au son de sa voix Mark venait très vraisemblablement d’être tiré du sommeil. "Dar... est-ce qu'il t'arrive de dormir, Nom de Dieu ?"

"Pas quand j'ai des choses à faire, non." Répondit Dar brièvement. "Tu es up."

"Bien sûr que je suis réveillé... tu me par... oh... tu veux dire que nous sommes sur pieds?" Mark s'éclaircit la gorge. "Je croyais que la ventilation serait en panne jusqu'à demain midi au moins."

Dar renifla. "Nan... les nouveaux panneaux de commutation sont en place, Plano est sécurisé, et je viens de redémarrer les serveurs." Elle vérifia le moniteur. "Bon Dieu... le serveur de messagerie vient juste de se resynchroniser... où allons-nous chercher un transfert de huit cents mégas ? Tes gars se sont remis à télécharger des pingouins tout nus ?"

"Merde." Mark soupira. "Je vais vérifier... vas t’en, sors de là... il est deux heures du matin, pour l'amour de Dieu."

"Bonne nuit." Répliqua Dar en se frottant les yeux. "Je te vois demain matin." Puis tout ce qui lui avait resté à faire avait été de fermer boutique, de prendre l'ascenseur au silence inquiétant jusqu'à la porte d'entrée, où le garde de sécurité l'attendait, pour la reconduire à sa voiture qui était la seule du parking.

Le ferry se mit à quai avec un léger bruissement métallique, et elle attendit que les dockeurs enlèvent les cales autour de ses pneus avant de démarrer sa voiture. Elle traversa avec précaution la longue rampe inclinée et atteignit l'île. Quelques minutes plus tard, elle garait sa Lexus à sa place sous l'immeuble et montait les escaliers pour passer la porte, le son de sa clé déverrouillant la serrure retentit avec force dans tout ce calme.

Elle était exténuée, mais n'avait pas sommeil, même après une longue douche chaude et quatre Advil pour son mal de tête, alors elle alla péniblement dans la cuisine, attrapa une tasse pour la remplir de lait à même le dispensateur avant d'ajouter une pleine cuillère de miel, et la fourra dans le micro-onde. Elle lança un regard à l'ordinateur sur le comptoir, puis plissa le front en voyant la boîte dans le coin clignoter. "Je croyais que j'avais vidé ma boîte courriel avant de quitter le bureau... Messages ?"

"Messages, Dar Roberts, un." Répondit le terminal directement connecté à son bureau par une liaison RNIS.

"Lire." Dar croisa les bras et s'appuya contre le comptoir, en attendant que la sonnerie du micro-onde résonne.

"Envoyé par : Kerry Stuart, Heure : 1:20"

"Tiens, tiens." Murmura doucement Dar. "Qui l'eut cru ?" Elle vit la longueur du message. "Ne pas lire."

La sonnerie retentit mais Dar resta près de l'écran, lisant en diagonale le long et détaillé message avec intérêt. Il commençait avec : "J'ai besoin que certains détails soient éclaircis." Et finissait avec : "Merci de m'envoyer ces informations le plus tôt possible compte tenu du délai imposé."

"Elle est bien bonne celle-là !" Au lieu d'être fâchée, Dar sourit. Les questions étaient précises, et bien qu'un peu naïves par certains aspects, elles étaient intelligentes et perspicaces. Tout à fait comme cette jeune femme, je suppose. Elle tira l'une des chaises hautes près de l'ordinateur, retira son lait chaud du micro-onde, et se mit à le siroter en même temps qu'elle composait une réponse détaillée au message.

"Ça devrait aller... du moins pour l'instant." Commenta la grande femme avant de s'interrompre amenant le curseur de la souris au-dessus du bouton d'envoi. Elle étudia le message une dernière fois, puis ajouta une simple ligne en bas de page ainsi que ses initiales. Un clic et il fut envoyé. Elle prit son lait et erra dans le séjour avant de se laisser tomber sur le moelleux divan de cuir, qui faisait face à la baie vitrée. Elle pu admirer l'Atlantique, ses eaux noires reflétaient les rayons argentés de la lune, et faisaient briller les minuscules lumières des bouées. À l'horizon, un bateau de croisière s’éloignait silencieusement telle tache étincelante dans l'obscurité, Dar souhaita s’y trouvé.

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Message  Alyss Sam 4 Juin - 8:33


Chapitre 5


Kerry étouffa un bâillement en vérifiant si sa porte était bien verrouillée, une habitude qu’elle avait prise avant de se mettre au lit. On aurait dit que son appartement avait été assaillit par une fabrique de papier, des piles de feuilles blanches étaient étalées partout, mais elle était modérément satisfaite de sa première nuit de travail. Pas qu'elle soit arrivée à quelque chose, mais au moins elle savait quelles questions poser à Cruella, le nouveau surnom de l'autoritaire Dar Roberts.

"Jolie petite surprise pour elle demain matin, hein ?" Dit-elle au panda, qui était assis les bras grands ouverts sur un des fauteuils rembourrées du salon. Le reste de l'espace était occupé par un divan en tissu, une petite table où quatre personnes pouvaient s'asseoir, deux grandes bibliothèques débordantes de livres, et un petit bureau sur lequel se trouvait son ordinateur. La pièce était claire et gaie, des tapis en tissu au couleur pastel de style indien donnaient une touche de couleur supplémentaire. Sur les murs on pouvait voir des photos aux scènes tropicales. Sa préférée, un coucher de soleil à Key West, trônait au-dessus du téléviseur, flanqué de deux petites broderies que sa tante lui avait offertes, un dauphin et un nounours.

"Oh... zut !" Elle soupira, se souvenant qu'elle avait oublié d'envoyer un message au personnel au sujet de la visite de l’équipe de Cruella prévu pour le jour suivant. Elle se dirigea vers son PC, l'alluma de nouveau, se laissa tomber sur sa chaise et tira une jambe sous elle et attendit qu'il démarre. Une fois cela fait, elle ouvrit sa messagerie, et composa un rapide courriel à l’intention du personnel, leur disant de se montrer coopératif et poli avec l’équipe qui viendrait demain, puis elle envoya le message.

Elle se connecta au serveur de messagerie du bureau, puis elle regarda son message disparaître une fois qu’il fut transféré. Elle cligna ensuite des yeux de surprise lorsque le système lui indiqua qu'elle avait un message. "Quelle est l'andouille qui m’envoi quelque chose à cette heure de la nuit ?" Se demanda-t-elle. Le message finit de se télécharger et elle le reçu dans sa boîte courriel.

Roberts, D Re : Vos questions, Heure : 2h55

"Oh... c’est cette andouille là." Murmura-t-elle, hésitant avant de cliquer sur le message, un peu nerveuse. "Et bien, ça explique bien des choses... c'est évident, c'est une extra-terrestre qui ne dort jamais, qui a un port de communication dans la tête et qui peut se connecter directement en tout temps." Elle en décida ainsi, puis prit une inspiration avant d’ouvrir le message. Elle lu rapidement les paragraphes, notant que la grande femme ne s’était pas abaissée à répondre aux commentaires désagréables dont elle avait parsemé son message. "Bon, ouais... je crois qu'elle a tort là, mais..." Elle lu une autre réponses à ses questions. "Oh... je n'avais pas pensé à ça."

Le style de Dar était directe, concis et allait à l'essentiel; elle pouvait presque entendre les mots sortir de la bouche de cette femme. Ce qui était surprenant c’est qu’ils manquaient de cette condescendance à laquelle elle s’était à moitié attendue. Elle avait répondu à toutes ces questions sans exception, elle baissa ensuite les yeux vers le dernier paragraphe du message. "Huh ?" Elle relut.

"La politique de la Société statue que tout le personnel doit acquérir une quantité raisonnable de sommeil pendant chaque période de vingt-quatre heures. Vous voudrez bien adhérer à ces règles à partir de maintenant. DR. "

"Qu'est-ce que qu’elle raconte? Qui est-elle, une espèce de détraquée? Elle me donne un délai dément d’une ridicule petite semaine pour trouver une solution, et elle m’ordonne de m'assurer de dormir suffisamment????" Kerry laissa échapper un soupir vexé, puis prépara une missive, elle coupa la majeure partie du message, excepté l'en-tête, et la dernière ligne. "Ok, Miss l'Extra-Terrestre la plus maligne de Mars, prends ça." Elle souligna l'heure sur l'en-tête du message de Dar, et la mit en gras pour bien mettre cette heure en évidence, puis alla à la dernière ligne et écrivit un commentaire. "Je garderai cela en tête."

Elle envoya le message avec un petit sourire narquois, puis éteignit son moniteur avant d’aller éteindre la lampe. Elle se dirigea ensuite vers sa chambre à coucher. Elle comportait un lit à deux places contre le mur sous la petite fenêtre, ce dernier était recouvert d'une couette rayé aux couleurs du sud-ouest, une commode à cinq tiroirs trônait contre un des murs, et un long meuble à trois tiroirs sur lequel était juché un miroir, tous en bois blanc. Un tapis shag bleu pâle recouvrait le sol et elle tortilla ses orteils au travers de ses longs poils avec un soupir ravit en traversant la pièce, puis elle se mit au lit.

De cet endroit, elle pouvait voir les étoiles, et elle les regarda briller, essayant de chasser l'horrible sensation de funeste pessimisme qui pesait sur sa conscience depuis la visite de Dar. Elle se sentait mal, c'est sûr, pour ses employés, et elle espérait vraiment pouvoir les aider. Mais pour elle-même... elle jeta un coup d'œil circulaire à sa petite chambre proprette, et déglutit, en se rappelant combien elle s'était sentie fière d’y emménager lorsqu’elle avait déniché cet emploi, et comment elle était heureuse de la tangente qu’avait prit sa vie. Elle aimait cet appartement, ses voisins étaient sympathiques, et les gens du quartier étaient amicales. Il y avait une épicerie pas très loin et elle avait même un petit grill sur le porche pour faire des barbecues lorsque ses amis venaient.

C'était tellement agréable d’être indépendante. Personne ne lui posait de question si elle restait debout tard le soir ou encore si elle sortait, pas qu'elle le faisait souvent, bien entendu... personne ne lui reprochait sa façon de s'habiller ni même ne se souciait de savoir qui elle fréquentait. Elle était... plus qu’heureuse ici.

Et maintenant ça.

Une partie d'elle-même haïssait cette foutue Société. Une partie d'elle-même voulait aussi haïr Dar Roberts, mais elle était assez intelligente pour comprendre que cette femme ne faisait que mettre en œuvre des procédures, bien que cela aurait été plus facile si elle n’avait pas donné l'impression d’aimé ça à ce point. Il était évident que Dar était brillante, elle avait une façon d'agir qui faisait croire à Kerry qu'on ne devait pas souvent se brouiller avec elle, et que lorsque c'était le cas, l’issue devait être à coup sûr catastrophique. Mais lors de sa visite, elle avait posé des questions très précises et pertinentes, et ses incroyables yeux bleus n'avaient pas dû loupés grand-chose.

Whoa. Incroyables? À quoi je pense là ? Kerry ferma très fort les yeux et tira sa couverture jusque sous son menton. La seule chose incroyable au sujet de Dar était son arrogance.

Voilà tout.

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Message  Alyss Sam 4 Juin - 9:01


Chapitre 6


"Bonjour." Dar fit un signe de tête à l'intention de ses compagnons d'ascenseur lorsque les portes se refermèrent et qu'ils se mirent à monter. Elle reçut quelques murmures polis en retour de la majeure partie des employés qui arrivaient à cette heure. 8 h du matin était l'heure où arrivait la plupart des employés ainsi que le personnel administratif. On la redoutait plus ou moins et personnes n'étaient vraiment enclin à papoter en sa présence.

L’ascenseur se vida aux étages inférieurs, et solitaire elle monta jusqu'au quatorzième. Elle attendit que les portes s'ouvrent. Son bureau était juste au coin, les fenêtres lui donnaient une vue, à la fois sur l'océan et sur l'horizon, elle poussa la porte de son bureau en soupirant. "Bonjour, Maria."

Sa secrétaire se retourna et lui sourit. "Bonjour, Dar... c'est bien plus agréable aujourd'hui, laissez-moi vous le dire... je ne sais pas quel miracle notre Sainte Mère a accompli cette nuit, mais... c'est beaucoup mieux." Elle finit d'asperger de l'eau sur une plante près de son bureau, puis alla vers le petit comptoir à côté. "Je vais vous faire du café... je suis contente que vous ne soyez pas venue hier."

Dar sourit tranquillement et pénétra dans son propre bureau, posa sa mallette et alluma son poste de travail. Après moins de trois heures de sommeil, le café était définitivement une bonne idée, décida-t-elle, en s'asseyant avec un soupir. Elle passa les doigts dans sa chevelure. Son ordinateur bipa et lui demanda son identifiant, qu'elle lui fournit avec impatience en tapant sur les touches avec souplesse. Sa boîte courriel s'ouvrit et elle fit dérouler ses messages. Elle s'arrêta lorsqu'elle vit une réponse portant un nom qui lui était maintenant devenu familier.

Elle le lut puis afficha un sourire. "Court mais gentil." Et cette petite a le sens de l'humour en plus, nota-t-elle, en voyant les caractères gras. Elle souriait toujours lorsque Maria entra en portant un petit plateau qu'elle déposa sur le bureau de Dar.

"Ooo... C'est quoi ça ?" Elle arqua un sourcil à l’intention de sa secrétaire.

Maria lui rendit son regard en plissant les yeux. "Carisita me dit que Gerardo de l'équipe de nettoyage a fait monté ceci spécialement pour vous, il paraît que vous êtes restée ici toute la nuit pour tout réparer... est-ce que c'est vrai, Dar ?"

Dar attrapa adroitement un des feuilletés sur le plateau et y mordit à belles dents. "Mm..." Elle adorait les pastiltos, une spécialité cubaine composé de pratiquement n'importe quoi, mais habituellement garni de couche de pâte feuilletée remplies de fromage, ou de viande, ou encore de jambon finement tranché... ces derniers faisaient partie de ceux qu’elle aimait le moins, mais Dar en repéra un avec de la goyave et du fromage, qui venait en second dans ses préférences.

"Dar ?" Maria tapota ses ongles, soigneusement manucurés et vernis d'un rouge éclatant sur le bureau.

"Quelqu'un devait le faire, Maria." Se plaignit la dirigeante en haussant les épaules. Elle finit son feuilleté et en sélectionna un autre. "Par ailleurs, ceux-ci en valent la peine... où les prend-il ? Ils sont supers."

La Cubaine soupira. "Vous en faites trop, je crois." Elle poussa un peu plus le plateau. "Tenez... je dois aller taper ces lettres au sujet des changements de service." Elle se précipita vers la porte qu'elle referma derrière elle, laissant sa supérieure seule avec ses gâteries.

Dar lut le reste de ses messages en finissant les pâtisseries, et engloutit la grande tasse de café que Maria y avait ajoutée. Elle marmonna en répondant à la plupart d'entre eux, envoyant de brèves réponses ou de simple mot, du pipeau quoi.

Le téléphone bipa. "Dar... j'ai Les sur la numéro uno pour vous."

"Oh... numero dos." La grande femme roula les yeux. "Très bien." Elle poussa le bouton. "Comment ça va à Plano, Les ?"

"Je n'en sais rien." Répondit joyeusement la voix. "Je suis à Troy... j'espère qu'ils suent à mort là-bas. Comment ça va avec Associated ?"

"Pas mal... je leur ai annoncé la nouvelle hier, et j'attends les retombées." Répliqua Dar. "J'imagine qu'un quart d'entre eux vont simplement quitter volontairement, ce qui va résoudre la moitié de mon problème."

Un gloussement émergea du téléphone. "Ça c'est ma Dar... j'ai entendu dire que nous avions un problème chez vous ?"

"Mineur." Dar haussa les épaules. "Un idiot a fait reculer son chariot élévateur dans les panneaux de contrôle du bâtiment, il a bousillé les six panneaux, au même titre que la console qui gère l'air conditionné." Elle se pencha vers l’arrière en croisant les bras. "Il m’a fallut faire une terrible scène."

"C’est ce que j’ai entendu dire." Répliqua Les. "J'ai eu le propriétaire de l’immeuble au téléphone ce matin. C'est un de mes vieux camarades de classe."

Les relations. Dar soupira. Ça n'en finissait jamais... quoique vous fassiez, vous deviez toujours finir par en entendre parler à un moment ou un autre. "Et ?"Elle attendit la réprimande.

"Et je lui ai dit qu'il avait de la chance que vous ne soyez pas venue personnellement lui botter les fesses." Lui dit le P.D.G. tout joyeux. "Vous avez bien fait, Dar... bon travail."

Dar accusa le compliment avec un demi-sourire. "Merci." Cela n'arrivait pas souvent. En fait, elle pouvait se souvenir d'avoir entendu ces mots sortir de la bouche de cet homme exactement six fois depuis toutes ces années. Les était un casse-pieds, un bigot et un phallocrate, mais il avait un certain charisme contre lequel même elle n'était pas immunisée.

"Bon... j'ai un petit problème." La voix de Les retomba un peu. "J'ai besoin que vous alliez au bureau de Washington pour les secouer un peu... Peter Weyhousen est en train de bousiller les pourparlers pour ce contrat avec le Pentagone... pouvez-vous le lui reprendre ?"

Bon sang. "Je pensais que vous vouliez que je me concentre sur Associated ?" Objecta-t-elle. "Je ne peux pas le faire depuis Washington."

"Bien sûr que vous pouvez... vous avez le portable le plus gonflé en testostérone de toute la Société, Dar..." Les la taquina. "L’avion est un superbe endroit pour faire le travail pendant que vous voyagez... j'en sais quelque chose." Il bougea et le téléphone émit un craquement. "Il va les perdre, Dar... et nous avons besoin de ce contrat. Quelques jours de répit donnera à Associated le temps de se calmer de toute façon."

Vrai. "J'ai demandé à quelqu'un de travailler sur un plan budgétaire pour Associated... ce serait bien de lui donner quelques jours pour pondre quelque chose, en effet." Concéda-t-elle. "Quand auront lieu les prochains pourparlers ?"

"Pouvez-vous prendre l'avion ce soir ? Ils sont prévus pour demain de bonne heure... j'enverrai les informations comptables par messagerie, et sur quoi je crois que Weyhousen a merdé. À ce propos, il ne sait pas que vous venez."

Génial. "Très bien." Un sac était déjà prêt dans le coffre de sa Lexus juste au cas où ce genre de situation se présente. Peter Weyhousen n'était... pas un de ses amis. Ce serait une rencontre explosive, à coup sûr. "Vous me devrez quelque chose pour ça, Les."

Le P.D.G. gloussa. "Chérie, je serai au rendez-vous quand les bonus sortiront, d'accord ?" Il soupira. "Il faut que j'y aille... je dois faire un discours à la conférence des ingénieurs dans cinq minutes."

"Bonne chance." Lui dit Dar.

"Vous aussi." Ce fut sa seul réponse avant qu'un clic n'indique que le P.D.G. avait raccroché.

Dar posa les bras sur le bureau et expira. Elle pressa le bouton de l'intercom. "Maria... j'ai besoin d'un billet d'avion pour IAD en fin d'après-midi, avec retour ouvert."

"Dios Mio." Répliqua la secrétaire. "Il ne vous laisse pas souffler." Un froissement de papier. "Je m'occupe de tout, Dar."

"Merci." Dar relâcha le bouton et s'installa au fond de son fauteuil en se mâchouillant un ongle.

Puis elle approcha son clavier et fit une requête à la base de données déjà ouverte sur le bureau de son ordinateur. Un moment plus tard elle obtint une réponse, et elle reprit le téléphone pour composer un numéro.

"Kerry Stuart." La voix à l'autre bout de la ligne semblait épuisée et ennuyée.

"Et bien. Bonjour, Miss Stuart. Ce fut agréable d'échanger des messages avec vous." Répliqua Dar calmement.

Une pause momentanée. "Oh." Kerry s'éclaircit la voix. "Bonjour... je... hum... merci de vos réponses, les informations m’ont étés très utiles. "

Le ton était plein de réserve poli mais un peu hostile tout même.

Dar plissa le front. "Pas de problème. J'appelle pour vous dire que je quitte la ville pour quelques jours... si vous avez d'autres questions, vous pouvez y aller et me les envoyer par courriel, mais ça pourrait prendre quelques heures avant que je ne les consulte et vous réponde."

Un long silence. "Pourquoi ne pas vous adresser au salaud que vous avez envoyé ici ?" La voix de la jeune femme était empreint de frustration mêlée à une certaine dose de colère. "Vous savez, je ne sais pas pour qui vous vous prenez pour traiter les êtres humains comme de sales bestioles que vous pouvez écraser sous vos talons."

"Ohlaaa." Le ton de Dar ce fit plus dur qu'elle ne l’avait anticipé. "Attendez." Un soupir excédé se fit entendre à l’autre bout du fil et Dar pu presque le sentir. "Qu'est-ce qui se passe ?"

Un autre silence. "Qu'est-ce qui se passe ? Que pensez-vous qu'il se passe... vos gorilles sont là à tout démolir autour d’eux et à tout foutre en l’air... si vous vouliez vous débarrasser de notre entreprise, pourquoi ne l'avez-vous pas tout simplement fait?

"Miss Stuart..."

"Fouiller dans les trucs personnels des gens, interdire l’accès au réseau aux employés en dehors de leurs bureaux..."

"Miss Stuart..."

"Me dire que je ne peux pas avoir accès à mes propres fichiers de paye ??"

"Kerry." Aboya Dar en haussa le ton.

Un silence presque essoufflée lui répondit puis Kerry ajouta encore quelque chose. "Seuls mes amis m'appellent par mon prénom."

C'était ridicule, réalisa Dar. Elle était la vice-présidente des opérations d'une société internationale, et voilà que cette coordonatrice à deux sous, d’une filiale de second ordre et, qui plus est, n’opérait que dans une seule ville, l'engueulait.

Ce qui était encore plus surprenant, cependant, et elle l'admit, c'était à quel point cela la perturbait. "Laissez-moi parler à Brady Evens."

Le téléphone fut jeté sans cérémonie sur le bureau et elle dû attendre et compter jusqu'à cent entre ses dents avant d'entendre des bruits de pas revenir. Le récepteur fut repris. "Je vous le passe." Elle entendit la voix de Kerry claquer puis le téléphone gricha.

"Brady ?"

"Ouais."

"Gant de velours."

"Oh merde... vous vous fichez de moi ?" La voix grognon du chef d'équipe de la sécurité chatouilla ses tympans.

"Nan, je ne plaisante pas." Déclara-t-elle platement. "Stuart devient venimeuse."

"Dar, vous ne savez pas ce que... Il y a ici des trous de sécurité aussi gros que mon derrière, et Mark a déjà mis en place un pare-feu, pour l'amour de Dieu."

"Je... m'en... fiche." Aboya Dar. "Faites-le !" Sa voix se réduisit à un profond grondement.

"D'ac... d'accord... Ok." Répondit Brady, d'une voix tremblante. "Ok... désolé, je ne savais pas... mon bordereau ne mentionnait qu’une procédure de routine."

"Changez de bordereau." Répliqua Dar, toujours furieuse.

[/i]"Oui, madame." [/i]Répliqua tranquillement le chef d'équipe. "Attendez." Il cliqua sur quelque chose. "Ici le Chef d'équipe." Un grésillement statique se fit entendre, en même temps qu'un léger tollé. "Arrêtez ce que vous faites les gars, nous passons en mode Or, terminé."

Une cacophonie de protestations. "L’ordre vient d’en haut." Brady passa outre. "Faites-le c’est tout." Puis il parla de nouveau au téléphone. "C'est fait."

"Merci." Grogna Dar.

Le téléphone crissa doucement. "Miss Stuart, je vous présente mes excuses." La voix de Brady était passée de rude à poli. "Nous allons essayer de nous faire discret et de ne plus vous mettre de bâtons dans les roues." Le bruit des pas qui s’éloignent lui parvint et le téléphone craqua de nouveau, une douce respiration devint audible.

Dar attendit, laissant lentement passer une expiration. Elle sentait encore la bouffée de chaleur due à la colère sur sa peau, et elle ferma les yeux, la laissant s’épancher doucement. Sa mauvaise humeur était légendaire, et Brady le savait... il savait qu'il ne pouvait pas pousser le bouchon très loin avant qu'elle ne se mette en rogne et que ça lui attire beaucoup plus de problèmes qu'il n'était capable d'en gérer. Il circulait une rumeur au sujet d'une réunion du conseil d'administration, où un VP l'avait énervé, en la poussant à bout à la fin d'une très longue journée, et il s’était retrouvé cloué contre le mur, coincé par le poids de Dar alors qu'elle lui criait dessus avec toute la puissance de ses poumons.

C'était la raison pour laquelle elle passait toutes ses soirées à la salle de gym à travailler avec Teddy, un maître en arts martiaux, à parfaire plusieurs mouvements pour ceinture noire.

"Hum." La voix de Kerry s'éleva, hésitante. "Merci."

Dar prit une inspiration. "Dans certaines filiales, lorsque nous arrivons, beaucoup d’employés essaient de détruire ou de s'enfuir avec des informations ou des dossiers importants." Expliqua-t-elle calmement. "Je sais que c'est difficile d'imaginer que vos collègues puissent faire une telle chose, mais nous faisons cela par expérience, et pas parce que nous avons décidé d'être sur votre dos."

"Je... je comprends." Répliqua la blonde. "C'est... c'est si humiliant."

Dar fit une pause, déconcertée. Elle n'y avait jamais pensé en ces termes. "Je présume que ça l'est... je vous présente mes plates excuses." Elle se souvint des yeux de Kerry, affichant d'abord le désir de lui faire confiance, avant que ne vienne y briller la déception. "Mais ce n'est..."

"Pas personnel, je sais." Répliqua Kerry tout bonnement.

Elles restèrent silencieuses toutes les deux pendant un moment. "Quinze personnes ont donné leur démission aujourd'hui." Finit par dire Kerry, pas vraiment certaine de savoir pourquoi. "Les autres ont dit qu'ils allaient traîner par ici et voir ce qui va se passer."

Dar regarda par la fenêtre, voyant les nuages qui bougeaient au loin. "C'est plutôt bien." Murmura-t-elle. "Vous voyez ainsi qui est loyal."

"Ils comptent sur moi."

Oh, ma petite... La grande femme aux cheveux de jais secoua lentement la tête vers le ciel. Ne te mets pas ce poids sur les épaules. "Très bien."

"Je ne vais pas les laisser tomber." Ajouta-t-elle sur un ton décidé. "Peu importe ce que vous ferez ou direz."

Dar soupira. "Miss Stuart, je ne suis pas votre ennemie."

"Vous n'êtes pas mon amie non plus." Vint la réponse, aussitôt.

"Non." Une pause. "Je suppose que je ne le suis pas."

Ce fut maintenant au tour de Kerry de rester silencieuse. "Et bien, merci d’avoir parlé à cet Evens, j'apprécie vraiment beaucoup." Elle expira. "Et... hum... j'enverrai d'autres questions."

"Très bien." Dar hésita. "Écoutez... notez ce numéro." Elle attendit jusqu'à ce qu'elle obtienne un léger 'allez-y' sur la ligne. "305-975-6647"

"C’est noté." Dit Kerry.

"Si vous avez le moindre problème avec Evens, appelez simplement ce numéro."

Probablement son chien de garde ou quelque chose comme ça, pensa Kerry. "Très bien." Elle s'interrompit. "Bon... hum... bon voyage." Lui souhaiter que son avion s'écrase aurait été politiquement incorrect, se dit-elle, et par ailleurs... elle venait juste de lui rendre un grand service. Il n'y avait aucune raison à s'aliéner cette femme, qui pouvait de surcroît, réussir à faire pâlir un homme de 1,95 m, de 150 kg tel le fantôme de Casper et pratiquement le faire pisser sur la moquette, pas vrai ? Vrai.

La voix de Dar baissa d'une octave lorsqu'elle répliqua. "Merci."

C'était une voix chaude qui fit apparaître un sourire bien malgré elle sur le visage de la jeune femme. "De rien." Répondit Kerry doucement. "Au revoir." Elle raccrocha et resta là pendant un long moment, regardant l'appareil et en se demandant qu’est-ce qui lui prenait. Puis elle soupira et s'assit de nouveau derrière son bureau, frottant son visage d'un air las. Elle leva les yeux lorsqu'un coup donné à l'encadrement l'alerta d'une présence. "Entres, Ray."

Le responsable du soutien technique glissa sur la moquette et prit place dans le fauteuil. "Qu'est-ce qui s'est passé ? "

Kerry le fixa. "Nous avons été envahit par la troupe des Joyeux Mongols Mégalithiques, tu te souviens ?"

"Aye... chica... non... des gorilles." Ray regarda autour de lui puis vers elle. "Qui leur a passé la laisse au cou? Ils sont tout dociles maintenant, c'est alarmant. "

"Oh." La blonde croisa les mains. "Et bien... je me suis en quelque sorte plainte auprès de... hum..."

"Cruella ?" Demanda Ray.

"Ouais." Kerry hocha la tête. "Alors elle a parlé au chef gorille, et il leur a ordonné de devenir gentils... je pense que ça ira mieux maintenant."

"Notre héroïne." Il sourit. "Vas-y, ma fille."

La blonde regarda ses mains et sourit. "Ouais, ça m’a fait du bien... je ne sais pas ce qu'elle lui a dit, mais il avait l'air d'un chiot à qui on venait juste de donner la fessé."

"Tch... il aimerait sûrement ça." Ray rit. "Peut-être qu'elle est... comment on les appelle... sa maîtresse... tu sais, avec le truc des fouets et des chaînes. Elle lui met sûrement un collier, avec une clochette."

Kerry se couvrit le visage d'une main, et étouffa un rire. Elle était si fatiguée par cette quasi nuit blanche, que l'image d'un Brady bourru, grognon avec un collier à clochette était trop pour elle. "Dieu, Ray... ne me fais pas ça... quelle image."

Il se leva. "Teresita va chez Laurenzo... tu veux qu'elle t'apporte une colada ?"

Kerry cligna des yeux. Elle avait tendance à voir le café cubain d'un mauvais œil; une espèce de croisement entre une substance noire visqueuse et du carburant pour fusée, mais à voir comment elle se sentait aujourd'hui, ce n’était peut-être pas une mauvaise idée. "Ok... d'accord. Ça pourrait être une bonne idée... je suis plutôt fatiguée." Elle prit le morceau de papier sur lequel elle avait noté le numéro de téléphone et le regarda avec curiosité, puis elle le plia et le mit dans la poche de son chemisier.

Elle se tourna vers son ordinateur, relisant la douzaine ou presque de questions et d'explications qu'elle avait destinées à Cru... à Dar Roberts. "Très bien... vous l'aurez voulu." Elle s'assit au fond de sa chaise et réfléchit sur ce qui venait tout juste de se passer en tapotant son crayon sur sa lèvre inférieure. Dar avait appelé, apparemment pour lui faire savoir qu'elle pouvait continuer à lui envoyer des trucs, et elle avait fini par l’engueuler.

Oui l’engueuler, c'était exactement ce qu'elle avait fait... et au lieu de l'engueuler elle aussi, ou de la virer, ce que Dar était certainement capable de faire, la VP de la société avait... réglé son problème.

Bizarre. Très bizarre. Elle n'avait donné aucune raison à Dar d'être gentille avec elle, en fait, elle avait été impolie, au point d'être insubordonnée même, et ça à deux reprises déjà, et cette femme avait simplement passé outre, comme si il ne s’était rien passé.

Non... ce n'était pas vrai. En réalité lorsqu'elle avait dit que Dar n'était pas une de ses amies, elle avait répondu, et avait acquiescé. Presque comme si... Kerry remonta son genou et l'entoura d'un bras, puis soupira. Elle ne savait pas ce que ça avait presque été, mais maintenant, elle s'en voulait un peu d'avoir été si impolie. Elle n'était pas comme ça d’habitude, et elle n'avait aucune idée pourquoi, Dar Roberts, provoquait ce genre de réaction chez elle.

Elle se tourna vers l'écran, où une douzaine ou presque de questions et d'explications étaient rédigées et les examina. Elle avait laissé ses commentaires sarcastiques de côté cette fois-ci, parce qu'elle avait eu des réponses si correctes la dernière fois, et avec hésitation elle inscrivit une dernière ligne en bas de page, avant de cliquer rapidement sur la touche d'envoi avant de changer d'avis.

Voilà. Ce n'était pas grand-chose comme excuse, mais... après tout, c'était elle qui était en train de se faire marcher dessus, elle et le reste des employés, alors... Que Dar Roberts approuve ou non, elle s'en fichait pas mal.

Pas vrai ?


Alyss
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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Re: Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Sam 4 Juin - 10:59


Chapitre 7

"Par ici, Miss Roberts." Le concierge lui fit une sorte de demie-courbette, et lui indiqua de le suivre. Ils entrèrent dans l'ascenseur et il appuya sur le bouton du dernier étage, où l'hôtel possédait des suites VIP pour les gens en voyage d'affaires. "Vous venez de loin ?" Demanda-t-il poliment.

Dar arracha son attention aux chiffres des étages qui défilaient à intervalle régulièrement. "Miami." Elle haussa les épaules dans sa veste de cuir marron. "Il fait un peu plus frais ici."

L'homme rit doucement, et tint la porte ouverte lorsqu'ils atteignirent le bon étage. "C'est ici."

Dar dut souffrir ses commentaires stupides quelques minutes encore, lorsqu'il posa son petit sac, puis elle lui donna un pourboire et le mit dehors. Comme la porte se fermait derrière elle, elle jeta un coup d'œil circulaire à la large pièce, et expira. Pas mal, vraiment. La suite comprenait une chambre avec un lit king size, un salon avec une télévision de taille décente, un ensemble de table et chaises pour les invités, et un bureau complètement équipé avec des stylos, des crayons, un câble réseau et une prise de courant placée au niveau de la taille, ce qui était très pratique.

Elle se dirigea vers le bureau et y déposa son ordinateur portable, puis elle parcourut le menu du service de chambre avec curiosité. Le Hyatt proposait habituellement de la nourriture décente, et celui-ci possédait un restaurant mexicain au rez-de-chaussée, en même temps que l'habituel salon de thé et un bar. "Jusqu'ici, tout va bien." Commenta Dar pour elle-même, alors qu'elle feuilletait le reste de la brochure de l'hôtel. Ah. Elle tapota le plastique avec un doigt. Club de mise en forme, piscine, film, dîner.

C'était décidé, elle ouvrit son sac et en tira un short, des tennis, et un sweat-shirt coupé, puis elle parcourut le programme télé pour vérifier la sélection de films. Elle rit doucement. "Oh, oh... 'Le Rocher'... ça me plaît, définitivement."

Quelques minutes plus tard, elle s'était changée, et de retour au bureau, elle soulevait le téléphone puis composait le numéro du service aux chambres. Elle attendit une réponse, puis passa le menu en revue. "Votre assortiment d'amuse-gueule, Steak fajitas, un flan et un milk-shake au café, s'il vous plaît."

"Oui, madame." Répondit la voix, après qu’elle eut tout noté.

"Puis-je avoir ceci à 21h30, s'il vous plaît ?" Demanda Dar, en regardant sa montre. Une heure et demie devrait suffire pour une séance d’exercice décente et une douche rapide. Ça lui permettrait aussi de se débarrasser de la fatigue du voyage, et la mettrait probablement dans un meilleur état d'esprit que lorsqu'elle avait quitté Miami.

N'importe quoi serait mieux que ça... le reste de la matinée et tout l'après-midi jusqu'au départ de son vol avait été consacré à des réunions avec les employés, à la fois de son propre département, et ceux de l’administration. Cela n'avait pas été de tout repos, et au moment où elle s'était frayé un chemin à travers l'aéroport international de Miami, jusqu'à ce qu’elle monte dans l’avion, cela lui avait porté sur les nerfs.

Heureusement, le vol avait été calme, sans enfants, et le service rapide. Dar s'était détendue dans son siège de première classe, et avait accepté un seul verre de vin blanc, qu’elle avait siroté lentement en regardant le panorama dans le hublot. Les premières étoiles venaient d’apparaître lorsqu'elle avait atterri à Washington, et elle s'était sentie un peu mieux à l’idée d’avoir le reste de sa soirée bien à elle avant d'aller gâcher la parade de Peter prévue pour le lendemain.

Elle trouva facilement la salle de gym et poussa la porte de la salle… déserte, mais elle s’y attendait. Les hôtels fournissaient une salle d’entraînement par souci de commodité, mais elle savait d'expérience que la plupart des voyageurs d'affaires préféraient se détendre d'une autre façon, la plupart du temps en consommant de l'alcool et en regardant le sport au bar.

Dar préférait la solitude des machines désertées, et elle attaqua le petit circuit, plutôt bien équipé avec un léger enthousiasme. Elle installa les poids et effectua les séquences en fonction d'une routine établie depuis des lustres. C'était un bon travail de musculation, et elle se surprit avec vingt livres supplémentaires pour les avant-bras, ce qui lui laissa les épaules brûlantes. Après une heure, elle remit la dernière machine en position et se leva, s'essuyant le visage avec une petite serviette qu'elle avait coincée à sa ceinture.

Satisfaite, elle marcha jusqu'à la balance et monta dessus, poussant les poids d'un doigt curieux. "Mm." Songea-t-elle, en réfléchissant, une perte de presque 2 kilos et demi. "Peut-être que je prendrai deux milk-shakes au café." Un sourire canaille lui fit face dans le miroir et elle descendit de la balance, se souvenant de la fête de Noël du bureau de l'an dernier, où une compétition avinée s’était tenu pour deviner son poids.

Personne n'était arrivé à deviner son poids réel de 72 kg... la plupart d'entre eux avaient estimé vingt kilos ou presque de moins, bien qu'elle ne soit pas certaine de savoir si c'était le fait que ce poids soit dû à sa masse musculaire, donc plus lourd qu'ils ne le pensaient ou s'ils essayaient seulement de ne pas la mettre de mauvaise humeur en visant plus haut.

"B, avec un rouleau impérial." Informa-t-elle son reflet, puis elle attrapa sa serviette et se dirigea vers la piscine. Trente minutes plus tard, elle retournait à petits pas vers sa chambre, la serviette drapée autour de ses épaules et ses vêtements de sports sous le bras. Elle avait supposé que l'hôtel était pratiquement vide, et que son maillot de bain une-pièce n'était pas 'tape-à-l'œil', une conclusion raisonnable jusqu'à ce qu'elle arrive à l'ascenseur.

Quatre types qui ressemblaient à des bûcherons s’y trouvaient. Dar soupira intérieurement, en supportant leurs regards appréciateurs. Ils étaient de taille moyenne, de type "middle-west", portaient des chemises à carreaux, des débardeurs couvertes de peaux de bison et étaient rasés de près, mais visiblement un peu soûls. Ils la reluquèrent bellement.

Dar les fixa à son tour, s'appuyant contre le mur d’un air de totale nonchalance.

"Hé, bébé... tu veux venir faire la fête dans notre chambre ?" Demanda finalement le roux, avec un sourire narquois.

"Non." Répliqua la grande femme, en se glissant entre eux pour entrer dans l'ascenseur.

Elle sut que c'était une erreur quelques instants plus tard lorsqu'ils la suivirent, se tenant entre elle et que la porte se referma avec un bruit sourd. Le rythme de son cœur accéléra et elle les regarda avec précaution, modifiant son équilibre pour amener son poids un peu vers l’avant. Elle afficha une expression fermé.

Le plus grand d'entre eux, un barbu d'environ 1,80 m bougea. "T'sais... tu n'devrais pas aguicher les gens comme ça..." Il la regarda d'un air lubrique. "Une jolie chose comme toi... et ensuite tu nous envoies balader... c'est pas gentil ça."

Dar laissa la colère monter, et attendit. "J'utilisais simplement les commodités de l'hôtel... ce n'est pas un crime." L'avertit-elle doucement. Elle sentit le léger soubresaut lorsque l'ascenseur s'arrêta, et elle réalisa que l'homme le plus éloigné d'elle l'avait arrêté entre deux étages. Elle laissa calmement tomber ses vêtements sur le sol et elle serra les poings. "Ne soyez pas stupides, les gars." Une main se tendit vers son cou et le premier homme s'approcha, son haleine empestait l’alcool et il la poussa contre le mur. Elle agrippa sa main et se retourna en lui collant un fulgurant coup de coude sur le nez, ce qui provoqua une giclée de sang. Un sauvage coup de pied latérale atteignit le deuxième homme à la tête et le projeta contre le mur opposé. Elle se rapprocha de la porte, passa sous le bras du troisième et le poussa tête première contre la rampe qui longeait la cabine d'ascenseur.

Elle se fit face au quatrième homme et elle grogna en agrippant de devant de sa chemise qu’elle souleva et le repoussa violemment loin d'elle en lui assenant un coup de tête. Sa main frappa le contrôle d'ascenseur et la cabine fit une embardée. Ils la dévisagèrent tous, souffrants et confus.

Elle inclina la tête et les fixa à son tour, puis elle attrapa l’homme au nez cassé, retira sa clé d'hôtel de sa poche et replia les doigts autour de cette dernière. "Je veux m'assurer de connaître l’identité de celui que je vais signaler à la police."

"Qu... qu..." Le grand homme s'essuya le nez du revers de la manche en regardant le sang avec étonnement. "On ne voulait pas..."

"Vous vouliez passer vos petites envies de détraqué sur une pauvre femme sans défense." Cracha Dar. "Vous avez choisi la mauvaise cible cette fois-ci."

L'ascenseur s'arrêta à son étage et les portes de la cabine s’ouvrirent. Elle observa brièvement les hommes qui se remettaient debout péniblement. Elle renifla en ramassant ses vêtements de sport, sortit de l’ascenseur et partit le long du couloir moquetté, laissant la porte se refermer derrière elle.

Puis elle expira lentement, mal assurée et leva une main tremblante devant ses yeux. Elle attendit une minute pour être sûre que ses jambes n'allaient pas flancher, et se dirigea vers sa chambre dont elle ouvrit la porte avant de se glisser à l'intérieur avec un sentiment de pur soulagement. Elle s'assit dans le fauteuil le plus près, et laissa sa tête reposer contre le dossier, fixant le plafond couleur blanc pop-corn jusqu'à ce que les battements de son cœur reviennent à la normal. "Salauds." Elle se leva et passa les doigts dans sa sombre chevelure, puis elle alla vers le bureau et ouvrit son portable, le branchant dans les prises de courant tout en prenant le téléphone en composant d'une main. Un moment plus tard, l'employé de la réception décrocha. "Ici Dar Roberts, chambre 1430. Je viens d'être attaquée dans l'ascenseur par quatre idiots soûls de la chambre..." Elle s'interrompit et regarda la clé dans sa main. "209... je veux leurs noms."

Silence de mort pendant un moment, puis : "Mon Dieu... j'appelle la police." La voix de la fille tremblait.

"Non." Dar parla lentement et clairement. "Je ne veux pas que vous fassiez cela, je veux que vous me donniez leurs noms, et la compagnie pour laquelle ils travaillent."

Cela prit environ vingt minutes, et deux responsables différents, mais elle obtint ce qu'elle voulait, et au milieu de tout ça, son dîner arriva. Elle fit signe à la grande et mince blonde serveuse de déposer le plateau sur la table près du lit, et elle lui fit un signe pour qu’elle vienne vers elle et qu’elle puisse signer. Elle jeta un rapide coup d'œil à la note, puis elle gribouilla son nom, avec le montant du pourboire au bas. "Merci."

Les yeux de la fille se baladèrent sur elle d'un air appréciateur. "De rien." Elle sourit, puis se retourna pour partir.

Le sourcil de Dar se souleva et un sourire spéculatif passa sur ses lèvres, puis elle soupira, comme le responsable de nuit revenait au téléphone. Commençons par le commencement. "Merci." Elle inscrivit leurs noms et la compagnie qui les payait pour être là. Cela provoqua l'apparition d'un second sourire, celui-là peu plaisant.

"Mais... madame... vous êtes sûre que vous ne voulez pas que nous appelions la police ?" Protesta l'homme. "Je veux dire, que je crois que... que nous devrions au moins les mettre dehors."

"Non, non..." Objecta Dar. "Je vais m'occuper de ça... vous les laissez tranquilles."

"Ms Roberts... êtes-vous certaine ?" Le responsable semblait inquiet.

"Ouais, je suis certaine." La réponse parvint calme et confiante. "Merci." Dar raccrocha, puis remarqua que la serveuse était toujours à la porte.

"Désolée d'écouter aux portes..." La fille ne semblait pas désolée du tout. "Mais est-ce que vous parlez de ces salopards du deuxième étage ?" Elle s'appuya contre l’encadrement et regarda Dar. "Les quatre types... qui ressemblent à des joueurs de football sur le retour ?"

Dar hocha la tête. "Probablement... pourquoi ?"

Une secousse de la tête blonde. "Personne ici ne veut allez à leur chambre à l'exception du personnel masculin... ils essaient d'attraper tout ce qui porte une jupe."

Dar sourit calmement. "Oh, vraiment ?" Elle avait démarré son portable et le regardait se connecter au système à Miami. Elle ouvrit une session, se connecta à la base de données de la Société, envoya une requête rapide, et tambourina des doigts sur le bureau jusqu'à ce que sa requête revienne. Elle hocha la tête, puis décrocha le téléphone et composa un numéro, consciente des yeux noisette qui la regardaient avec intérêt. À la quatrième sonnerie, on décrocha. "Gary Sanrichon ?"

La voix semblait étonnée. "C'est moi... qui est-ce ?"

"Dar Roberts." Pas d'introduction, pas de nom de compagnie. Elle suspectait de ne pas en avoir besoin.

"Oh... euh..." Sanrichon paraissait étonnée. "Mon Dieu... c'est... que puis-je pour vous, Ms Roberts ?"

Elle lit les noms de ses agresseurs. "Ils sont à vous ?"

Une pause. "Des représentants... oui." Répliqua Sanrichon prudemment. "Pourquoi ?"

"Ils sont soûls et attaquent des femmes ici au Hyatt à Washington." Répliqua Dar. "Vous pourriez me rendre un service et les faire partir d’ici. Tout de suite." Sa voix devint un grognement bas et impérieux.

Un silence choqué. Puis. "Je vais m'en occuper." Le ton de Sanrichon était dur et tranchant.

"Merci." La directrice sourit d'un air satisfait. "Bonne nuit." Elle raccrocha le téléphone et jeta un coup d'œil vers la fille, qui la regardait avec des yeux ronds. "C'est dommage pour eux qu’ils travaillent pour une de nos filiales, hein ?" Commenta Dar en regardant le portable télécharger du courrier, puis elle alla vers le plateau et prit son milk-shake, le sirotant avec satisfaction. Ses yeux se posèrent sur la fille sous ses cils sombres. "Vous vous appelez comment ?"

"Sherry." Répondit la blonde doucement. "Qu'est-ce qui va arriver à ces types ?"

Dar haussa les épaules. "Ne vous souciez pas de ça... vous ne les aurez plus dans vos jambes, je peux vous le garantir." Elle jeta un œil sous la cloche de l'un des plats, et captura une boulette au jalapeno, qu’elle mordit et mâcha avec plaisir. "Peut-être que ça leur servira de leçon."

"Peut-être." Répliqua la fille. "Je... reviendrai reprendre ce plateau plus tard." Elle fit signe vers ce dernier.

Dar leva des yeux bleu glace vers elle, et sourit. "Cela me semble une bonne idée." Elle regarda la fille déglutir, puis se glisser dehors, sans lancer un seul coup d'œil en arrière. Elle rit d'un air désabusé lorsque la porte se referma; "Oh... Dar, séductrice de gamine... c'était pitoyable." Elle soupira, puis retira son maillot de bain noir toujours humide avant d’accrocher ce dernier sur la barre de la douche dans la salle bains pour qu’il sèche.

Sa chemise de coton fut la bienvenue après l'humidité de son maillot. Elle s'affala sur le lit, tira le plateau plus près pour examiner son contenu, alluma la télé et s’installa pour le film. Il était sur le point de commencer, lorsque son portable émit un bip, et elle le regarda d'un air renfrogné. "Je sais, j'ai du courrier. J'ai toujours du courrier. J'ai même eu du courrier après que les maudits serveurs aient redémarrés, et il était trois heures du matin." Le portable émit de nouveau un bip, et elle soupira, se glissa hors du lit puis marcha à petits pas dans sa direction. Elle attrapa ce dernier pour l'emporter avec elle vers le lit après avoir déconnecté le câble réseau.

Elle s'installa de nouveau sur la couette bleu nuit, et jeta un œil à la liste des courriels. "De la merde... De la merde... De la merde... la lettre de la compagnie... oh, comme si j'avais besoin de lire ça... De la merde... Dukky... De la merde... ah." Elle cliqua sur le septième message, qui datait d'assez tôt ce matin.

Kerry Stuart, Envoyé 10:32.

Ms Roberts - il y a quelques sujets additionnels pour lesquels j'aurais besoin d'explications. Premièrement, en ce qui concerne l'affaire du support. Si vous deviez reprendre le support de nos produits, vous auriez besoin d'ajouter plusieurs experts à votre centre de support existant, pour être efficace.

Ceux-ci doivent assurer un support matériel pour les terminaisons POSIX, les imprimantes thermiques, et les écrans tactiles, aucun d'eux ne duplique les environnements existants de support que vous possédez actuellement. La formation sur ces sujets est longue et continuelle - votre service comptable devrait inclure un budget pour cette formation, alors que nous possédons des experts déjà formés.

De même, votre groupe de programmation ce concentre sur le TPF, et notre code est écrit en langage C, avec une bonne dose de modules assemblés spécialement pour le secteur des services. Vous n'avez pas de programmeurs qualifiés à cet effet, et devriez employer les nôtres, ou penser à une longue formation pour que vos employés puisse le prendre en charge. Nos clients requièrent de fréquentes mises à jour et des programmes-rustines, lorsque leurs environnements changent, et ils dépendent de notre capacité à réagir rapidement aux fréquents changement du secteur de l'alimentation.

C'est pourquoi, je crois qu'il est de votre intérêt de conserver les services des groupes experts employés chez Associated. Ma proposition, en tenant compte de vos exigences budgétaires, vous sera adressée en conséquence.

Merci de m'indiquer si vous sentez que ce raisonnement est incorrect.

K. Stuart.

Je vous présente mes excuses pour mon ton et mes manières ce matin - mais vous pouvez imaginer à quel point les actions entreprises par votre équipe pouvaient être perturbantes.


Dar mâcha une autre boulette au jalapeno, et prit une gorgée de son milk-shake. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Kerry avait visiblement utilisé à bon escient son accès à leurs systèmes internes, et elle venait de soulever quelques points très intéressants. "Brave fille, Kerry." Elle s'interrompit, en se souvenant de la réaction hostile de la jeune femme quand elle avait l'usé de son prénom, et une partie de sa bonne humeur s’envola. Pourquoi diable s'en faisait-elle pour ça ? La réponse logique était, bien entendu, qu'elle ne devrait pas, mais pour une raison qu'elle ignorait, le potentiel de Kerry Stuart, et son intelligence, l’intriguait, aussi elle n’avait pas vraiment envie d’être l’ennemie de cette fichu jeune femme. Elle soupira. Le problème de Kerry était qu’elle était déterminée à ne pas se laisser faire. Leur première rencontre avait été un désastre... peut-être que... et bien, cette dernière ligne indiquait qu'elle était au moins disposée à écouter... peut-être que Dar pourrait se remettre un peu en bons termes avec elle.

Elle enfonça un nacho tout garni dans sa bouche, puis commença à rédiger une réponse.

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Message  Alyss Lun 6 Juin - 7:46


Chapitre 8



Kerry d'un air absent mâchait un morceau de pizza tiède, tout en parcourant une fois de plus une autre feuille de calcul. Elle planchait dessus depuis des heures, depuis son retour à la maison en fait, et elle se rendit compte qu'il était temps qu'elle fasse une pause quand l'écran commença à devenir flou.

Par coïncidence, un coup fut frappé à la porte au même moment. Elle se leva, et siffla lorsque son dos protesta d'être resté si longtemps dans la même position. Elle boitilla jusqu'à la porte, pour jeter un coup d'œil à travers le chas avant d’ouvrir. "Hé, Colleen." Elle sourit à la petite rousse qui se précipita à l'intérieur. Colleen Mc Pherson était la première voisine qu'elle avait rencontrée après avoir emménagé dans l’immeuble, et elle était devenue une bonne amie depuis.

"Hé, Kerry... qu'est-ce que tu fais ?" Colleen plissa son nez retroussé et regarda autour d'elle. "Whoa... attends... ne me dis pas que TU manges une pizza... non, non... ça doit être un clone... j'appelle le FBI."

Kerry d’un air un peu penaud rit. "Je n'avais pas le choix... je bosse sur ce truc, et je n'avais pas le temps de cuisiner... je mourais de faim." Elle ferma la porte et repartit vers son bureau. "Tu en veux ?"

Colleen scruta la boîte. "Oh mon Dieu... et tu en as déjà mangé la moitié... je vais m'évanouir." Elle taquina son amie. "Ce n'est même pas une pizza végétarienne."

La blonde s'assit, laissant ses bras reposer sur ses cuisses. "Je ne suis pas végétarienne, Col... tu le sais." Objecta-t-elle. "J'aime juste manger sainement... est-ce un crime ?"

La rousse prit un morceau et le mâcha. "Ce qui est un crime, c'est que tu manges à peine assez pour nourrir un lapin, bien moins qu'un être humain. " Elle tira sur la chemise de Kerry, qui pendouillait sur elle. "Là, ça... ce n'est pas sain."

Kerry haussa un peu les épaules. "Je vais bien... j'ai juste..." Elle hésita. "On me fait des reproches chez moi si je prends du poids... c’est juste plus facile de ne pas en prendre." Elle essaya de prendre un air désinvolte, et y réussit presque.

Reproche... ce n'était rien de le dire. La première année où elle s’était installée ici, les choses avaient été mouvementées, le travail avait été très prenant, et elle n'avait pas vraiment de temps pour autre chose qu'aller au bureau et revenir chez elle, essayer d'arranger l'appartement, et étudier pour ses certifications réseaux. Cela se concluait souvent par des fins de soirées tardives, de la nourriture à emporter, et dix kilos en plus qui ne lui avaient valu rien d'autre que des récriminations et des blâmes lorsqu'elle était rentrée pour Noël.

Ce qui avait été une période affreuse pour elle, cela avait fini par faire qu'elle passe la plus grande partie des vacances à éviter les gens, particulièrement son père, et elle s’était juré ne plus jamais repasser par là de nouveau. Depuis elle se cantonnait aux carottes, à beaucoup de marche et de vélo, de cette façon elle avait un meilleur contrôle. En fait, Colleen était sa partenaire de marche et de vélo, parce que la petite rouquine était constamment en train de combattre sa propre tendance à l'embonpoint.

Et c'était déplaisant, Kerry soupira, parce qu'elle était reconnue pour être une grande gourmande. Elle adorait manger et c'était tellement dur de constamment dire non. Mais elle le faisait, parce qu'entendre la voix sévère de son père était encore pire, et sa mère ne manquait jamais de l'interroger à ce sujet lors de leurs conversations téléphoniques hebdomadaires.

Et puis, bien sûr, il y avait Brian. Son presque ex-fiancé. Dont le père avait rendu un grand service au sien, aussi lorsqu'il lui avait demandé de l'épouser... Papa avait dit oui. Ce n'est pas que Kerry n'aimât pas Brian... c'était un grand jeune homme de bel allure aux manières impeccables, intelligent, et un bon travaillant, qui était sur le point d'obtenir sa licence de droit. Sous tous les aspects, une bonne occasion, et il était fou d'elle. Et pour être franche, elle l'aimait bien. Ils avaient été amis pendant des années, et elle s'était beaucoup amusée à faire des trucs avec lui.

En fait, ils avaient l’image du petit couple parfait. Il l'avait emmenée au bal de fin d'année, et l'une des photos préférées de la mère de Brian, les représentait tous les deux, devant la maison, en habits de cérémonie tandis qu’ils arboraient un air sérieux pour cette occasion particulière.

Parfait hein. Hm... ouais. Kerry expira, puis afficha un sourire. "Alors... comme je disais, c'est plus facile comme ça... mes parents me mènent la vie dur, tu sais comment c'est."

Colleen roula les yeux. "Oh oui, je sais." Elle mit les mains sur ses hanches. "Colleen Katherine McPherson, si tu ne commences pas à te prendre en main, tu seras aussi grosse que le Queen Mary un de ces beaux jours." Sa voix était monté d’un cran, pour imiter son irrésistible mère irlandaise.

Kerry rit. "Oh mon Dieu... ça lui ressemble tellement." La famille de Colleen vivait dans les environs, et Kerry avait été invitée plusieurs fois pour dîner. Elle aimait la fougueuse rouquine, et était contente d'avoir quelqu'un avec qui traîner de temps en temps. Colleen travaillait pour la banque Barnett en tant que guichetière en chef, et avait quelques années de plus que Kerry. Elle était drôle, et très sociable, l'héritage d'une enfance passée dans une grande famille turbulente.

"Alors... quel est ce projet ?" Colleen regarda autour d'elle dans l'appartement. "Jésus-Marie, Ker... une fée du papier a fait ses besoins partout ou quoi ?"

La blonde se pencha en arrière dans sa chaise de bureau et prit un autre morceau de pizza. "Non..." Elle soupira. "On nous a affiliés."

"Bah... c’est ce que j'ai entendu dire." La petite femme fit une grimace. "Est-ce que vous êtes dans la merde ?"

"Ouais." Admit Kerry. "Ils aimeraient tout simplement se débarrasser de nous, et garder nos clients, mais j'essaie de préserver l’emploi de quelques un d’entre nous en montant un budget." Ses épaules s'affaissèrent. "Mais je ne pense pas qu'ils vont l'accepter." Elle lança un coup d'œil vers son ordinateur, au moment où son avertisseur de courrier s'alluma. "Voilà la confirmation, probablement." Elle tendit la main et cliqua sur l'enveloppe, pour ouvrir le nouveau message. "Ouais." Elle confirma en voyant le nom de l'expéditeur.

Dar Roberts ; Envoyé 22 : 45.

Ms Stuart,

Vous soulevez des points intéressants. Bien que j'aie la plus grande confiance dans la capacité de nos équipes de support pour assumer la responsabilité de votre gamme de produit, votre personnel apporte assurément un certain niveau de connaissance qu'il serait coûteux pour nous de dupliquer. Continuez avec votre proposition, je vous en prie.


"Oh... wow." Kerry inspira lorsque ses yeux tombèrent sur un paragraphe un peu plus long en bas de page.

Je sais que vous êtes en train d’effectuer un travail très difficile, et j'apprécie l'effort que vous y mettez. Je pense que vous êtes talentueuse, et intelligente, et je ne veux vraiment pas que cette situation en soit une d'adversité. Je me rends compte que notre rencontre initiale est partie dans la mauvaise direction, et que j'aurais dû m'assurer que notre équipe de projet avait informé vos directeurs sur ce à quoi il fallait vous attendre avant de démarrer les procédures. Je vous présente mes excuses pour tout ça.

DR.


Bizarrement, elle se sentit soudainement plus légère. Un petit sourire apparut au coin de ses lèvres, et elle se redressa dans sa chaise avec un soupir du fond du cœur. "Qu'en penses-tu ? Elle l'a accepté. En quelque sorte."

Colleen avait lu sans se gêner par-dessus son épaule. "Hé..." Elle donna un petit coup à l'épaule de Kerry. "Ce ne serait pas cette Dar Roberts de chez EDS, non ?" Siffla-t-elle entre ses dents. "Ils s'occupent de notre traitement ACH-TAPE... il y a eu un dérèglement un jour et une bobine entière a été fichue... nos responsables remuaient ciel et terre partout, vouant EDS aux pires hégémonies, puis cette Roberts est arrivée, a passée dix minutes dans la salle des coffres, et trouvée le problème qui venait finalement de chez nous." Elle roula les yeux. "Mon Dieu, nous en avons entendu parler pendant des semaines."

"Et bien." Kerry secoua la tête. "Je ne peux pas imaginer qu'il y en a plus d'une dans cette Société, alors je présume que c'est elle... grande, bronzée, cheveux sombres ?" Elle s'interrompit. "Des yeux très bleus ? "

Colleen lui fit un sourire canaille. "Ça doit être elle... la rumeur dit que c'est une vraie garce sur roulettes." Elle jeta un œil au courrier. "Hmm... on dirait qu'elle t'aime bien, pourtant." Elle regarda Kerry, impressionnée. "Wow... elle pense que tu es talentueuse et intelligente... je présume qu'elle a quelques neurones après tout."

Kerry rougit. "Arrête ça." Elle relut le courrier, et malgré le fait qu'elle essayait autant que possible de se souvenir de sa colère contre Dar, les mots sur l'écran lui faisaient du bien. Peut-être parce que c'était si déconcertant.

Ouais... ça devait être ça. Elle ne s'était pas imaginé recevoir une réponse positive, ni même de réponse du tout, aussi recevoir ça était... si surprenant. "Elle est juste en train de me flatter dans le bon sens du poil." Dit finalement Kerry, avec désinvolture. "Tu sais... ne provoque pas les indigènes tant que tu n’as pas volé tous leurs diamants, un truc comme ça."

"Probablement." Colleen approuva joyeusement. "Hé... fais une pause, et allons marcher jusqu'à la boulangerie."

Kerry hésita. "Hum... Ok, d'accord... j'ai besoin d'une pause... écoutes, pourquoi ne prends-tu pas ton vélo et je te retrouve dans la rue ?"

Elle sourit lorsque Colleen approuva rapidement, et elle regarda la rouquine sortir, en fermant la porte derrière elle. Puis elle tourna son attention vers l'écran et pianota des doigts sur le clavier, essayant de décider ce qu'elle allait répondre.

Sois gentille... sois concise... sois formelle...

Que diable. Le pire que Cruella pouvait faire, c'était de la virer.

Bonjour...

Merci de ce que vous avez dit. Vous avez raison - ceci est une situation ardue, et je souhaiterais ne pas m'y trouver. Mais j'y suis, et je dois faire le maximum, aussi je continue à essayer.

Je sais que nous ne sommes qu'un petit rouage dans votre machine géante, et que vous ne vous souciez pas le moins du monde de nous - et je comprends que je ne sois qu'un problème de plus dans la liste dont vous avez la charge. Je présume que ça doit être monotone pour vous après un moment, mais pour moi, c'est une situation dont je n'ai jamais voulu. Je n'aime pas que mon monde, et celui de ceux qui m'entourent soit déchiré. Mais je présume que vous y êtes habituée.

Je sais que vous faites simplement votre travail, et je suis contente que ce soit le vôtre et pas le mien. Nous avons plutôt mal commencé, et je pense que c'est en partie de ma faute aussi, parce que j'ai reporté ma frustration de ce qui se passait sur vous, et peut-être que je n'aurais pas dû le faire aussi rapidement. Je me rends compte après coup que vous auriez pu simplement me renvoyer immédiatement, et aussi que ce n'était probablement pas la chose la plus intelligente que j'ai jamais faite.


Elle fixa l'écran pendant un long moment avant de continuer, en débattant avec elle-même. Elle termina finalement le message, puis cliqua sur le bouton d’envoi. "Autant pour ça..." Elle hocha la tête brusquement, puis s'essuya les mains, alla à l'armoire d'où elle retira son vélo tout terrain mauve sombre et en vérifia les pneus. Elle jeta un coup d'œil à son casque, sur la haute étagère au-dessus, et décida qu’il ne serait pas nécessaire pour le court trajet le long de Kendall Drive.

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Message  Alyss Lun 6 Juin - 7:59


Chapitre 9


Dar se tenait debout calmement, les mains derrière le dos, regardant par la fenêtre. Elle faisait de son mieux pour ignorer le discours délirant et frustré de l'homme, qui marchait de long en large derrière elle en bougeant les mains autour de lui.

"Écoutez, Peter... fermez-la d’accord." Dit finalement la grande femme, en se retournant. "Laissez-moi entrer là-dedans et faire mon travail, et nous discuterons de ça après, okay ?" Elle lança un regard à l'homme. "Je n'ai pas demandé à ce qu'on m'envoie ici, je n'ai pas demandé à devoir interrompre votre petite fête, et je n'ai certainement pas demandé que vous me souffliez de l'air chaud dans le cou pendant quarante-cinq minutes."

"Tout est sous contrôle." Déclara l'homme, à travers ses dents serrées. "Si vous croyez que je vais vous laisser entrer là-dedans et prendre le crédit d’un truc pour lequel je me suis cassé le cul."

Dar marcha vers lui et le regarda droit dans les yeux. "Vous n'avez pas le choix."

"Tu parles que je ne l'ai pas !" Cria Peter. "Je vais appeler Les !"

Un sourire brillant le frappa en plein visage. "Qui pensez-vous donc qui m'a envoyée ici ?"

Sa respiration devint soudain lourde dans le silence. "Vous mentez, espèce de salope frigide."

Dar ignora l'insulte, et prit le combiné le plus proche, le lui tendit en arquant les sourcils, un sourire moqueur accroché au visage. "Allez... appelez-le."

Les narines du grand homme se dilatèrent, et ses lèvres se tordirent en une grimace, mais il ne fit aucun mouvement pour prendre le téléphone.

Le combiné retomba dans le réceptacle avec un clic. "Et maintenant, ôtez-vous de mon chemin et fermez-là c’est tout."

Dar passait tout près de lui lorsque la porte s'ouvrit et que deux militaires de grande taille entrèrent dans la pièce. "Bonjour, Général." Sa voix tomba d'un octave, et prit un ton séducteur alors qu'elle s'avançait vers le plus âgé des deux.

Les yeux de l'homme se fixèrent sur elle et s'illuminèrent. "Ms Roberts... c'est toujours, toujours un plaisir." Il prit sa main et la baisa avec une courbette courtoise, puis il étendit son bras vers la porte. "Entrez... allons discuter." Ses yeux glissèrent vers Weyrhousen. "Merci... nous vous reverrons plus tard."

Dar, le visage caché dans la position où elle se trouvait, se mordit la lèvre pour s'empêcher de rire, puis elle s'éclaircit la gorge lorsque la porte se referma derrière elle. "Ce n'était pas gentil, Gérald."

Le général d'un certain âge rit doucement. "C'est une vrai plaie ce type, Dar."

Elle haussa un peu les épaules, puis prit le siège offert en face de son bureau, et elle appuya confortablement le dos contre le dossier tandis que le militaire s'installait dans son gros fauteuil rembourré. "Il n'est pas si mauvais... il n'a juste pas l’expérience que j’ai pour brasser de grosses affaires." Expliqua-t-elle ironiquement. "Vous les soldats, vous le faites flipper."

Gérald Easton lui sourit. "Dar, tu as l'air en forme." Il resta songeur en étudiant la grande femme en face de lui.

Elle inclina la tête. "Vous aussi... Le Pentagone vous traite bien ?"

"Hé." Il fit un geste de la main. "C’est le plus gros tas de crottin de cheval à l'est du Potomac... et maintenant ils veulent que l'on repeigne tout. As-tu entendu parler de ça ? Un idiot de gamin c’est pointé et a fait une étude, il a dit à un véreux de politicien que le décor que nous utilisions depuis mille neuf cent quatre vingt n’est plus à la mode. Nous devons tout repeindre en dégradés de rose et de beige."

Dar fit une grimace. "Beuh !"

"Ouais, beuh est l'expression exacte." Le général se tourna vers son assistante, qui se tenait silencieusement debout en les regardant. "Eileen, pouvez-vous nous apporter, à Ms Roberts et à moi, un pichet de quelque chose de froid, s'il vous plaît ?"

L’assistante hocha rigoureusement la tête et disparut.

Ils se regardèrent l'un l'autre dans un silence confortable pendant un moment. "Dar, tu ressembles de plus en plus à ton père à chaque fois que je te vois." L'homme plus âgé soupira, une douce expression dans les yeux. "Le même nez, le même menton... bon sang, ma fille." Il s'interrompit. "Il me manque."

Les yeux de Dar se baissèrent vers son bureau et elle expira doucement. "À moi aussi."

"Il serait fier de toi, c'est certain." Une douce étincelle apparut dans les yeux du général. "Imagines sa tête s’il te voyait pratiquement diriger cette boîte... je la vois d'ici."

Des yeux bleus dérivèrent. "Je ne sais pas, Gerry." Dar secoua un peu la tête. "Je ne pense pas qu'il verrait cela comme quelque chose de très honorable... vous savez ce que nous sommes." Elle s'interrompit. "Il était toujours à se porter au secours des plus faibles... et à EDS nous nous sommes fait une politique de les manger vivants." Elle lui lança un regard désabusé et ironique à la fois. "Mais me voici... alors quel est le score ?"

Les yeux de l’homme plus âgé l'étudièrent un long moment, puis le général tira un dossier de son tiroir et le jeta vers elle. "C'est tout à toi, sale petite gamine." Il rit de bon cœur à l'expression sur son visage. "Nan... ce n'est pas de la charité... la négociation des soumissions a été très serrée, et disons simplement que je me sentais plus à l'aise de confier un contrat de cette taille à quelqu'un en qui j'ai confiance."

Dar approcha le dossier et en feuilleta le contenu. Ses yeux s’arrondirent.

"Ouais... j’ai ajouté quelques zéros... et ce maudit contrat de soutien de site Web IRS (NDLT : les services fiscaux américains)... s'il te plaît, Dar... enlève-les moi de sur le dos, veux-tu ? Ils seraient incapables de faire marcher ce truc même si leur vie en dépendait."

"Je ferai de mon mieux. " Répliqua Dar en secouant la tête. Peter deviendrait complètement fou lorsqu'il verrait ça. Elle cacha un sourire narquois. Imbécile prétentieux. "Je m'assurerai personnellement que l'on s'occupe bien de vous."

"Je le sais." Dit le général, puis il hésita. "Tu as des nouvelles de ta mère ?"

Un léger tressaillement sur le visage de Dar. "Non." Répliqua-t-elle calmement, avec un léger haussement d'épaules. "Pas depuis l'enterrement... je ne pense pas que j'en aurai jamais."

"Salope." Marmonna Gerry entre ses dents. "Comme si c'était ta faute s'il a décidé de repartir au de champ bataille une dernière fois."

Dar fixa la moquette, un tweed marron foncé. "Ils étaient inséparables, Gerry... je le lui rappelle trop, je suppose." Sa voix était calme et son ton égal. "Il était tout pour elle." Tout ce qui lui restait de son père, c'était des images, huit ou dix photos, d’un grand homme, aux cheveux sombres. Sur la plupart il était en treillis, mais il y en avait une où il avait un bras autour des épaules de Dar, tous les deux avaient plus l'air de frère et sœur plutôt que d'un père et sa fille.

Elle se souvenait de sa robustesse, de son corps solide et puissant dont elle avait trempé les épaules de larmes plus d'une fois. Elle essayait de ne pas se souvenir du dernier au revoir, en tout cas, pas jusqu'à ce qu'elle soit seule, avec les étoiles ou devant l'étendue infini de l'eau.

Le général expira, puis il se leva et contourna le bureau et tendit les bras vers elle. "Viens ici, sale gamine." Il tira sur la main qu'elle tendait vers lui, et il l'amena à lui pour l'embrasser. "Ton papa était l'un de mes meilleurs amis, tu le sais ça, pas vrai ?"

Dar se permit le luxe d'accepter l'étreinte, sentant la laine rugueuse de son uniforme contre sa joue. L'odeur, un mélange de nettoyage à sec, de cuir, de cuivre et d'amidon était très familière. "Je sais." Elle lui donna un petit coup sur le dos lorsqu'il la relâcha. "C'était un homme bon."

Le général se pencha en arrière contre le bureau, l'étudiant. "C'était un très bon soldat." Il le reconnut. "Je me suis toujours à moitié attendu à ce que tu suives ses traces." Sa main lui tapota le bras. "Tu as sa force, tu sais."

Dar laissa un petit sourire se former sur ses lèvres. "Je garde mes batailles pour le conseil d'administration, Gerry..." Elle leva le dossier. "Cela peut être tout aussi dangereux, mais ça manque de balles."

L'assistante revint et leur tendit à chacun un verre de thé glacé, déjà sucré. Puis elle partit discrètement, à un signal de la main du général. Ils se lancèrent un toast l'un à l'autre en silence, et Dar se détendit un peu lorsque la boisson froide glissa le long de sa gorge. Il lui était toujours difficile de revoir Gérald Easton, mais ça devenait plus facile avec le temps, et elle savait qu'un jour, elle verrait le vieux général, et ne penserait pas à son père en premier. "Et bien, je ferais mieux d'y aller... je dois prendre le vol de midi pour Miami."

Easton posa son verre et croisa les bras sur sa poitrine. "Pourquoi ne pas passer la nuit ici, Dar ? Mary adorerait te voir, et Jack est en ville." Ses yeux brillèrent de nouveau. "Tu sais qu'il est follement amoureux de toi."

Dar lui adressa un sourire désabusé. Le fils blond et costaud de Gérald la couvrait de douces flatteries et d’attention lorsqu'ils étaient ensemble, et ça ne la gênait pas de faire des trucs avec lui. Ils avaient passé un moment formidable l'année dernière à visiter les champs de bataille de la Guerre Civile dans la région. La pensée de se relaxer en sa présence était tentante. "Gerry... je dois vous l'admettre... si je devais épouser quelqu'un, ce serait Jack... il est le garçon le plus adorable que je connaisse."

Easton rayonna. "T'accueillir dans ma famille serait l'un des moments les plus merveilleux de ma vie, Dar... tu le sais." Il secoua un doigt vers elle. "N'abandonnes pas si vite l'idée du mariage... je sais que tu es mariée à ta carrière, mais tu devrais lui donner une chance un de ces jours." Il posa une main sur son bras. "Donnes-toi une chance... allons, reste."

Dar soupira. "Honnêtement, j'aimerais bien... mais je suis au milieu d'un bazar pas possible là-bas... je ne peux pas me permettre de prendre du temps libre." Elle lui lança un regard honnête, plein de regrets. "Mais je vous promets de revenir bientôt."

"Hm." Il la regarda astucieusement, son esprit de tacticien à l’œuvre. "Hé ! Pourquoi ne viendrais-tu pas pour Noël ?" Il pencha sa tête grisonnante. "Un vrai Noël... avec un arbre décoré, peut-être même de la neige, et tout et tout, hein ?"

La grande femme fut prise de court. "Peut-être que je viendrai." Murmura-t-elle doucement. "Merci de l'invitation, Gerry."

Ses sourcils gris remuèrent et un sourire de triomphe quasi-militaire traversa son visage. "Quand tu veux, sale petite gamine... maintenant va et sors d'ici, avant que ton Norvégien aux fesses serrées là-dehors n’avale une chaussure."

"Il est Hollandais." Corrigea Dar ironiquement.

"Hollandais, Norvégien, je suis un soldat, qu'est-ce que je peux bien savoir de ces pays neutres ?" Contre-attaqua-t-il avec bonhomie. "Je peux seulement différencier un Allemand d'un Français, et un Italien d'un Japonais."

Dar, qui pouvait distinguer plusieurs douzaines de groupes latinos et cela sans difficulté, sourit en retour. "C'est bon de vous voir, Gerry... faites mes salutations les plus chaleureuses à Mary et à Jack, d'accord ?"

"Bien sûr, j’y veillerai." Promit le général. "Bon vol et prends soin de toi, tu m’entends ?"

"Je le ferai." Lui dit Dar, puis elle prit le dossier et passa la porte en carrant les épaules lorsqu'elle repéra Weyrhousen qui s'approchait depuis la fenêtre où il faisait les cent pas.

Sans un mot, elle lui tendit le dossier, qu'il laissa pratiquement tomber.

"Qu'est-ce que..." Ses yeux parcoururent le contenu, et sa mâchoire se serra. "Ce fils de pute."

Dar expira. "Envoyez-le. J'y vais."

L'homme la regarda amèrement. "Qu'est-ce qu'il a fallu que tu fasse pour avoir ça... que tu le baise sur son bureau ?" Demanda-t-il, sarcastiquement. "Facile pour toi, tu entres là-dedans, tu lui montres ton petit cul, et hop, c'est ça ?"

Pendant un instant de pur froideur, Dar combattit l'envie de le frapper. Cela pouvait se voir dans ses yeux glacés, elle le savait, parce que Weyrhousen recula d'un pas, et elle se concentra sur sa respiration, retenant la fureur qui menaçait de la submerger. Finalement, elle inspira. "Vous savez, Peter... pour quelqu'un qui prend des médocs contre l'impuissance deux fois par semaine, vous êtes assurément accro au sexe. "

Les dossiers médicaux et les ex-pirates étaient des choses fort utiles, Dar l'avait compris depuis longtemps. "Peut-être que vous devriez prendre quelques conseils auprès du bonhomme ?"

Elle tourna les talons sans attendre de réponse, et partit sans rien ajouter.

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Message  Alyss Lun 6 Juin - 8:14


Chapitre 10


"Dar... quand partez-vous ?" Maria se tenait dans la porte, son sac par-dessus son épaule. On était vendredi soir, à la fin de l'une des pires semaines dont la secrétaire puisse se souvenir. Elle regarda sa chef assise derrière le grand bureau en bois avec inquiétude, le soleil pâlissait derrière elle. "Dar ?"

"Hmm ?" Cette dernière leva les yeux de son moniteur, lançant un regard désabusé à sa secrétaire. "Je dois finir ce maudit rapport financier, Maria... ça me prendra encore quelques heures." Son bureau était couvert de rapports, la plupart d'entre eux portaient son nom d'utilisateur qui apparaissait de manière évidente sur la page frontispice, indiquant qu'elle les avait imprimé elle-même. "Ça s'appelle 'enterrer les corps', Maria... je dois cacher deux désastres complets dans ces chiffres, et, d'une manière ou d'une autre, les faire passer inaperçu... je pense en avoir couvert un, mais si Travel et Transportation n'envoie pas leurs budgets d’ici une heure tout au plus, je vais y aller moi-même et les leur faire cracher à coup de batte de base-ball.

Elle s'assit s’adossa et révisa les feuilles de calculs pour la douzième fois. C'était pareil que faire un puzzle qui avait trop de pièces. Vous deviez utilisez celles que vous aviez, et les choisir devenaient insurmontable ce soir.

Bien sûr... Dar jeta un coup d'œil au dossier contenant le fichier Associated. Ce serait facile de considérer la nouvelle filiale dans son intégralité pour la faire entrer dans les zones applicables, de déstructurer les coûts, en dissolvant cette dernière. Plus facile, et cela ferait correspondre les chiffres, par-dessus tout, ce qui lui permettrait de rentrer à la maison après presque trente-six heures consécutives de travail sur ce rapport.

Elle n'aurait pas besoin de cacher quoi que ce soit d'autre, et les chiffres de T et T n'auraient pas d'importance.

En fait, elle avait passé près de le faire à deux reprises déjà, ses doigts avaient planés au-dessus de la touche d'envoi, puis elle s’était ravisée, pour des raisons qu'elle ne comprenait pas vraiment.

Peut-être était-ce l'optimisme et la persévérance des messages de Kerry, puisque la jeune coordonatrice travaillait et retravaillait ses chiffres d’arrache-pieds, se rapprochant de plus en plus du but que Dar lui avait fixé.

Un but qui était probablement sans importance maintenant, à moins qu'un miracle ne se produise.

Elle savait qu'elle devrait simplement appeler la jeune femme, et lui dire d'abandonner... de rentrer à la maison, et de se réconcilier avec la réalité déplaisante de la situation, mais chaque fois qu'elle commençait à composer le numéro, ses yeux tombaient sur le dernier message de Kerry, et elle s'arrêtait, puis retournait de nouveau à ses calcul.

Le téléphone sonna, et elle répondit avec irritabilité. "Oui ?"

C’était la voix de Duks. "Les chiffres de T et T viennent juste d'être analysés." Il brassa quelques papiers. "Ils sont merdiques."

Dar ferma les yeux, et rafraîchit sa page pour les ouvrir lorsqu'elle entendit le disque dur s'arrêter de tourner. La ligne du bas clignota à son attention, et elle sentit la lassitude la submerger et s'installer sur ses épaules. "Il faudra virer quelqu'un là-bas." Commenta-t-elle d'une voix lasse.

"Mm." Duks approuva, sa voix également fatigué. "Trop tard pour ça, malgré tout... je te préparerai une liste de mes candidats préférés pour la queue au Burger King." Le vice-président chargé des finances, l'un des alliés les plus proche de Dar, était un pragmatique comme il ne s’en faisait plus.

"Merci, Dukky." Répliqua la grande femme. "Très bien... est-ce que Mariana est toujours là ?" Mariana Cruz était la vice-présidente chargée du personnel, qui travaillait main dans la main avec Dukky, et qui, disaient les rumeurs, couchait aussi avec lui. Dar s'en fichait, et pensait qu'ils formaient un joli couple, mais les règles de la compagnie étaient les règles de la compagnie.

"Elle est là."

"Je vais devoir me débarrasser de tout le monde chez Associated, Mari." Dit Dar calmement. "Tu ferais aussi bien de commencer à préparer les paquets... envoie-moi la liste des employés."

"Très bien, Dar." La voix lui répondit avec un léger accent. "On ne les a jamais vraiment transférés, alors ce ne sera qu’une formalité, une notification W4."

"Je sais... ces idiots n'auront même pas droit à deux semaines de préavis." Dar expira. "Laisses-moi terminer ça... tu auras une mise à jour dans peu de temps."

Elle raccrocha le téléphone et fixa l'écran, faisant apparaître sa solution de rechange au premier plan pour la retravailler. La ligne du bas bougea puis se recalcula, et elle eut un petit hochement de la tête. "Désolée, petite." Elle inspira profondément et prit le téléphone, elle composa un numéro et attendit. Tous ceux qui pensent que ce n'est que du glamour n'ont jamais eu à faire ça, songea-t-elle, puis elle se raidit lorsqu'on répondit au téléphone, et qu'elle entendit la douce voix de Kerry.

[/i]"Asociated Synergenics, Kerry Stuart." [/i]

"Ms Stuart." Dar fit une pause pour rassembler son courage.

"Oh... bonjour." Kerry s'éclaircit la voix. "Écoutez... je sais que l’on approche de la fin de votre délai... mais je pense que je l'ai... ça a pris une éternité mais j'ai finalement trouvé un peu de mou dans le budget des services."

"Je suis désolée, Ms Stuart. Ça n’entre malheureusement pas dans nos budgets. C'était un bon essai, et vous étiez sur la bonne piste, mais ce ne sera pas possible."

Silence de mort. "Espèce de garce." La voix de Kerry était étranglée, de rage ou de larmes, Dar n’aurait pas su le dire. "J'espère que vous irez tout droit en enfer, parce que c'est exactement l'endroit auquel vous appartenez."

Le téléphone fut raccroché violemment et devint silencieux.

Dar replaça calmement le combiné et laissa tomber les mains sur ses cuisses. Ce n'était certainement pas la première fois qu'on lui disait ce genre de chose, et probablement pas la dernière, mais après trente-six heures sans dormir, ses défenses émotionnelles étaient en loques, et cela l’atteignit. Passant au travers de l’armure qu’elle avait si soigneusement construite au cours des années, et aussi au travers de son âme endurcie. Elle laissa sa tête reposer sur le dossier de la chaise et ferma les yeux très fort tandis que le silence de l'immeuble, pratiquement vide à cet heure, s'installait en elle.

Au final, elle se leva et ouvrit le premier tiroir pour prendre ses clés et jeta sa veste par-dessus ses épaules. Elle avait jusqu'à minuit pour terminer les rapports fiscaux. Mais, là maintenant, tout ce qu'elle voulait, c'était trouver un endroit désert, et de l'air salin.

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Message  Alyss Mar 7 Juin - 7:18

Chapitre 11


Kerry repoussa violemment sa chaise en arrière et se leva, elle marcha à grands pas vers le mur et le fixa. Elle laissa sa colère monter jusqu'au seuil de rupture, puis elle la laissa se libérer, frappant son poing contre la surface sèche avec un craquement. Le choc douloureux courut le long de son bras, et elle retira sa main, pour voir un renfoncement dans le mur de la taille d'une balle de base-ball. Cela ne fit rien pour apaiser sa fureur.

"Quelle garce... je ne peux pas croire qu'elle ait fait ça." Elle pesta en laissant sa tête se poser sur le mur endommagé. "Une semaine complète à me tuer pour rien. Pour RIEN !" Elle savait qu'elle n'avait pas à s'inquiéter que quelqu'un l'entende, parce qu'elle était seule dans le bâtiment. Elle avait renvoyé le reste du personnel chez eux tôt, se disant qu'elle aurait de bonnes nouvelles pour eux lundi.

Ça avait si bien marché... ses deux derniers mails avaient reçu des encouragements de la part de Dar, et elle s'était permis d'espérer qu'elle serait capable de boucler ça. Tout le monde était parti de bonne humeur et elle en avait entendu plusieurs prévoir de se retrouver à Grove, ou à Bayside, qui était l’un de ses endroits préférés.

Elle s'assit sur le bord de son bureau au bord des larmes. Puis elle décida qu'elle était trop fatiguée et trop furax pour ça. "Je ferais aussi bien de sortir d'ici." Elle prit ses affaires et laissa le bureau dans l'état où il était, c’est à dire couvert de brouillons de propositions et de piles de rapports. Sans même un regard en arrière elle éteignit et claqua la porte.

Elle conduisit sans but pendant un moment, descendant la I-95 qui coupait le centre-ville pour voir les lumières poindre alors que le crépuscule s’installait sur la ville. Le soleil qui se couchait à l'ouest fit apparaître une vague de lumière orange tropicale au-dessus des hauts gratte-ciel, en se reflétant sur leur surface de verre. Le ciel était couvert de plusieurs couches de nuages, et chacune d’elle prenait une teinte pastel différente, d'orangé, de rose, puis de lavande alors qu'elle s'étendait sur l'horizon.

Kerry serra sur le côté près de la rampe d'intersection, ignorant le trafic et se gara. Elle ouvrit le toit de sa Mustang décapotable alors qu’une brise chaude et humide s’y insinuait. Le coucher de soleil peignit le ciel de diverses nuances alors qu'elle resta là à observer. Le crépuscule à l'est provoquait l'émergence des lumières pendant que les derniers rayons formaient des zébrures sur l'autoroute.

Ça sentait la pluie, et la brise se rafraîchit, effleurant son bras de vrilles humides là où il reposait sur le bord de la vitre.

C'était magnifique et ses larmes coulèrent, elle les laissa faire. Elles roulèrent le long de son visage alors que quelques notes de musique explosaient dans sa caisse, riches du rythme des caraïbes.

Elle resta là, jusqu'à ce que le ciel s'obscurcisse et que les lumières de phosphore orangé des lampadaires apparaissent, baignant l'autoroute d'une lumière irréelle, et faisant pâlir les étoiles au-dessus de sa tête. Puis elle démarra sa voiture à contre cœur et rejoignit le trafic, débattant pendant un instant, puis choisissant une sortie quelques minutes plus tard pour tourner vers l'est.

Les lumières diminuèrent alors qu'elle se dirigeait vers Rickenbacker Causeway, traversant Virginia Key pour passer le vieil auditorium de Dinner Key. Elle avait participé à une messe de Pâques l'année dernière, et ça lui rappelait de mélacoliques souvenirs alors qu’elle avait regardé le soleil se lever. Elle se souvenait aussi de l'air frais qui avait apporté une nouvelle signification à ce jour saint.

Au-delà du second pont, Key Biscayne, la première d'une longue chaîne d'îles en barrage, qui gardaient la côte de Floride, et s'étendait jusqu'à la dernière, Key west, qui était le cap le plus au sud des États-Unis. Là-bas, même l'écologie était différente, et Kerry avait appris à aimer le parc Crandon en bord de plage, vers lequel elle avait roulé. Elle sortit de sa voiture.

Le sable était doux, et crissait doucement sous ses chaussures alors qu'elle marchait lentement vers l'eau, passant au travers d’une jungle d'algues séchées, qui bruissaient dans l'air du soir. L'océan émettait un doux ressac en courant sur le sable le long de la rive, la brise du large apportait un effluve lourdement salé jusqu’à son nez et lorsqu'elle trouva un banc érodé, elle s'y laissa choir.

Tout était si différent ici. Elle soupira et prit une profonde inspiration. Au large, elle pouvait voir le blanc des déferlantes par-dessus la plage, et les lumières clignotantes des navires qui entraient au port. Un chemin vert et rouge marquait la voie du canal au nord, et juste à ce moment un bateau de croisière majestueux se fraya un chemin, chevauchant les vagues comme un château bien éclairé. Il y avait tellement de gens et de races différentes ici... vous n'aimez pas la différence ? Attendez cinq minutes, disait un proverbe local. C'était un mélange de gens des caraïbes et d'américains du sud, de natifs et d'immigrants, d'exotique et de vieux Sud enraciné. En une heure de conduite, elle pouvait visiter un rodéo western, une réserve indienne, La Petite Havane, La Petite Haïti, la Vieille Floride, ou la vue scintillante de Miami Beach.

Si différent. Tellement plus ouvert et prêt à accepter les différences que le monde fermé où elle avait grandi.

Ses doigts jouèrent nonchalamment avec le bois rugueux, roulant sur les grains de sable sous ses doigts alors que l'air salé déposait un semblant de sécheresse perceptible sur sa peau. Elle fixa le sol entre ses pieds, se penchant vers l'avant pour prendre un coquillage brun et blanc, parfaitement dessiné, qui tenait dans la paume de sa main, sa douce surface striée se ridant sous ses doigts.

Peut-être pourrait-elle trouver un autre emploi. Si elle faisait vite, elle pourrait prétendre que c'était voulu, et d'ici à ce que ses parents se rendent compte de ce qui s'était passé, le temps aurait passé, et elle serait installée dans un nouveau poste... qui sait ? Peut-être même trouverait-elle quelque chose de mieux que ce qu'elle avait. Robert lui donnerait d’excellentes références, et Susan avait parlé d’un recruteur, un qu'elle aimait vraiment beaucoup.

Très bien. Mais d'abord il fallait qu'elle survive au lundi, et elle n'avait aucune illusion sur le fait que Ms Cruella di Salope l’y aiderait d'une manière ou d'une autre... ils trouveraient probablement l'escouade de gorilles une fois de plus lundi, pour s'assurer que personnes ne volent de crayons en partant.

Le souvenir des voix optimistes de ses amis était un sentiment désolant. Elle espérait qu'ils lui pardonneraient d'avoir avivé leurs espoirs, et de ne pas être capable de fournir ce qu'elle s'était promis de faire. Ce dernier plan aurait marché... oui, elle avait fait des coupures. Cinquante-et-une personnes, en fait. Mais cent soixante-dix d’entre eux seraient restées, et auraient été productifs... elle avait fait des sacrifices partout, y compris dans la formation, et les fourniture de bureau, les bénéfices et les prévisions, le nouvel autocommutateur qu'ils avaient prévu, et même sur les subventions des machines distributrices. C’était serré et il aurait fallu faire avec, mais... Mais.

Kerry jeta le coquillage dans le vent en le regardant retomber dans le sable épais et couleur crème. Tout ça pour rien. Elle marcha au bord de l'eau, laissant la marée lécher et noircir le bout de ses chaussures, et elle fixa l'océan Atlantique, jusqu'à ce qu'une grosse goutte de pluie frappe son bras. Elle se retourna avec un soupir et reprit le chemin vers sa voiture, l'odeur de la pluie qui mouillait le trottoir chauffé par le soleil monta vers elle lorsqu'elle atteignit sa Mustang.

Elle traversa la chaussée et prit l'autoroute avant de jeter un œil pour repérer son niveau d'essence. Un doux juron sortit, alors que la lumière rouge clignotait implacablement, et elle regarda autour d'elle pour chercher la sortie la plus proche. "Merde."

Northeast 2nd Street était le choix le plus approprié, et elle s'y dirigea en descendant la rampe, d’accès de gauche puis descendit le long des rues presque désertes de la ville. Elle dût s'arrêter au feu suivant, et le moteur toussa. Elle regarda autour d'elle, puis dépassa le feu lorsqu'il passa au vert, mais il toussa de nouveau, puis cala. Elle fit tout son possible pour amener la voiture sur le bas côté de la route alors qu'elle perdait de la vitesse graduellement.

"C'est pas ma journée." Elle soupira en laissant sa tête reposer sur le volant, écoutant la pluie tambouriner sur le toit convertible. Dehors des formes sombres couraient pour s'abriter sous les porches des bâtiments. L'autoroute apparaissait à sa droite, et elle pouvait entendre les voitures qui passaient à vive allure, laissant la ville à ses habitants en transit nocturne.

Elle réfléchit à l'endroit où elle se trouvait, et se rendit compte qu'il n'y avait pas de station service dans un rayon de plusieurs kilomètres, et même les plus près signifiaient une marche sous la pluie le long des pistes cyclable, ou à travers de la ville, ce qui n'était pas le meilleur choix pour une jeune femme seule la nuit.

Une autre chose la frappa. Elle avait quitté le bureau sans son attaché case, ce qui voulait dire qu'elle n'avait pas son portefeuille, pas de carte d'identité, ni ses cartes de crédits ou de retrait. Elle fouilla dans sa boîte à gants et découvrit qu'elle avait exactement six dollars et seize cents, suffisamment pour acheter assez de l'essence et revenir au bureau, mais pas assez pour un taxi pour l'amener à la station, et son agenda avec tous les numéros, y compris l'Automobile-Club se trouvait sur son bureau.

Elle laissa passer une expiration puis fouilla pour trouver son téléphone portable. Elle n'eût pas de réponse à un rapide essai chez Colleen, et les deux ou trois numéros qu'elle connaissait par cœur connurent le même sort. Bien sûr... on était vendredi soir. Ils étaient tous sortis.

Elle regarda le téléphone avec dégoût, puis se rendit compte qu'un morceau de papier était collé au clip à l'arrière. Elle le tira et fixa le numéro qui y était inscrit, puis elle le laissa tomber sur le siège à côté d'elle. Elle tambourina sur le tableau de bord, puis se pencha en avant et jeta un œil à travers la pluie, vers l'endroit où plusieurs silhouettes sombres se tenaient, semblant l'observer.

Ses yeux retournèrent vers le morceau de papier, et elle le prit. "Et bien, cette garce me doit un appel à l'Automobile-Club, au moins." Murmura-t-elle puis elle composa le numéro. "Je vais appeler son larbin et le faire m'envoyer quelques litres d'essence."

Cela sonna quatre fois et elle fut sur le point de raccrocher, avant que la sonnerie ne s'arrête et qu'un craquement n'indique que la ligne était ouverte. "Allo ?" La voix calme était presque méconnaissable.

Kerry hésita, surprise, puis elle s'éclaircit la gorge. Oh bon sang... elle n’avait pas imaginé que c'était son numéro personnel et non celui de son larbin ? "Salut... hum... laissez tomber." Elle raccrocha, incapable de continuer et de demander de l'aide à une femme qu'elle venait d'engueuler une heure et demie auparavant.

La pluie tambourinait plus fort et elle rata pratiquement la sonnerie de son téléphone. Surprise, elle jeta un coup d'œil vers lui, puis pressa la touche pour répondre. "Allo ?"

"Ms Stuart ?" La voix de Dar était plus familière maintenant, et contenait un ton de calme interrogation. "Est-ce que vous vouliez quelque chose ?"

Et bien. Kerry soupira. Au moins elle ne m'engueule pas. "C'est un peu stupide, et je... et bien, je ne savais pas que c'était votre numéro personnel, vraiment... je cherchais juste quelqu'un qui puisse passer un coup de fil pour moi. Je suis... je n'ai pas mon carnet téléphonique avec moi." C'était très embarrassant.

Un silence momentané à l'autre bout. "Alors... quel est le numéro ?"

Kerry hésita. "Et bien, je ne... je ne sais pas, c'est ça le problème... je suis un peu coincée, et j'ai besoin de l'Automobile-Club." Elle prit son courage à deux mains et continua. "Écoutez... je suis en panne d'essence, et j'ai juste besoin qu'ils m'apportent quelques litres pour que je puisse retourner au bureau."

"Oh." Dar semblait réfléchir. "Où êtes-vous ?"

Kerry le lui dit.

"Ce n'est pas une zone très sûr." Commenta la cadre.

"Je sais." Répondit la jeune blonde. "C'est plutôt sinistre en ce moment." Elle s'interrompit. "Merci de ne pas me raccrocher au nez."

Un autre long silence. "Jusqu'à ce que je traite avec vous lundi, vous êtes toujours une de mes employées. Vous avez utilisé le téléphone cellulaire de ma compagnie. Si quelque chose vous arrivait maintenant, vous seriez en très bonne posture pour nous poursuivre en justice."

Kerry manquait de mots. "Pou... pourquoi je ferais ça ?"

"Vous avez présumé le pire de moi, je suppose que je peux en faire autant." Répliqua Dar. "Ne quittez pas, je cherche le numéro." Le bruit d'un second téléphone était à peine audible à l'arrière.

Kerry était trop fatigué pour être fâchée. "Très bien. Et bien, merci d'appeler pour moi." Répondit-elle doucement. Un mouvement attira son regard, et elle jeta un coup d'œil par le pare-brise, qui était un peu couvert de buée par sa respiration. "Hum." Des silhouettes se rapprochaient juste en face d'elle. "Peut-être que vous feriez mieux d'appeler la police plutôt."

"Pourquoi ?" La voix de Dar se durcit.

"Oh... mon Dieu." Kerry baissa la tête lorsque la batte frappa le pare-brise, projetant du verre sur son corps. Des mains se tendirent pour l'attraper et le téléphone portable fut arraché de ses mains. Elle se tordit, en entendant des jurons en espagnol et perdit le souffle lorsque des doigts agrippèrent son bras pour la tirer vers la vitre éclatée. Son chemisier se déchira, et elle sentit la pluie contre la peau nue de sa poitrine, puis des doigts cruels attrapèrent la bretelle de son soutien-gorge et tirèrent un bon coup.

Une main s'emmêla dans ses cheveux et tira durement. Elle fut forcée de lâcher le volant auquel elle s'agrippait avec désespoir, alors que de l'eau tombait maintenant par la vitre ouverte et elle pu sentir la saleté, l'alcool et le vieil ail pourri.

Le rugissement de la pluie devenait plus fort, et elle luttait contre ses assaillants, son corps se lacérait sur le verre brisé alors que des éclairs illuminèrent soudainement la scène. Elle entendit un craquement, puis un cri, et une des prises se libéra. Elle tordit durement l'autre et entendit un autre craquement bizarre, des jurons en espagnol, puis les mains disparurent. Elle haletait de terreur, se pelotonnant sur le siège avant en couvrant sa tête de ses bras.

Puis de la lumière frappa ses yeux fermés et elle entendit la poignée bouger du côté passager. Une rafale de vent et de bruit s'engouffra lorsque la porte s'ouvrit, et elle se blottit encore plus dans le siège, mordant avec force sa lèvre au point de sentir le sang dans sa bouche. Une main se posa sur son bras. Doucement, sans agressivité. "Hé !"

Kerry ressentit une onde de choc la parcourir, et elle leva la tête, ouvrant les yeux pour voir les yeux bleu clairs qui la fixaient, rendu brillant par la lumière puissante d'une lampe de poche. "Oh... c'est vous."

Dar cligna des yeux et retira sa main. "Oui, c'est moi."

"Où..." Kerry regarda autour d'elle avec stupeur, cherchant ses assaillants. "Où sont-ils..."

"Ils sont partis." Répliqua Dar calmement. "Je suppose qu'ils ont pensé que j'étais la cavalerie ou quelque chose de stupide dans ce genre là."

La femme blonde laissa passer une expiration tremblante. "Oh mon Dieu." Elle se redressa lentement, et prit un morceau du pare-brise abîmé avant de le laissé tomber. "Une fin de journée parfaite pour une journée parfaite." Murmura-t-elle doucement, fatiguée. "Mais merci... d'être venue et de leur avoir fait peur."

Dar plia les doigts de sa main sans que Kerry puisse la voir. Elle tressaillit de douleur. "Pas de problème." Elle regarda dehors puis vers la forme affalée à ses côtés. Une partie d'elle savait qu'elle devrait juste s'en aller, et laisser cette femme qui la haïssait tant se débrouiller avec ses problèmes.

Elle soupira, se laissant fléchir par l'autre partie d'elle qui ne voulait pas en entendre parler. "Très bien... venez dans ma voiture... je vais appeler les flics." Elle attendit que Kerry ouvre la bouche pour protester, et leva une main lorsqu'elle le fit. "Écoutez, je vais juste attendre qu'ils arrivent, et puis je partirai... je sais que je ne suis pas la personne que vous préférez en ce moment."

"Non." Kerry mit une main sur son bras. "S'il vous plaît, n'appelez pas la police." Elle passa une main tremblante dans ses cheveux humides. "J'ai un ami qui peut arranger ça... je ne veux pas de rapports de police et tout ce qui va avec." Pas question de prendre la chance que son père puisse en entendre parler et elle savait qu'il avait beaucoup d'amis dans la police qui gardaient les yeux ouverts sur des choses comme ça.

Dar étudia les doigts pâles qui serraient son poignet, puis elle leva les yeux vers le visage de Kerry avec un doux étonnement. "Très bien." Elle fixa la petite femme. "Vous avez besoin qu'on s'occupe de ces coupures."

Kerry baissa les yeux vers ses bras d'un air fatigué. "Je m'en occuperai." Elle tira les pans de son chemisier autour d'elle de manière inconsciente, et leva les yeux vers Dar. "Je crois que j'ai juste besoin de ces quelques litres d'essence."

La grande femme aux cheveux sombres la fixa pensivement pendant un moment, puis fit un petit mouvement négatif de la tête. "J'ai une meilleure idée." Annonça-t-elle. "Je vais faire remorquer votre voiture où vous voulez, et je vous ramène à la maison."

"Je ne peux pas vous demander ça." Répliqua doucement la blonde. - "Mais merci de l'offrir."

"Vous ne le demandez pas et ce n'est pas une offre." Répondit Dar. "Il le faut, et j'insiste." Elle tira un téléphone portable de sa poche arrière et l'ouvrit, composant un numéro de mémoire. "John ?" Demanda-t-elle lorsqu'une voix répondit. "J'ai besoin d'un camion de remorquage. C'est Dar."

Une longue pause. "Non, pas moi cette fois-ci. Intersection de 2ème Northeast et Flagler... un cabriolet Mustang vert forêt." Une autre pause. "Ne quittes pas." Elle jeta un coup d'œil à Kerry. "Où est-ce qu’on la dépose ?"

Kerry hésita, puis soupira et donna son adresse, que Dar répéta lentement au téléphone. "Couvrez la vitre du passager, elle est cassée." Ajouta-t-elle puis elle raccrocha. "Okay, allons-y."

Un soupir. "Vous n'accepter pas que l’on vous dise non, pas vrai?"

"En général non, je ne l'accepte pas." Lui dit la grande femme d’un ton impérieux. "Venez." Elle libéra le côté passager et attendit que Kerry émerge avec précaution côté conducteur, tressaillant lorsque la pluie la frappa, et perdant le souffle lorsqu'elle mit son poids sur sa jambe gauche. Ouille !"

Dar soupira et marcha vers la Lexus, qui était garée au petit bonheur la chance en face de la Mustang, ses phares illuminant la scène. Elle ouvrit la porte et guida Kerry à l'intérieur, puis la ferma avec précaution derrière elle et marcha vers l'autre côté pour entrer.

Kerry était blottit contre la porte, ses bras enroulés autour d'elle, une expression choquée et fermée sur son visage pâle. Elle tira sur les morceaux arrachés de son chemisier mais en vain.

"Tenez." Dar étira le bras derrière et attrapa un sweat-shirt bleu sombre qu'elle tendit à la jeune femme. "Mettez ceci... l'air est un peu frais."

La blonde fixa le sweat-shirt. "Non... ça va." Elle recula un peu.

"Écoutez... faites comme si vous ne me haïssiez pas à mort pendant encore quarante-cinq minutes, et ça sera fini, d'accord ?" Dit sèchement Dar, sa colère poussée à son paroxysme par le stress de la situation.

Des yeux vert clair la fixèrent à leur tour. "C’est faux." Kerry prit le sweat-shirt avec précaution. "Je ne peux pas..." Elle continua alors que Dar gardait le silence. "Je sais que je devrais vous haïr, mais je ne sais pas pourquoi, je n’y arrive pas." Elle passa le sweatshirt d’un air las au-dessus de sa tête. Il y avait le mot Navy brodé en doré en travers, et il était légèrement imprégné du parfum de Dar.

C'était étrangement réconfortant.

Dar démarra la voiture en silence et dégagea de la bordure.

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Message  Alyss Mar 7 Juin - 7:25


Chapitre 12


Kerry entra lentement dans son bureau, se sentant comme dans un brouillard. Elle s'était souvenue, alors qu'elles roulaient sur l'autoroute, que toutes ses affaires étaient encore là-bas, alors Dar avait hoché la tête et l'avait conduite là sans commentaire.

La grande femme aux cheveux sombres entrait maintenant derrière elle, et Kerry remarqua pour la première fois qu'elle n'était pas dans l'un de ses tailleurs habituels qui lui donnait cet aura de pouvoir. Des jeans imbibés d'eau et des tennis, avec un sweat-shirt à capuche sans manches, donnaient une image très différente de celle que son cerveau avait enregistrée.

Elle semblait bien plus jeune, et Kerry réalisa soudainement que cette dernière n'était pas beaucoup plus âgée qu'elle finalement. Sa peau bronzée semblait absorber la lumière et les impitoyables fluorescents révélaient des muscles bien ciselés aux bras et aux épaules, qui roulèrent doucement lorsqu'elle pénétra dans le bureau.

Les yeux de Dar s'arrêtèrent lorsqu'elle atteignit le bureau, et elle étudia les piles de feuilles de papier répandues désespérément sur le dessus. Une expression de regret passa sur son visage, et elle leva les yeux pour croiser ceux de Kerry. "Je sais que vous avez beaucoup travaillé."

Kerry se percha sur le bord de son bureau et feuilleta quelques pages. "Je me dis presque que j'aurais mieux fait de ne rien faire du tout... j'avais l'impression d'être si près du but..." Elle laissa tomber les papiers, et leva les yeux. "Pourquoi ?"

Dar s'assit dans la chaise près d'elle, et laissa ses avant-bras reposer sur ses cuisses. "C'est compliqué." Répliqua-t-elle calmement. "Beaucoup de choses... ne se mettaient pas en place, et j'avais besoin quelles le soient." Elle bougea. "C'était mon dernier recours." Elle tendit la main et poussa le rapport. "Un dernier rapport est arrivé, et je ne pouvais simplement pas faire autrement." Kerry contourna son bureau et s'assit dans son fauteuil, relevant les manches trop longues du sweat-shirt. "Alors... nous sommes simplement devenus des chiffres." Commenta-t-elle doucement. "Je ne pense pas comprendre ça très bien."

Un haussement d'épaules. "C'est ce que nous sommes tous."

"Mm." Murmura la blonde. "Même vous ?"

Dar hocha la tête d'un air las. "Si ça peut vous consoler, je suis vraiment désolée."

Kerry la regarda pensivement. Elle ne lui apparaissait plus comme cette femme glaciale et pragmatique. C'était un être humain. Un être humain qui, dans d'autres circonstances... "Moi aussi." Répliqua-t-elle. "Je vais probablement finir par rentrer chez-moi au Michigan... beaucoup de choses vont me manquer ici."

La femme aux cheveux noirs leva les yeux. "Il y a d'autres emplois.... nous pourrions même avoir quelque chose que vous pourriez..."

Kerry secoua la tête. "Non." Elle prit note de l'expression étonnée de Dar. "C'est compliqué." Elle joua avec un crayon sur son bureau, le tournant et le retournant. "Vous savez... c'est vraiment trop bête, Ms Roberts... parce qu'à un autre endroit... à un autre moment... je pense que vous et moi, nous aurions pu être amies." Elle leva les yeux avec regret et fut capturée par ces yeux bleus qui l'avalèrent toute entière.

Mais ça ne dura qu'un fugace moment, puis Dar soupira et se leva. "Peut-être." Elle passa une main dans ses cheveux. "Mais en ce moment précis, vous devriez rentrer chez vous" Déclara-t-elle. "Je dois filer au bureau et terminer des trucs."

Kerry joua avec son crayon, mordant la gomme pendant un moment avant de lever les yeux. "Puis-je venir regarder vos bilans ?"

C'était... inconcevable. Totalement hors de question, complètement insubordonné, et au-delà des frontières du bon sens en affaire. Elle était fatiguée, elles étaient toutes les deux trempées, Kerry était blessée... il était tard... c'était même de la pure folie que de considérer cette demande.

"Bien sûr." Dar ne fut pas certaine que cette voix était bien la sienne. Par le diable, que pensait-elle être en train de faire ? Puis elle y réfléchit. Et bien, quel mal cela pouvait-il faire ? La gamine était maligne, et peut-être qu’un regard neuf... "J'ai une trousse de premier soins là-bas pour ces coupures."

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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Re: Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Mar 7 Juin - 7:54


Chapitre 13


Kerry se réinstalla dans le siège en cuir, refusant de penser à ce qu'elle faisait. Cela lui laissa l'esprit libre pour regarder la pluie frapper le pare-brise pendant qu’elles traversaient la ville en écoutant la douce musique que Dar avait choisie.

Ses coupures lui faisaient mal, mais elles n'étaient pas si profondes, et son genou semblait foulé. Cela ne lui procurait pas trop de souci lorsqu'elle était assise, bien qu'elle suspectait qu'elle allait boiter pendant quelques jours. Okay. Donc... elle avait survécu à un vol de voiture ou pire encore. Du coin du regard elle étudia le profil acéré de celle qui venait de la sauver. Oui, sauvé, grâce à l’arrivée opportune de Dar Roberts et à son intervention.

La grande femme modifia sa prise sur le volant, jeta un coup d'œil à droite lorsqu'elle changea de voie, et Kerry remarqua le gros bleu qui couvrait ses phalanges. L'une d'elles était même égratignée, et une marque de sang séché était visible à la pâle lumière du tableau de bord. "Qu'est-ce qui est arrivé à votre main ?"

Dar baissa les yeux, puis les retourna vers la route. "Je me suis cognée contre quelque chose." Répondit-elle d'un air absent.

Kerry regarda vers sa propre main, bleuie par l'impact contre le mur quelque heures auparavant, et elle leva un sourcil vers les marques similaires. Hmm. Elle supposait qu'elle devait encore être en état de choc... et peut-être l'était-elle, mais elle pouvait sentir son optimisme naturel qui refaisait surface. Elle était un peu surprise de se sentir aussi à l'aise d'être là avec l'énigmatique Dar.

Elle ne tenait qu’à cause de l’adrénaline et elle le savait. Elle espérait être rentrée à la maison dans son propre lit lorsqu'elle s'effondrerait. Elle n'avait dormi que quelques heures la nuit précédente, travaillant sur le budget, et ces longues heures commençaient à lui peser.

Un autre coup d'œil au profil de Dar la fit se demander si l'autre femme n'avait pas le même problème. La basse lumière révélait des ombres sous ses yeux et elle clignait beaucoup les paupières, ce que Kerry faisait lorsqu'elle était très fatiguée. "Je présume que vous avez travaillé dur sur ce truc vous aussi, hein ?"

Des yeux bleus glissèrent vers son visage. "Ça a été une longue nuit, oui." Dar guida la Lexus dans le parking de la Société et la gara sous l'avancée, ignorant le panneau d'interdiction. Elle sortit et fit un geste au vigile lorsqu'il sortit. "Ce n'est que moi, Jack."

L'homme fit un geste à son tour et rentra dans le poste de garde, à l’abri de la pluie. Dar attendit que Kerry la rejoigne, puis les mena dans le bâtiment, passant rapidement sa carte de sécurité à l'entrée dans un mouvement doux et gracieux.

Kerry pencha la tête en arrière lorsqu'elles entrèrent dans le hall, levant les yeux le long de l'atrium qui faisait toute la longueur du bâtiment. "Whoa." Elle serra le sweat-shirt autour d'elle, contente de sa chaleur lorsque l'air froid les atteignit. "C'est... hum..." Elle essayait de trouver un terme politiquement correct. "Hum... c'est..."

"Prétentieux." Commenta Dar sèchement en appelant l'ascenseur. "C'est voulu." Elle tint la porte pour sa petite compagne, puis la laissa se refermer et poussa le bouton du quatorzième étage, glissant sa carte magnétique lorsque l'ascenseur bipa. "Les êtres inférieurs sont censés rester dans le hall à attendre avec crainte."

Kerry s'appuya contre le mur et étouffa un bâillement. "Soyez prudente, Ms Roberts." L'avertit-elle. "Je pourrais penser que vous avez le sens de l'humour si vous continuez comme ça."

Dar la regarda, puis lentement, un faible sourire pinça ses lèvres. "Désolée." Elle nia l'accusation. "En général, il faut laisser votre sens de l’humour à la consigne lorsque vous récupérez votre carte magnétique." Elle leva l'objet, puis fit un geste à Kerry de la précéder pour sortir de l'ascenseur lorsqu'il atteignit sa destination.

Le bureau de Dar était faiblement éclairé par son écran de 53 cm, et par la petite lampe de bureau qu'elle utilisait habituellement quand elle travaillait la nuit. Son économiseur d'écran était en fonction, des animaux de la jungle défilaient sur la surface sombre avec des cri d’animaux. Lorsqu'elles approchèrent du bureau, un ara poussa son cri doucement, Dar tendit la main et remua la sourit, amenant au premier plan la feuille de calcul qu'elle regardait avant de partir un peu plus tôt. "Jetez un coup d'œil." Offrit-elle. "Je vais chercher quelques bandages... vous voulez du café ?"

Kerry se percha sur le bord de la très confortable chaise en cuir de Dar et regarda autour d'elle. "Alors... c'est comme ça que l'autre moitié de la ville vit, hein ?" Murmura-t-elle, puis elle retourna son attention vers la femme aux cheveux sombres. "Hum... où allez-vous trouver du café à cette heure ?"

Dar la regarda. "La cuisine. Oui ou non ?"

Un sourcil blond se dressa. "Vous avez une cuisine ici ? Laissez-moi deviner... ça marche avec un microprocesseur qui réplique des trucs pour vous, pas vrai ?" Elle vit les lèvres de Dar se pincer de nouveau et sourit elle-même. "D’accord... d’accord... j'aimerais un café."

"Lait et sucre ?"

Kerry soupira. "Si j'étais au régime, je dirais non, et non, mais..."

Dar grogna doucement et disparu.

La blonde tourna son attention vers l'écran, mais pas avant d'avoir regardé autour d'elle, embrassant la grande pièce avec des yeux émerveillés. Le bureau était fait d'un bois lisse, sa surface recouverte de rapports comme l'avait été le sien. La moquette affichait une texture épaisse rouge, et il y avait un long divan sur la droite. Le mur arrière tout entier était de verre, et la vue donnait par-dessus la baie vers l'océan, affichant à l'instant même des éclairs brillants et une pluie torrentielle frappa sa surface translucide.

Ça sentait le bois ciré, et la laine de la moquette, avec le faible soupçon du parfum que portait Dar comme elle l'avait remarqué maintenant.

Le même que sur le sweat-shirt enroulé autour de son corps.

Elle décida que cette odeur lui plaisait.

Dar revint un moment plus tard, portant deux tasses fumantes et un petit kit sous son bras. Elle posa l'une des tasses en face de Kerry et se percha sur le bord de son bureau, plaçant une jambe sous elle et se penchant en avant pour pointer quelque chose à l'écran. "Le problème est juste là." Elle montra une colonne. "Regardez ce qui se passe lorsque j'entre votre entreprise." Elle le fit, et les chiffres changèrent. "C’est inacceptable." Elle pointa le dernier champ du bout du doigt.

Kerry but une gorgée de café puis jeta un œil. "Qu'est-ce que c'est que ce café ?" Elle se lécha les lèvres. "Mm."

"Café con leche." Répondit Dar d'un air absent. "Du café cubain avec du lait et du sucre."

"Diable." Kerry se mit à rire. "Si on me l'avait servi comme ça, j'en aurais bu plus souvent."

Elles passèrent une heure sur les différentes approches, et Kerry eut une meilleure compréhension de ce que Dar essayait de faire. "Oh... mon Dieu... vous devez rentrer tout ça en tant que dépenses ?" Elle pointa vers sa section. "Mais vous ne pouvez rien ajouter de ceci en tant que recettes, parce que la date est dépassée ?"

"C'est ça." Dar soupira en mordant le bord de sa tasse.

Kerry se rassit, abasourdie. "Mais ce n'est pas juste !" Protesta-t-elle.

La grande femme ferma les yeux momentanément et les frotta. "Je sais. Mais c'est la loi." Elle approuva avec lassitude.

"Qu'est-ce qui se passe si vous n’obtenez pas ce chiffre ?" Kerry pointa vers le dernier champ.

Dar jeta un œil vers l'écran en clignant des yeux. "Et bien... si nous ne montrons pas une croissance constante... les actionnaires piquent une crise. Cela veut dire que nous devons appliquer des mesures pour contrecarrer, autrement dit... cela signifie habituellement des licenciements massifs."

Kerry réfléchit à cela. "Combien de gens ça fait ?"

"Entre cinq et sept mille." Répondit tranquillement la cadre.

Des yeux verts se levèrent vers elle. "Juste comme ça ?"

Dar hocha la tête.

Kerry absorba la nouvelle. "Alors je présume que mes malheureux petits 230 employés est un truc mineur en quelque sorte." Commenta-t-elle doucement, en levant les yeux vers Dar. "Rien de personnel, n'est-ce pas ?"

Dar pinça les lèvres et baissa les yeux. "Pour être honnête, oui." Admit-elle. "On n'aime pas gâcher des ressources, mais..." Une épaule nue se souleva dans un haussement. "Parfois vous devez faire ce que vous avez à faire."

Kerry étudia l'écran, basculant les douze scénarios différents sur lesquels Dar avait travaillé. Tous sauf un incluaient son propre budget. Elle laissa sa main reposer sur le genou de Dar, observant le visage de la femme plus âgée avec attention. "Je ne comprenais pas. " Déclara-t-elle calmement. "Et je ne comprends toujours pas, pas vraiment... mais merci d'avoir essayé."

Dar jeta un coup d'œil à sa montre. "Vingt-trois heures trente. Je dois mettre ceci à jour avant minuit." Elle regarda l'écran. "Bon sang... si seulement je pouvais trouver..." Elle désigna une colonne du doigt. "Un moyen de mettre un plus ici."

"Mm." Kerry examina la colonne. "Vous le pouvez avec ce groupe de Miami... parce qu'ils utilisent des sous-traitants de l'extérieur, aussi vous pourriez compenser leurs dépenses."

Dar se figea, ses yeux bleu clair fixant le large écran. "Merde." Murmura-t-elle. "Est-ce que vos gars peuvent faire du soutien Internet ? TCP/IP ?"

Kerry la regarda. "Euh... hum... quoi, ouais, bien entendu... l’équipe de soutien tout entier travaille sur intranet... nous avons trois responsables de sites Web résidents... mais qu'est-ce que..." Elle lâcha un petit cri, et se leva précipitamment lorsque Dar plongea dans son siège, ses doigts pianotant à toute allure sur les touches du clavier.

"Nom de Dieu... de nom de Dieu..." Jura la cadre doucement. "Où es-tu... ah !" Elle fit afficher une page et parcourut son contenu. "J'tai." Elle tendit une main et composa une série de chiffres sur le clavier du téléphone. Il y eut trois sonneries puis une voix répondit. "Hello, Peter."

Un silence figé. "Bon Dieu, qu'est-ce que vous voulez ?"

"Je prends ces deux contrats supplémentaires." L'informa Dar. "Ne cherchez pas les embrouilles. Bonne nuit." Elle raccrocha et jura entre ses dents, en recalculant les projets en cours, leur donnant une nouvelle classification. Quelques clics, puis elle tambourina des doigts sur le bureau en attendant que le serveur recalcule les colonnes. "Ahhhhh...." Une main serpenta, coupa une rangée pour cliquer sur la feuille de calcul, puis la colla. Un autre recalcule, puis elle se laissa aller contre le dossier de son fauteuil et sourit d’un air triomphant.

Kerry la regardait, confuse.

Dar pointa le dernier champ. "J'ai mon chiffre."

La blonde étudia la feuille. "Mais il y a notre entreprise dedans."

"Oui." Dar approuva. "Ça c'est sûr."

"Comment avez-vous fait ça ?" Demanda Kerry, fascinée par le sourire qui transformait maintenant le visage de la cadre.

Qui s'agrandit encore plus. "J'ai fait du cinquante pour cent restant de vos employés un centre névralgique qui nous fera faire des profits... et je leur ai confié deux contrats de soutien importants pour le gouvernement."

"Vraiment ?" La réponse arriva avec un ton de surprise. "Vous pouvez faire ça ?"

Un sourcil sombre grimpa petit à petit. "Je viens de le faire." Dar sourit puis elle se dégrisa. "Vous devez toujours faire ces mises à pieds." Elle frappa quelques touches à la vitesse de l'éclair, puis la touche envoi. "C'est fait."

Kerry cligna des yeux. "Mais tous les autres restent ?"

Dar hocha la tête. "J'ai la liste de vos gens en transit ... je pense que c'est ici..."

"Je ne suis pas dessus." Dit la blonde, très calmement.

Dar se figea, puis la regarda. "Quoi ?"

Kerry expira. "Une comme moi... en vaut deux d'entre eux... je ne pouvais pas rester et virer deux personnes." Elle leva les yeux vers Dar.

"Une comme vous en vaut bien plus de deux." Dar avait entendu les mots sortir de sa bouche mais n’avait pu les retenir. Son épuisement l'en avait empêché, et elle envoya presque le téléphone valser hors du bureau lorsqu'il sonna. "Quoi ?" Elle pressa le bouton avec irritation.

"Je viens de recevoir la mise à jour, Dar... c'est spectaculaire." La voix joyeuse de Les lui sembla comme du papier sablé sur sa peau. "Bon boulot... qu'est-ce que je vous dois pour ça ? Vous allez finalement accepter mon offre d'utiliser le chalet et de prendre ces maudites vacances pour une fois ?"

Dar regarda le téléphone dans un silence frustré. "Qu'est-ce que vous me devez ?" Demanda-t-elle finalement. "Je vais vous dire ce que je veux. Je veux un cinquante, un six et six, et une tête."

Les était abasourdi. Elle pouvait l'entendre tousser un peu. "Qu..."

"Vous m'avez entendue." Déclara la grande femme. "Allons, Les... ce nombre à deux chiffres va ajouter vingt pour cent de la valeur du marché. Vous pouvez vous le permettre. "

"Et bien... bien sûr, Dar... je vais accorder les six et six... mais pourquoi avez-vous besoin d'une tête ?" Répliqua finalement Les, en se recomposant. "Pour quel usage ?"

"Le mien." Répliqua Dar calmement. "Je suis restée quarante-huit heures là-dessus sans dormir, Les... je ne peux pas continuer comme ça. Ça me tue. J'ai besoin d'une assistante."

L'attitude de l'homme changea immédiatement. "Et bien, pourquoi l’avez-vous pas dit avant, vieux requin... j'essais de vous faire prendre une assistante depuis des années maintenant." Le bruit d'un clavier auquel on accédait parvint clairement. "Vous m'avez inquiété pendant une minute, là... attendez... attendez... qu'est-ce que vous êtes, un 54010 ?"

"Mm." Répliqua Dar en jouant avec un crayon.

"C'est fait." Les rit doucement. "Sur votre liste d'employés, bébé... maintenant, je vais prendre une coupe de champagne... vous devriez aussi."

Dar ferma les yeux avec lassitude. "Bien sûr, Les." Elle soupira. "Bonne nuit."

Le silence s'installa dans le bureau. Dar garda les yeux fermés.

"Quarante-huit heures ?" Répéta finalement Kerry, incrédule.

La femme aux cheveux d’ébène hocha la tête.

"C'est de la folie... ce n'est pas un boulot, c'est de l’esclavagiste." Bredouilla la blonde.

Dar hocha de nouveau la tête.

"Vous devez avoir la meilleure sécurité d'emploi du monde, vous savez ? Personne de sensé ne voudrait de votre place."

Un troisième hochement de tête. "Très vrai." Dar ouvrit les yeux et fixa la jeune femme avec regret. "Vous êtes prête à rentrer chez vous, Ms Stuart ?" Demanda-t-elle tranquillement. "Nous pourrons négocier votre salaire lundi... je suis sûre que je peux vous caser à quelque part." Elle s'interrompit. "Si vous voulez rester, bien sûr."

Kerry perchée sur le bord du bureau, était perdue dans ses pensées. "Je ne sais pas." Répliqua-t-elle honnêtement. "Je dois y réfléchir."

"Je comprends." Dit Dar en se relevant.

"Ms Roberts ?"

"Mm ?"

"Qu'est-ce qu'un six et six ?" Demanda Kerry avec curiosité.

"Oh." Dar se massa le cou pour enlever une tension. "Des conditions de rupture de contrat pour vos employés." Elle soupira. "Six mois de salaires, et six mois d'extension de vos prestations de santé." Ses yeux cherchèrent le visage interdit de Kerry. "Ça devrait vous rendre votre lundi plus facile." Elle contourna le bureau et marcha vers la porte. "Venez... sortons d'ici."

C’est une Kerry dans la brume qui suivit la grande femme. Six mois de salaires ? Si elle décidait de ne pas rester, cela lui donnerait six mois pour trouver quelque chose... et six mois de prestations de santé... la couvriraient jusque là. Ses parents n'auraient pas à le savoir, jusqu'à ce qu'elle trouve un nouvel emploi.

Ses yeux étudièrent le dos de la femme qui marchait devant elle. Elle se demanda comment elle était passée de ce qu'elle ressentait vis-à-vis de Dar Roberts avant le coucher du soleil à ce qu'elle ressentait maintenant. C'était comme si la nuit avait duré la moitié d'une vie, pour lui permettre de connaître tant de choses dans un laps de temps si court. Elle était passée du désespoir à la colère, puis à la terreur... d'une haine frustrée à une admiration sans borne, le tout en une soirée.

Voulait-elle rester en charge d'Associated Synergenics ? Elle l'avait fait pendant deux ans et elle commençait juste à s'y sentir à l'aise. La routine devenait... presque... ennuyeuse.

Elle suspectait que la vie ne serait jamais ennuyeuse auprès de Dar Roberts. Et soudain, elle sut exactement où elle voulait être.

Elle ne s'arrêta même pas à se demander pourquoi. "Bien." Elle trotta derrière la grande femme, la rattrapant lorsqu'elles atteignirent la porte. "Que sont ces autres contrats exactement ? "

"Oh." Dar poussa la porte pour l'ouvrir. "Vous ferez le support de l'IRS."

Kerry s'arrêta pile. "Vous rigolez."

Des yeux bleu clair la regardèrent. "Pas du tout. Je n'ai pas le sens de l'humour, vous vous souvenez ?" Répliqua Dar, impassible. "Bonne nuit, Jack." Elle fit un signe au vigile. "Ms Stuart ?" Elle tint la portière de la Lexus ouverte.

La blonde passa devant elle et leva les yeux. "Pourriez-vous m'appeler Kerry, s'il vous plaît ?" Demanda-t-elle avec un sourire ironique. "Vous ressemblez à la bibliothécaire de mon université quand vous m'appelez autrement ?"

L'expression de Dar s'adoucit momentanément et un rapide sourire se forma sur son visage. "Je pensais que seuls vos amis vous appelaient par votre prénom." Objecta-t-elle.

Kerry se frotta la mâchoire. "Et bien, les amis et les gens qui me sauvent la vie. Voyez-vous." Elle se sentit rougir un peu. "Je dois faire une exception pour ce genre de chose."

"Très bien." La cadre acquiesça doucement. "Mais seulement si vous m'appelez Dar."

Kerry sourit. "Marché conclu." Elle secoua un peu la tête. "Vous savez, vous me semblez si familière... j'aimerais pouvoir me souvenir d'où je vous connais."

"Ouais." Dar approuva. "Je ressens ça aussi... ça nous reviendra sans doute, un jour."

"Sans doute." Kerry prit place dans le confortable siège en cuir, et attendit que la grande femme la rejoigne sur le côté du conducteur. "Alors." Elle croisa les mains sur ses genoux. "Que fera votre assistante ?"

Dar lui lança un regard rapide tout en faisant avancer le véhicule sous la pluie. "Je ne sais pas... je n'en ai jamais eu assez longtemps pour le savoir." Elle s'interrompit. "C’est un emploi difficile, déplaisant, sans reconnaissance, une course sauvage."

Kerry renifla d'un air pensif, puis boucla sa ceinture et se recala dans son siège en croisant les bras sur sa poitrine. Elle jeta des coups œil de côté.

Elle vit que Dar en faisait de même.

Elles partirent dans la nuit.

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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Re: Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Mar 7 Juin - 8:19


Chapitre 14


L'alarme bourdonnait, un son énervant dans tous les cas, et encore plus parce que c'était samedi matin. Dans la pâle lumière, un œil bleu s’ouvrit, jeta un regard furieux à l'appareil, puis une main sortit rapidement de dessous les couvertures et frappa ce dernier, l'envoyant voler loin de la table de chevet, ce qui le débrancha.

"Aïe !" Dar jura et agrippa sa main, roula sur son autre coude et tressaillit en examinant ses phalanges. Le dos de sa main était gonflé, et décoloré, et elle se laissa retomber sur les oreillers lorsqu'elle se rappela comment ça s'était produit. "J'avais oublié." Marmonna-t-elle, en refermant de nouveau les yeux.

Elle avait oublié comment le crâne humain pouvait être dur, et combien ça faisait mal si vous le frappiez sans aucune protection. Elle n'aurait pas agi différemment, réfléchit-elle, même si elle s'en était souvenue - le craquement des os de ce nez avait été très... satisfaisant... au moins avant que la douleur ne vienne, et elle ne regrettait pas les dommages qu'elle avait pu causer à cet assaillant de Kerry, ou aux autres, pour le coup. Elle avait utilisé des coups de pieds, cependant... infiniment moins dommageables.

Mais maintenant elle pouvait à peine fermer le poing, et elle savait que cela durerait plusieurs jours avant que ça ne guérisse. "Hé... regarde Papa..." Murmura-t-elle au plafond, en levant sa main. "Je suis un héros maintenant. Qui l'eut cru, hein ?"

Kerry avait vraiment eu de la chance qu'elle soit si près... elle avait conduit de Haulover Park vers le nord, et avait passé une heure à simplement vagabonder sans but le long du boardwalk, en regardant les jeunes couples déambuler. Elle quittait en fait la 2ème rue, vraiment tout près, lorsque Kerry avait appelé, alors qu'elle projetait de s'arrêter à Bayside pour de la crème glacée avant de retourner au bureau pour terminer son bilan.

Au lieu de crème glacée, elle avait eu des problèmes, une main blessée, un remue-méninges financier de dernière minute et... son esprit évoqua une image de la silhouette svelte de Kerry, emmaillotée dans son sweat-shirt trop grand, se tenant à la vitre de sa voiture lorsqu'elle avait déposé la jeune femme. Elle avait mis une main sur le bras de Dar et l'avait serré.

"Je vous rapporterai le sweat-shirt lundi... merci de me l'avoir prêté."

Dar lui avait fait un geste de la main, un peu embarrassée. "Gardez-le... j'en ai des dizaines et des dizaines comme ça... croyez-moi." Elle avait jeté un coup d'œil autour d'elle, pour voir la Mustang garée à côté, sa vitre déjà couverte de ruban adhésif. "Ça ira comme ça ?"

Les yeux verts avaient suivi les siens et Kerry avait soupiré. "Ouais... un de mes voisins travaille dans un atelier de carrosserie... c'est un très bon ami." Puis elle avait levé les yeux et prit une inspiration. "Merci d'être venue à ma rescousse... et je suis contente que tout ce soit bien terminé en fin de compte."

Dar avait souri. "Moi aussi." Elle avait tapoté le bras de Kerry. "Allez vous reposer... je vous reparlerai lundi."

Et ça avait été tout. Elle s'était éloignée, vérifiant dans son rétroviseur plusieurs fois pour s'assurer que la petite blonde était rentrée sans problème, puis s'était mise en pilote automatique pour le long trajet de retour sous la pluie.

Là maintenant, elle écouta et entendit encore le crépitement de la pluie dehors. Elle mit son bras sous l'oreiller avec un grognement satisfait. Pas de footing aujourd'hui. Aujourd'hui, c'était simplement le moment de se blottir dans la chaleur de son lit, tirer les couvertures sur soi et rattraper un sommeil plus que nécessaire.

Elle dérivait de nouveau lorsque le téléphone sonna.

Dar soupira. "Il n'y a personne."

Il continua à sonner et elle tendit finalement la main et frappa le bouton du haut-parleur. "Ouais ?"

"Bonjour, Dar." La voix semblait complaisamment satisfaite.

"Que veux-tu à six heures du matin, Dukky ?" Murmura Dar. "J'ai envoyé les mises à jour hier soir."

"Oh... je sais." Le rire était audible. "Je voulais juste te complimenter pour un travail d'arrache-pied vraiment très brillant."

"À six heures du mat ?" Dar soupira. "Tu aurais pu m'envoyer un message."

"En fait, c'est pour ça que j'appelle... le bruit court que tu as récupéré une tête." Déclara Duks. "Mariana a déjà reçu quatre demandes... quand tu te... hum... réveilleras... pourrais-tu, s'il te plaît lui envoyer ce que tu cherches exactement avant que la pauvre chérie ne soit inondée ?"

Dar laissa ses yeux s'ouvrir d'un air ensommeillé. "Duks... ça n'a été posté que depuis six foutues heures." Protesta-t-elle. "Je ne pensais pas être aussi populaire."

Le Vice-président rit ironiquement. "J'ai horreur d'avoir à te dire ça, mon amie, mais tu ne l'es pas. Tout le monde pense que tu laisses ta place dans ce merveilleux bureau... et ils veulent tous tenter le coup." Il s'éclaircit la voix. "Surtout que le message est arrivé avec la signature personnelle de Les."

"Ce n'est pas... ce que ça veut dire, par pitié..." Dar grogna. "Mon Dieu, Duks... j'ai juste demandé un peu d'aide, c'est tout... je veux une assistante pas un remplaçant."

Un petit silence. "Dar Roberts qui demande de l'aide... c'est très inhabituel ! " Répliqua Duks lentement. "Tu as quelqu'un... de particulier... en tête ?"

Maintenant ce fut au tour de Dar de rester silencieuse. "Je ne sais pas." Dit-elle finalement. "Peut-être."

"Mm." Le comptable accusa la réception de l'information non dites. "Sois prudente, Dar... ça pourrait te mettre dans une position dangereuse. Choisis quelqu'un qui ne va pas te poignarder dans le dos." Il s'éclaircit la voix. "Ça ne paye pas de faire trop confiance aux gens, tu sais ?"

Dar fixa l'armoire, sombre dans la lueur de l'avant-aube. "Je sais." Répliqua-t-elle doucement. "Merci pour l'avertissement, Dukky." Il y eut un clic lorsqu'il raccrocha.

Elle roula sur le dos et regarda le plafond. Déjà des complications. Elle avait utilisé son influence momentanément pour que le poste soit approuvé, sans vraiment penser aux conséquences, où à ce qu'il en découlerait.

Elle n'avait même pas pensé à... non, ça c'était un mensonge. Elle avait pensé à Kerry lorsqu'elle l'avait demandé... et ça lui avait paru être une solution ingénieuse à ce moment-là. La jeune femme avait du talent et du potentiel, elle avait l'esprit vif... elle pourrait être une bonne addition à l'équipe.

Mais qu'en était-il de Kerry ? Elle avait été blessée par toute la situation avec son entreprise... Dar voulait-elle l'exposer à cet environnement des dizaines de fois plus vicieux de la Société ? Était-ce juste pour elle ?

Était-elle vraiment intéressée ? Elle semblait l'être la nuit dernière, mais... cela avait pu être de l'épuisement, et une réaction aux événements de la journée. Le matin apporterait sûrement une réponse plus sensée, et Dar espéra tranquillement que la jeune femme reconsidérerait au moins la proposition, et qu'elle resterait avec Associated.

Elle n'aimait pas voir des talents quitter la Société. N'est-ce pas ?

Dar tira les couvertures par-dessus sa tête et soupira. Oh Dar... mens à tout le monde mais ne te ment pas à toi-même, d’accord ? Tu aimes bien cette petite blonde. Elle te rappelle ce que tu as été, il y a longtemps. Rien que des principes et de l'honneur. Maintenant réfléchis. Est-ce que c'est aussi ce que tu veux pour elle ? Laisse-la où elle est... ou laisse-la partir pour trouver quelque chose d’autre... un endroit où elle ne sera pas exposée à des gens comme... toi. Une lourdeur s'installa de manière inattendue dans la poitrine de Dar.

C'était un genre de dépression qu'elle ressentait de plus en plus souvent ces derniers temps, la faisant se demander pourquoi elle faisait ce qu'elle faisait, aller à ces endroits où elle allait. Un sentiment de désespoir qui lui donnait juste envie de se rouler en boule là dans le noir, et de ne jamais devoir bouger à nouveau.

Sa solution jusqu'ici était de se jeter à corps perdu dans le travail, ce qui la distrayait habituellement assez pour que ce sentiment s'en aille. Elle repoussa les couvertures avec un soupir et se glissa hors du lit, marchant péniblement vers la salle de bains, elle alluma la lumière. Elle utilisa les toilettes puis s'envoya quelques jets d'eau au visage, s'arrêtant pour regarder son reflet avec méfiance. Des yeux bleus injectés de sang la regardèrent, accentués par des ombres noires qui ajoutaient à son âge.

Elle se retourna et éteignit la lumière, sortant vers le séjour où sa mallette reposait sur la table du salon. Elle l'ouvrit et sortit son portable, pour le brancher au cordon préinstallé spécifiquement pour ça, et elle le démarra. Puis elle alla dans la cuisine et regarda la cafetière, la dépassant pour aller au réfrigérateur à la place. Elle se versa un verre de lait du dispensateur, puis ajouta trois cuillérées de sirop de chocolat et mélangea. Elle sirota la boisson en s'asseyant sur le long canapé en cuir, et elle appuya sur les boutons qui allaient la connecter avec le bureau.

Un petit coup sur la télécommande alluma le grand écran de télévision pendant qu'elle attendait, et elle zappa d'une chaîne à l'autre, passant CNN et MSNBC pour s'arrêter sur Cartoon Network qui passait Space Ghost Coast to Coast.

"Les commentaires sont meilleurs que ceux de Dan Rather." Marmonna-t-elle en baissant les yeux pour regarder le téléchargement de sa messagerie. Elle s'appuya contre les coussins, puis décida de s'allonger de toute sa longueur, et elle balança le portable sur son estomac. Elle laissa ses yeux parcourir la liste puis ils brillèrent un peu. "Tch... tch... je t'ai dit d'aller au lit la nuit dernière, petite." Elle cliqua quand même sur le message.

Kerry Stuart - Envoyé à 1:01.

Salut.

Je sais ce que vous pensez – mais que fait cette détraqué, à envoyer des messages à 1 heure du matin après une journée comme aujourd'hui ? Et bien, je n'ai pas commencé par ça - j'ai pris une douche et je me suis changée, puis j'ai secoué mes oreillers et j'ai répondu aux deux messages affolés sur mon répondeur, parce que des gens ont vu que ma voiture avait été remorquée jusqu’ici, et puis j'étais allongée juste là, en me disant que dormir ne serait pas un problème.

Mais je me suis dit aussi, qu'il y avait quelque chose que je n'avais pas fait, et ça a continué à me tarauder jusqu'à ce que j'abandonne et que je trouve ce que c'était.

C'était de décider ce que je voulais faire, c'est-à-dire avec ma vie arrivée à ce point, et je sais que vous êtes probablement assise là à lire ceci en pensant que j'ai pété un câble, mais... pas du tout.

Si vous êtes sérieuse sur le fait de proposer ce poste dont vous parliez, je vais poser ma candidature. Je sais qu'il y a probablement dix mille autres personnes plus qualifiées que moi, mais j'ai cette idée folle que peut-être je peux trouver de meilleurs solutions pour que les gens fassent ce que vous faites, de façon à ce que ce ne soit pas aussi brutal, et que ça ne blesse pas les gens de simplement faire leur travail.

Ça a l'air plutôt naïf. J'ai l'air d'une péquenaude du middle-west qui vient juste de sortir de l'école, avec son diplôme en main, n'est-ce pas ? Beurk. En tout cas, je me suis connecté, et j'ai trouvé votre offre d’emploi, j'ai déposé une candidature formelle pour qu’elle soit pris en compte. J'y ai aussi joint mon curriculum vitae, comme il est demandé - bien que deviner où il faut cliquer dans cette application du système est vraiment casse-pieds, vous savez ? Je me sens mieux maintenant et je pense que je vais pouvoir dormir.

Je sais que je n'ai que très peu de chance - c'est si démentiel de penser que je maudissais votre nom à l'heure du dîner, et qu'à minuit, j'espère travailler pour vous.

Si vous pouvez me recaser dans mon ancien poste, cependant, ce sera fantastique. Lundi ce sera vraiment fou, et il y a une chose pour laquelle j'ai oublié de vous remercier - ce sont les indemnités. Cela change le fait de devoir congédier quelqu'un avec rien, et ce que je peux maintenant leur offrir en leur souhaitant bonne chance pour le reste, et aussi pour que ces gens puissent trouver autre chose sans avoir le stress de payer leurs factures qui plane au-dessus de leurs têtes. Vous ne savez pas ce que ça représente... surtout que quatre personnes ont des enfants en bas âge qui sont couverts par cette assurance.

Merci, Dar. Je suis sincère.

Passez un super week-end.

Kerry.


Dar sentit un sourire se dessiner sur ses lèvres et elle le laissa faire en relisant le message deux fois. Puis elle se connecta délibérément sur une session du système et examina la liste des candidatures. Elle leva un sourcil lorsqu'elle en vit environ trente, et elle parcourut les noms.

Tous qualifiés, plutôt pas mal. Pour la plupart de jeunes cadres, mais quelques cadres comptables de niveau supérieurs, avec beaucoup d'expérience dans son domaine. Plusieurs candidats, en fait, étaient déjà des assistants d'autres vice-présidents. De bons et loyaux employés, avec des antécédents stables, et d'excellentes références.

Elle cliqua sur la présentation de Kerry et l'examina. Absolument aucune expérience dans aucun aspect de ce qu'elle faisait. Absolument aucune expérience dans les marchés multiples, pas d'expérience à l'étranger, pas d'expérience dans les rachats de sociétés.

Une lueur téméraire et requin passa dans les yeux bleus de Dar.

C'était si facile. Deux clics et une touche d'envoi F3. "Oh regardez." Dar le fit avant de pouvoir s'arrêter et changer d'avis. "Je viens d'engager une assistante." Elle prit une profonde inspiration. "La technologie n'est-elle pas merveilleuse ?"

Mariana allait la tuer. Les règles de la Société stipulaient qu'elle devait recevoir et évaluer chaque candidature, et produire un document écrit pour expliquer son choix. Elle cliqua pour préparer un message.

Mari -

Je viens juste d'embaucher Kerry Stuart d'Associated Synergenics comme assistante. Merci de mettre ses papiers en règle - Je me suis dit que ce serait plus facile pour toi dans la mesure où elle est techniquement une candidate externe - tu peux l'embaucher et la faire transiter d'un seul coup.

Entres-la en tant que 10, la routine habituelle quoi - je l'enverrai remplir les formulaires la semaine prochaine.

Je sais que tout le monde va gueuler - dis-leur simplement que c'est le pouvoir discrétionnaire du directeur, et qu'ils peuvent venir me voir personnellement s'ils ont un problème avec ça.

Dar.


Une faille. Dar adorait les failles. Amener Kerry à partir d’un poste externe contournerait la plus grande partie de l'hystérie, et elle pourrait simplement ignorer le reste. Mariana était habituée à ça de toute façon... le pouvoir discrétionnaire du directeur était un mot de passe dans la Société. Beaucoup de règles étaient délibérément laissées dans le flou, et vous deviez prendre la responsabilité de vos décisions.

Dar l'avait toujours fait. Même lorsque ses décisions s'étaient avérées mauvaises, elle s'était toujours refusée à se cacher derrière quelqu'un d'autre, et avait pris le poids du blâme sur ses épaules. C'était la chose qui les maintenait tous à distance, même ceux qui la haïssaient... et il y en avait beaucoup, c'était une de ces choses pour laquelle on la respectait. Lorsque Dar Roberts prenait une décision, elle s'y tenait, à cent pour cent.

Avec un sourire, elle se frotta les mains, puis prit une longue gorgée de son lait au chocolat avant de commencer à taper.

Kerry,

J'ai reçu votre message.

Jointes à ce message, vous trouverez la politique et les procédures de la Société, incluant le code vestimentaire. Vous pourriez avoir envie de jeter un coup d'œil à ça. Les jeans ne sont pas autorisés pendant les heures de travail normales.

J'ai estimé qu'il faudrait environ une semaine pour que les papiers soient remplis, et cela vous donnera l'occasion de vous mettre à jour dans votre affectation actuelle. Appelez-moi si vous avez des questions.

Dar.


Avec un sens du caractère inévitable de son action, elle appuya sur envoi. Elle avait toujours quelques doutes, avait encore des questions à savoir si elle faisait la bonne chose pour Kerry, mais... c'était fait. Le temps lui dirait si c'était une bonne décision ou l'une de celles qu'elle serait amenée à regretter.

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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Re: Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Mar 7 Juin - 10:18


Chapitre 15


"Alors... qu'est-ce qui s'est passé ?" Demanda le grand homme à la peau sombre, les yeux rivés sur la vitre cassée.

"Hum... une pierre." Marmonna Kerry. "Ça a dû... tomber de l'autoroute ou quelque chose comme ça."

Des yeux marron lui lancèrent un regard de suspicieux. "Allons, chérie... tu peux faire mieux que ça..." Jerry agita un doigt accusateur vers elle. "Tu as un nouveau petit ami, peut-être ? Vous avez eu, comment dire, une dispute ?"

Kerry se mit à rire doucement. "Euh... non... non... pas de nouveau petit ami... je..." Elle jeta un coup d'œil alentour. "Jerry, j'étais au mauvais endroit au mauvais moment... des gars ont décidé de tenter leur chance sur la voiture... je me suis échappée." Elle fit une grimace. "Je ne veux pas en faire toute une histoire... je ne les ai pas revus, alors..."

"Ah, ah." Jerry agita de nouveau le doigt vers elle. "Je t'ai eue... pas de problème." Il étudia la voiture. "Soixante dollars."

"Génial." La blonde sourit et lui tendit les clés. "Tu me sauves la vie."

"Alors à la cerise, j'espère." L'homme rit. "Mon parfum préféré." Il lui tapota l'épaule. "Hé... tu as été blessée ?" Il leva sa main et l'étudia. "On dirait que tu as frappé quelque chose."

"Hum..." Kerry passa les doigts dans ses cheveux. "Un accident."

Jerry la regardait sérieusement maintenant. Il lui leva le menton et elle dut le regarder dans les yeux. "Ma petite amie, est-ce que tu as des ennuis ?"

"Non." Elle secoua la tête pour l'affirmer. "J'en avais presque hier soir... mais quelqu'un est apparu et a chassé ces voyous, et je vais bien, vraiment... On m’a même ramenée ici en voiture."

"Mmmm... il était gentil ? C'était un gentleman ?" Demanda Jerry.

Kerry se mordit la joue pour ne pas rire. "Pas il, mais elle." Ses yeux scintillèrent un peu. "Et elle... a été merveilleuse."

"Ahhhhhh... Ok." Le mécanicien rit doucement. "Je finirai probablement ça ce soir, peut-être demain, d'accord ?"

Elle hocha la tête. "Génial."

Colleen arriva derrière elle et mit une main sur son épaule. "Hé, beauté !"

Kerry se retourna et sourit. "Hé... merci d'avoir appelé hier soir... désolée de t'avoir effrayée." Elle se dirigea vers la porte de son appartement. "Viens à l'intérieur... c'est mouillé dehors."

La rouquine la suivit, fermant la porte derrière elles, et bougea rapidement vers l'endroit où Kerry se tenait, empilant la tonne de pages dont elle n'aurait plus besoin sur son bureau. "Alors... maintenant tu me dis tout." Sa voix contenait de l'impatience. "J'aurais pu te botter les fesses pour hier soir... et ça jusque en Afrique, chérie."

Kerry finit sa tâche, puis sourit et tira son amie vers le canapé. "Assieds-toi... c'est une longue histoire..." Elle attendit que Colleen soit assise puis elle mit ses jambes sous elle et appuya un bras sur le dossier du canapé. "Et bien... par où je commence ?"

Elle raconta toute l'histoire à Colleen, regardant la mâchoire de l'autre femme qui se béatifiait graduellement d'étonnement.

"Woa... whoa... whoa... attends une petite minute… Jésus-Marie-Joseph." Elle leva une main. "Laisses-moi résumer... tu t'es rendue compte que vous alliez tous être virés, alors tu as conduit jusqu'à la côte, puis tu es tombée en panne d'essence sur le chemin du retour, tu t'es retrouvée coincée dans un bouge, tu as échappée à un vol de voiture, parce que quelqu’un t’as sauvée, Dar Roberts qui tel un héros de film de cape et d'épée a volé à ta rescousse. Suis-je exacte jusqu'ici ? "

"Hum... pour l'essentiel, oui." Kerry sourit. "Sauf qu'elle a fait comme si ce n'était rien... comme si elle était juste passée par là, et que les voyous avaient plus ou moins filé... mais je sais qu'elle a dû leur faire quelque chose, parce que ses mains étaient abîmées, et j'ai au moins entendu un des gars crier."

"Wow." Colleen poussa un soupir incrédule. "Est-ce qu'elle... fait... du karaté ou quelque chose comme ça ?"

"Mmm..." Kerry y réfléchit. "Je ne sais pas... ce n’est pas impossible... elle a tous ces muscles qui bougent sur ses bras... ici par exemple." Elle tapota ses épaules. "Et quand elle marche, elle est comme... et bien, on peux deviner qu'elle ne reste pas simplement assise toute la journée à son bureau."

"Ooohhh." Colleen gloussa. "Alors... qu'est-ce qu'elle faisait là... elle se baladait dans les rues à la recherche de donzelles en détresse à sauver ?"

"Tch..." Kerry lui frappa la jambe. "Non... en fait... je... hum... je l'ai appelée... non, ne me regarde pas comme ça, d'accord ? J'avais ce numéro qu'elle m'avait dit d'utiliser si j'avais des problèmes avec son contingent de gorilles... je me disais que ça devait être un de ses laquais, alors j'ai appelé, je pensais que je pourrais lui dire d'appeler Triple A ou un garagiste pour moi."

"Mais ça n'était pas un laquais, hein ?" Colleen avait l'air fascinée. "C'est de plus en plus intrigant."

"Non... non, c'était elle..." Kerry l'admit. "Alors j'ai raccroché... mais elle a rappelé... et elle m'a demandé où j'étais... je me sentais tellement idiote de lui dire que j'étais en panne d'essence... mais..." Elle soupira. "Quoi qu'il en soit, ces voyous sont arrivés, et je lui ai dit d'appeler la police, puis ils ont fracassé la vitre de la voiture, et c'est devenu vraiment effrayant... puis une minute plus tard, ils étaient partis, et elle était là." La blonde rit doucement. "Pour quelqu'un que je haïssais une demi-heure auparavant, je peux dire que j'étais contente de la voir."

"Alors... tu es quand même virée?" Dit Colleen, inquiète. "Qu'est-ce que tu vas faire ?"

"Et bien... je ne le suis pas... en fait... tu vois, nous sommes revenues à son bureau après toute cette histoire... elle devait retravaillée son bilan... elle a finalement eu une sorte d’éclair de génie... et elle a fait en sorte que nous ne passions pas complètement à la casse." Kerry inspira. "C'était plutôt incroyable... elle a dit à un de ses grands chefs qu'elle avait travaillé sur ce truc pendant quarante-huit heures sans dormir."

"Bon sang !" La rouquine grogna. "Alors tu n'es pas virée."

"Non." Elle acquiesça.

"Et... elle n'est pas si mauvaise que ça ?"

Un sourire. "Non." Kerry secoua la tête. "Elle ne l'est vraiment pas... je veux dire, c'est boulot-boulot, d'accord ? Et je pense qu'elle virerait quelqu'un aussi facilement que la plupart des gens se mouche... mais vers la fin de la soirée, elle était en quelque sorte sympa... et j'ai eu le sentiment que nous pourrions en fait... en quelque sorte nous entendre, si nous le voulions vraiment."

Colleen siffla. "Mon chef ne le croira pas... tu devrais entendre la façon dont il parle d'elle... tu penserais qu'elle est la fille du grand Satan lui-même."

Kerry leva les yeux lorsque son PC bipa. "Whoops..." Elle se leva et vérifia l'écran. "Des messages, un samedi ?" Mais un frisson d'anticipation lui parcourut l’échine lorsqu'elle ouvrit sa boîte courriel, et la parcourut avant de laissé passer une longue expiration lorsqu'elle vit le premier nom sur la liste. "Et bien... en parlant de Dar Roberts..." Elle cliqua sur le message et le lut, puis le relut. "Qu'est-ce qui..."

Colleen était venue derrière elle pour jeter un œil par-dessus son épaule. "Qu'est-ce que ça veut dire ?" Elle s'interrogea un moment. "Pourquoi est-ce que tu dois t'inquiéter de leur code vestimentaire ? Tu ne travailles pas dans cette Société."

"Euh." Kerry referma le message puis ouvrit une session et passa un pouce au travers de ses cheveux lorsqu'elle demanda une connexion pour le serveur. "Ok... j'appuie sur ça, puis je vais là...identifiant, mot de passe... oh, bon sang... Ok, réessaie... ah." Elle accéda à ses propres fichiers du personnel, puis fixa l'écran principal avec incrédulité. "Oh... bon sang de bonsoir."

"Quoi ?" Colleen jeta un œil à l'écran. "Qu'est-ce que c'est qu'un USAGER ?" Demanda-t-elle. "Ça a l'air dégoûtant."

"Elle l'a fait." Souffla Kerry, traçant du bout des doigts son changement de département, et le lieu, et... son superviseur.

Roberts, D

"Elle a fait quoi ?" La rouquine la frappa doucement. "Allons, Ker... crache... qu'est-ce qui se passe là ?"

"Elle m'a engagée." Marmonna Kerry.

"Je croyais que tu étais déjà embauchée ?" Vint une réponse déconcertée.

"Et bien... ouais, mais elle avait ce... je veux dire, elle m'a engagée pour travailler avec elle." Répondit Kerry, dans le brouillard. "Elle cherchait une assistante."

"Jésus-Marie, Mère de Dieu." Couina Colleen. "Tu vas être l'assistante de Dar Roberts ????" Elle s’appuya sur le dos de Kerry. "Toi ??? Oh mon Dieu !!!!"

"Aï-eu !!!" Kerry se repoussa un peu. "Ne fais pas ça... j'ai des coupures, à cause de cette stupide vitre..." Mais elle se sentait folle de joie. "Et... ouais... je suppose que je vais travailler avec elle... je ne m'attendais pas à ce qu'elle prenne une décision si vite... mais maintenant que j'y pense... ça ne me surprend pas. Je ne pense pas qu'elle aime faire traîner les choses."

Whoooooo !!! A l'intérieur, elle sautait de joie. "Wow."

"Ok, ma chérie... ce soir on fait la fête." Décida Colleen. Tu as besoin de sortir pour fêter ça... parce que, laisses-moi te dire, d'après ce qu'on raconte, tu n'auras pas une seule chance de souffler une fois que tu auras commencé à travailler pour elle." Elle tira la manche de Kerry. "Allons au Cocowalk, et puis à l'Improve, puis un dîner tardif au Monte... je vais demander à Pete et Reggie... et quelques autres, d'accord ?"

Kerry sourit. "Sûr... ça a l'air sympa... je veux bien..." Elle accepta. "Bon Dieu... Demain... je vais devoir aller m'acheter des vêtements... je n'ai rien d'assez bien pour ce mausolée... c'est énorme."

"Ohhh... oooh... oooh…" Colleen remua les mains. "Je vais aussi aller faire des achats, j'aimerais te voir dans des tailleurs pour changer... ça sera génial." Elle se leva. "Je reviens... tu restes là, Ms l’assistante cadre Toute-Puissante."

Kerry roula les yeux. "Ok... je dois de toute façon savoir ce qu'il y a dans le reste de ce message... Il est plus de deux heures, tu veux qu'on se retrouve en bas à cinq heures ?"

"Tu parles." Colleen approuva puis bondit dehors. "Hé... je vais inviter Gary... il t'aime vraiment bien."

La blonde remua la main vers elle. "Bien... bien... dis-lui simplement de ne pas parler de son boulot sans arrêt, d'accord ?"

"Kerry... il n'y peut rien s'il travaille à l'usine de traitement des eaux usées." La rouquine la taquina. "Il trouve ça passionnant."

Des yeux verts la regardèrent par-dessus le moniteur.

"Ok... Ok... je suis partie." Colleen rit. "Je lui dirai."

Kerry se rassit lorsque la porte se referma, et elle relut son message pour la troisième fois. "Mince, oh mince... je ne peux pas y croire." Elle jeta un œil au téléphone. "Je présume que je ferais mieux de mettre la famille au courant." Elle prit le combiné et composa un numéro, attendant jusqu'à ce qu'elle entende une voix répondre. "Maman."

"Oh... bonjour, Kerry." Le ton plat et égal de sa mère lui répondit. "Je n'attendais pas ton appel avant ce soir... y a-t-il un problème ?"

"Non... non... j'ai de bonnes nouvelles... je pensais te les transmettre." Répondit Kerry calmement. "J'ai été promue..."

"C'est bien, ma chérie... je pensais que tu dirais peut-être que tu abandonnais cette étrange ville, et que tu revenais à la maison... de quel genre de promotion s'agit-il ?"

"Et bien, nous avons été rachetés... je pensais te l'avoir dit la semaine dernière."

"Oh ? Oh oui... tu l'as mentionné." Se souvint Cindy Stuart. "Ton père disait qu'il avait fait des affaires avec cette Société."

"Mm... oui, c'est plutôt une grosse Société... il y avait une ouverture là-bas, dans l'équipe des opérations. J'ai postulé et ils m'ont prise." Lui dit Kerry avec précaution. "Je suis... et bien, je dois aller m'acheter de nouveaux vêtements demain."

Une note d'inquiétude passa dans la voix de sa mère. "Tu n'as pas repris de poids, n'est-ce pas ma chérie ?"

"Oh... non... non..." Kerry la rassura. "Non... en fait, j'ai perdu quelques kilos, ces derniers jours... hum... non, c'est... et bien, je vais être l'assistante de l'un des Vice-présidents, alors je dois m'habiller correctement."

"Oh ?" La voix de sa mère semblait maintenant plus intéressée. "Vraiment ? Ça semble plus... et bien, tu dois t'assurer que tu fais bonne impression... vous avez un Macy pas très loin, n'est-ce pas ?"

"Et, bien, oui, mais..."

"Excellent... prends ma carte, ma chérie, et tu vas te prendre quelques jolis vêtements... quelque chose en vert, je pense, irait bien avec tes cheveux... est-ce qu'ils ont éclairci ? C'était le cas l'été dernier... et assures-toi d'avoir de jolies chaussures, pas ces horribles chaussures que tu portes tout le temps." Une pause. "Harold ? Harold, c'est toi ? C'est Kerry au téléphone... chéri, elle va travailler pour un de leurs Vice-présidents... est-ce que ce n'est pas splendide ?"

Un bruissement, puis la voix profonde de son père gronda sur la ligne. "Kerry ?"

"Oui, papa." Répondit Kerry calmement. "C'est vrai... j'ai été promue."

"Et bien, et bien... c'est bien... content de voir qu'ils reconnaissent la qualité quand ils en voient... pas comme cette entreprise de merde pour laquelle tu travaillais... ce sont de bonnes nouvelles." Il s'éclaircit la voix. "Pour qui vas-tu travailler ? Je connais un tas de gens de leur haute hiérarchie là-bas... naturellement, depuis que nous lançons des appels d'offres pour l'état, et qu'ils sont notre principal contractant."

"Dar Roberts." Kerry savoura le nom, le faisant rouler dans sa bouche avec une sorte de plaisir.

Un moment de silence. "Dieu." Son père aboya. "Ce n'est pas juste un de leurs Vice-présidents, ma petite fille... c'est la Reine de toute cette foutue meute... nous essayons de la recruté depuis..." Sa voix diminua. "Bref… ceci pourrait être d'un grand intérêt pour moi, cependant... bon travail, Kerry... très bon. Je suis très fier de toi."

Kerry sentit un sourire se former au bord de ses lèvres. "Merci." Elle entendit la voix de sa mère à l'arrière.

"Je lui ai dit de prendre ma carte de chez Macy, Harold, et d'aller s'habiller pour faire bonne impression."

"Bonne idée, chérie." La voix de son père revint. "Tu écoutes ta mère, tu entends ? Tu vas au magasin, et tu t’achètes des trucs qui vont les mettre sur le cul."

"Je... ferai de mon mieux, papa." Répliqua Kerry.

"Je veux que tu envoies des photos, d'accord ?" La demande était plus un ordre. "Je veux être certain que tu donnes la bonne impression... ceci pourrait être très avantageux pour moi." Une pause. "J'allais te ramener à la maison... nous pensions faire le mariage au printemps, mais ceci... ceci pourrait valoir la peine d'attendre. "

"J'enverrai des photos, je le promets."

"Bien. Tiens, parles à ta mère."

"Ton père est surexcité, ma chérie." La voix de sa mère était suffisante. "Je ne l'ai pas vu aussi enthousiaste depuis que cette Tripp a fait surface." Elle s'interrompit. "Ta sœur est de nouveau enceinte, à propos... n'oublie pas de la féliciter lorsque tu lui parleras."

"Je le ferai... merci... de quand est-ce que ça date ?"

"La semaine dernière... mais nous le suspections depuis un moment déjà. Répondit sa mère. "Bien sûr, Barry a un visage tellement hideux... j'attends que Brian et toi me donniez de beaux petits-enfants." Un bruissement. "Et bien, je dois y aller, ma chérie, tu cours à la boutique, et amuses-toi bien."

"Merci, maman... j'essaierai." Kerry soupira en raccrochant et fixa le combiné avec un dégoût mitigé. "Contente que ce soit terminé. "Elle retourna son attention vers le message et s'assit, faisant craquer ses phalanges lorsqu'elle commença a écrire une réponse au message de Dar.

Dar,

Wow... pensa-t-elle. J'aime ce nom. Je me demande de quel prénom il est le diminutif ?


Vous bougez vraiment rapidement, est-ce que quelqu'un vous l'a déjà dit ? Vous m'avez presque fait faire un arrêt cardiaque lorsque j'ai vérifié mon statut dans le système central.

Bon alors - j'ai reçu la pièce jointe, je suis un peu perdue, cependant, pouvez-vous me donner quelques conseils sur ce qu'il convient de porter au bureau ? Je présume qu'un tour chez Macy est de mise - mais j'aimerais que vous me donniez quelques indications, parce que je crois que vous n'avez aucun problème dans ce domaine.

Et bien, ça a été une sacrée semaine - mes amis veulent tous que je sorte ce soir à l'Improve, et puis au Monte, parce qu'ils me disent que je n'aurai pas l’occasion de souffler une fois que j'aurai commencé à travailler pour vous.

J'espère que c'est vrai. Je suis vraiment impatiente de commencer - j'espère que je ne décevrai personne.

Kerry.


Ça semblait étrange - d'envoyer un message aussi nonchalant à cette personne,... elle n'était pas sûre de ce qu'elle pensait de Dar Roberts, mais elle avait le sentiment qu'elle en saurait plus sur elle bien assez tôt.

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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Re: Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Mar 7 Juin - 10:31


Chapitre 16


Dar se gara dans le petit parking, et se gara dans un recoin à l'arrière, où peu de gens se garaient. Ça ne la dérangeait pas de marcher, cependant, elle considérait que ça valait la peine de ne pas avoir à se battre pour avoir un parking plus près des boutiques. Elle verrouilla la Lexus, puis mit les clés dans le petit sac à main qu'elle avait jeté par-dessus son épaule, elle se dirigea ensuite vers le groupe de bâtiments.

C'était étrange. Elle détestait faire les magasins. Elle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle elle avait répondu au courriel de Kerry la veille en offrant de la retrouver ici et de l'aider à choisir ses nouveaux vêtements... à quoi diable avait-elle pensé ? Surtout ici à Aventura, repère de gens timbrés, de commandos de copropriétaires, et d’une foule d’emmerdeurs.

Elle soupira en évitant une Lincoln Town Car plus longue que son bureau, et regarda son conducteur âgé choisir de garer le yacht tout simplement devant la boutique.

Oh bien... ça ne la tuerait pas... par ailleurs, la petite semblait si peu sûre d'elle... elle voulait faire bonne impression, et cela, au moins, Dar l'approuvait. C'était déjà assez sensationnel qu'elle ait choisi une assistante après avoir fait sa proposition moins de vingt-quatre heures auparavant - Kerry serait soumise à un examen serré pendant les premières semaines. Elle faisait aussi bien de s'assurer que cette dernière se sentait à l'aise dans ce qu'elle portait.

Dar ouvrit la porte de derrière de chez Sears, et se glissa à l'intérieur, marchant à petits pas pour traverser la section des équipements jusqu'à l'entrée de la galerie principale. Une cacophonie de musique en provenance des galeries marchandes, la musique d'un défilé de mode, des oiseaux, et une douzaine de langues l'environnèrent, et elle jeta un coup d'œil alentour pour s'y retrouver avant de se diriger vers l'escalier mécanique qui menait au deuxième étage.

Macy se trouvait dans le centre de la galerie, près du marché alimentaire, mais Dar n'eut aucun problème pour trouver sa cible. Kerry était appuyée contre la rampe, jetant un œil au défilé de mode qui se déroulait en dessous, et Dar prit le temps d'étudier la jeune femme en s'approchant.

Elle avait choisi un short en toile et une chemise d'un blanc éclatant, ses cheveux blonds étaient noués en tresse, dont une partie pendait par-dessus son épaule tandis qu'elle regardait. Elle se pencha en avant sur ses coudes pour mieux voir, et la lumière tomba doucement en cascade autour d'elle, rehaussant les lignes souples de son visage. Elle bougea puis se retourna, sentant peut-être des yeux l’observer, son regard croisa celui de Dar.

Inconsciemment, Dar en était sûre, un sourire se forma, puis s'étendit jusqu’à ses yeux vert océan, et il plissa la peau autour de son petit nez et de sa bouche.

Non. Elle s'en rendait maintenant compte. Ce sourire est pour moi... Et bien, c’était mieux que ces regards méfiant et venimeux qu'elle avait reçu auparavant, pensa Dar. "Salut."

Kerry se repoussa de la rampe, et lissa sa chemise dans un mouvement. "Salut... écoutez, merci de m'avoir proposé de m'aider... je n'arrive pas a croire que vous avez pris le temps."

Dar haussa les épaules. "Normalement, je ne pourrais pas... mais puisque nous avons envoyé les rapports trimestriels hier, je n’avais rien de prévu ce week-end." Elle fit un geste. "On y va ?"

"D'accord... merci." Kerry semblait un peu nerveuse. "Hum... vous faites souvent vos achats ici ? Je suis venue par ici quelques fois... j'aime bien certaines petites boutiques... vous saviez qu'il y avait une boutique de la Warner Bros ici ? J'aime bien Titi."

Dar rit doucement. "Non... en fait, je ne suis pas venue ici depuis qu'ils ont construit la nouvelle aile ... il faudra que j'aille voir." Elle s'interrompit. "Je... hum... je suis quand même allée à la boutique de Disney."

Elles entrèrent dans le Macy et dépassèrent rapidement les comptoirs de parfum, qui étaient plutôt envahissants. Dar prit la tête et glissa entre les différentes rangées, pour arriver à la section qui proposait des vêtements classiques et peu voyants.

"Mm." Kerry passa le doigt sur un chemisier en soie. "C'est joli."

Dar inspira et prit les choses en main. "D’accord... voyons voir." Elle se balada dans les rayons et passa en revue ce qu'ils proposaient, puis elle choisit une jupe et une veste, d'un vert-bleu riche "Quelque chose comme ça vous irait bien." Elle s'interrompit et son front se plissa. "Oh... là, avec ce chemise." Elle tira un chemisier en soie crème. "Vous voyez ?"

Kerry toucha l'étiquette, puis vérifia la taille. Elle lança un regard interrogateur à Dar. "Est-ce que vous avez choisi ça par hasard ou vous avez deviné ma taille ?"

La femme plus âgée laissa un sourire apparaître brièvement. "Disons simplement... que j'ai une bonne perception en trois dimensions."

Un grognement. "Oh... bien sûr... vous pouvez le dire..." Elle jeta un coup d'œil au vêtement. "Et bien, laissez-moi essayer ça pour vérifier la taille... on n'est jamais sûr avec ces créateurs." Elle accepta un jeton de la responsable des cabines d'essayage, se glissa à l'intérieur d'une cabine, accrocha le vêtement et se contempla. "Pas mal, en fait..." Songea-t-elle, elle aimait la couleur.

Elle prit un moment pour enlever ses vêtements et enfiler la jupe, remontant la fermeture éclair et ajustant la taille un petit peu. Elle enveloppait ses hanches, et maintenait une ligne plutôt droite, ce qu'elle préférait aux plis. Puis elle mit le chemisier en soie, sourit lorsque le tissu frais se réchauffa contre sa peau, et elle le rentra dans la jupe, enfilant la veste par-dessus les deux. Elle ajusta les vêtements puis regarda le résultat dans le miroir.

Hmm. Ce que j'ai l'air coincé. Elle se fit une grimace dans le miroir. Mais comme cette Société est prétentieuse, alors... avec un soupir elle passa la tête dehors et repéra Dar qui flemmardait contre le mur, regardant les gens passer. La cadre avait l'air de tout sauf de ça, dans ses jeans délavés et sa chemise saumon, rentrée dans la ceinture en cuir tressé enroulée autour de sa taille. Ses cheveux foncés étaient détachés, libre autour de ses épaules et elle portait un minimum de maquillage, qui allait avec sa peau bronzée. "Hé..." Kerry l’appela doucement.

Les yeux de Dar passèrent de la foule vers elle, leur bleu clair surprenant comme toujours. Elle arqua un sourcil et une expression d'approbation passa sur son visage. "Ouaip... c'est juste ce qu'il faut." La cadre hocha la tête. "Qu'en pensez-vous ?"

Kerry s'avança, en pinçant le tissu. "Et bien, je pense que j'ai l'air d'une bibliothécaire, mais..."

Soudain, de façon surprenante, Dar sourit, montrant des dents égales et blanches et un soupçon d'étincelle apparut dans ses yeux clairs. "Le comté de Dade voudrait bien en avoir une comme vous." Remarqua-t-elle ironiquement. "L'alphabétisation grimperait, ça c'est sûr."

La blonde sourit en retour, un peu confuse. Est-ce qu'on lui faisait un compliment ? C'était difficile à dire. "Ok... et bien, je saisis l'idée, là... quelques-uns de plus et... hum... si vous avez autre chose à faire, vous n'avez pas besoin de rester par ici... j'apprécie vraiment que vous soyez venue jusqu'ici, Dar."

Dar regarda autour d'elle, puis croisa les bras. "Pour vous dire la vérité, il fallait que je vienne ici de toute façon... il y a des choses chez Lord et Taylor qu'il faut que je prenne... et je devrais me prendre un ou deux nouveaux blazers aussi... " Elle réfléchit pendant un moment. "Nous devrions probablement bavarder avant demain de toute façon. Que pensez-vous de finir vos emplettes, puis d'attraper un sandwich dans la nouvelle aile, comme ça nous pourrions nous asseoir et parler un peu ?"

Kerry cligna des yeux. "Hum..." C'est mon nouveau patron, c'est parfaitement normal. "Bien sûr... ça serait super... j'ai quelques questions à vous poser."

"Bien." Dar hocha vivement la tête. "Allons-y... allons finir ce magasinage."

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Message  Alyss Mar 7 Juin - 11:14


Chapitre 17


Kerry regarda le menu, puis jeta un coup d'œil de l'autre côté de la table vers la grande femme aux cheveux sombres qui regardait le plafond, observant une grande guenon en peluche perchée au-dessus de leurs têtes. Un grondement de tonnerre roula autour d'elles, et pendant un instant elle pensa que c'était réel, puis réalisa que ça faisait partie de l'ambiance du restaurant.

Le Café Rainforest (NDLT : Rainforest = l'Amazonie) était définitivement différent. Des gouttelettes d'eau partout, et une brume légère qui s'élevait des plantes derrière elle. Sur un des côtés, un serveur en chemise rouge persuadait un trio d'oiseaux colorés de faire leurs numéros. Elles étaient entourées de murs ressemblant à ceux de grottes et par l'épais feuillage d’une jungle.

Dar leva la main et toucha la queue de la guenon, et, comme si c'était un signal, l'animal poussa un rugissement mécanique, qui lui fit brusquement retirer sa main dans un mouvement de surprise. Elle se renfrogna puis regarda vers Kerry qui se mordait la lèvre pour ne pas éclater de rire. "Vous trouvez ça drôle, hein ?"

Kerry s'éclaircit la voix. "Hum... non... non... Je me fais un devoir de ne jamais rire de mon patron." Elle garda les yeux sur le menu, qui titillait ses papilles gustatives au possible avec des trucs appétissants, mais elle soupira, et riva ses yeux sur les salades.

Dar n'avait pas autant de scrupules. Elle leva les yeux vers la jeune serveuse enthousiaste qui arrivait, et croisa les mains sur la table. "Vous aimez le thé glacé ?" Demanda-t-elle.

Kerry hocha la tête de manière affirmative. "Bien sûr."

"Apportez un pichet de thé glacé, et une grande assiette d'amuse-gueules pour commencer." La cadre donna ses instructions à la serveuse. "Puis attendez quelques minutes avant de revenir." Elle attendit que la fille reparte. "Je me suis dit que c'était plutôt un choix prudent... je n'ai jamais mangé ici, mais j'ai entendu dire du bien de leur cuisine."

"Hum..." Kerry abandonna et décida simplement de compenser par une heure de plus de vélo le lendemain. "Ouais... tout a l'air si bon..." Elle se décida joyeusement pour un plat de pâtes épicées et referma son menu, jetant un coup d'œil vers Dar avec un sentiment de trépidation. Il lui était difficile de croire qu'elle avait jamais été intimidée par cette grande femme, pas en étant assise ici dans un restaurant typiquement sortie de l’Amazonie, profitant de l'occasion de pouvoir l’observer de si près.

Son visage était très beau, pensa Kerry. Il était presque toujours en mouvement, des petits muscles bougeaient sous la peau comme lorsqu'elle regardait toutes ces choses qui les entouraient. Ses mains bougeaient aussi beaucoup, jouant avec le menu, avec les couverts en argent, et avec les petits cartons de table qui annonçaient des rabais. Kerry se demanda si Dar n'était pas un peu nerveuse, ou mal à l'aise, parce qu'elle-même l'était assurément, mais c'était difficile à dire. Peut-être que la femme ne tenait naturellement pas en place, après tout.

Il y avait quelques cicatrices sur ses mains, en plus de l’enflure et du bleu sur ses phalanges droites, et elle ne portait pas de bague. Elles étaient de bonne taille, avec de longs doigts, et des ongles courts et sans vernis. Comme quelqu'un qui utilisait un clavier toute la journée, Kerry pouvait l'apprécier, et en fait, elle faisait la même chose.

Les poignets de Dar étaient plus épais que les siens proportionnellement, et lorsque la cadre bougeait, elle pouvait voir le mouvement des muscles juste sous sa peau même dans la faible lumière. Cela donnait une impression de force qui intriguait la jeune femme, parce que c'était tellement peu en phase avec la mentalité d'entreprise à laquelle elle s'attendait. Les Vice-présidents étaient presque toujours des hommes blancs encroûtés, qui restaient assis dans leurs somptueux bureaux toute la journée, et fumaient le cigare. Ils n'étaient pas... enfin, ils n'étaient pas Dar Roberts.

"Excusez-moi ?" Kerry leva les yeux, réalisant que Dar lui avait parlé. "Je suis désolée... vous disiez ?"

Dar inclina la tête et la regarda. "Ce que je vous disais, c'est que vous pouvez vous attendre à quelques semaines pendant lesquelles vous devrez prendre votre place, et vous habituer."

"Très bien... j'étais en train de penser que ce serait le cas... et par ailleurs, j'ai besoin d'une semaine pour former quelqu'un pour me remplacer... je sais que je pensais à Ray, mais tout ça est arrivé si vite, je n'ai pas eu une seule chance de lui parler de quoi que ce soit."

Dar hocha la tête. "Bien... passez un jour ou deux là-bas pour mettre les choses en ordre, pendant que j'obtiens vos papiers et un endroit où mettre votre bureau. Maria va me tuer si je poste une nouvelle recrue sur son bureau à la première heure lundi matin."

Kerry n'était pas certaine de la réponse requise à cette information, alors elle pinça simplement les lèvres en un sourire hésitant.

"Maria est ma secrétaire." Expliqua Dar en voyant l'expression.

"Oh." Des yeux verts examinèrent la table, qui était couverte d'une toile cirée à motif tropical. "Elle va être ennuyée, hein ?"

"Juste un moment." Répliqua la femme aux cheveux de jais. "Écoutez... êtes-vous certaine de vouloir faire ça ?"

La question était sortie d'un coup, et fit lever la tête de Kerry soudainement, et croiser les yeux de Dar. "Je..." Elle se tut. "J'en suis sûre."

Dar expira. "Ce n'est pas un boulot facile... vous devez composez avec beaucoup de stress, et beaucoup d’autres conneries... je ne suis pas quelqu'un de facile à vivre, ou avec qui on s'entend facilement... je veux que vous sachiez cela dès maintenant." Sa voix était sérieuse. "Vous êtes une jeune femme gentille et je ne veux pas que vous reveniez me voir dans deux semaines en disant que c'est trop pour vous."

Kerry se redressa et la regarda droit dans les yeux, sentant qu'elle avait envie de relever le défi apparent dans les mots de Dar. "À quel point j’étais gentille quand je vous ai traité de sale garce?" Demanda-t-elle, en voyant cette lueur soudaine et espiègle apparaître en face d'elle, et disparaître aussi vite. "Et je ne suis pas petite non plus, merci... j'ai vingt-sept ans."

Dar l'étudia ouvertement. "Vous avez détesté ce qui s'est passé avec votre entreprise. Pourquoi voulez-vous faire partie de ça ?" Et bien, elle disait qu'elle aimait les gens directs et honnêtes... Kerry Stuart semblait l'être dans une large mesure.

La blonde l'étudia à son tour. "Je vous aime bien."

Dar haussa les deux sourcils. "Excusez-moi ?"

Kerry haussa les épaules. "Je vous aime bien. Je pense que vous êtes intelligente, et je pense que je peux apprendre beaucoup de vous." Elle s'interrompit. "Là où j'étais, je ne pouvais plus progresser... j'ai arrêté d'apprendre... c'était plus comme si mon boulot maintenait le statu quo. Il y avait des nouveaux clients, bien sûr, mais je n'avais pas à les diriger, juste à leur fournir le support et des solutions... c'est quelque chose de très différent."

Dar posa le menton sur son poing et la regarda. "Je vois." À l'intérieur, elle était un peu surprise et très intriguée.

"C'est mon tour." Kerry prit une gorgée du thé glacé que leur serveuse avait posé, et elle cligna des yeux à la vue du plateau d'amuse-gueules. "Mm..." Elle prit un morceau de poulet à la noix de coco et le mordilla avant de continuer. "Pourquoi moi ?"

"Hmm ?" Dar avait pris un pâté impérial et le mâchouillait.

Un haussement d'épaules. "Vous aviez le choix entre des milliers de personnes, pourquoi moi ?"

La femme aux cheveux noirs s'arrêta de manger et lui fit un sourire éclatant. "Je vous aime bien." Un soupçon d'humour apparut. "Aucun des milliers d'autres candidats n'auraient eu le cran de me traiter de garce, ou de me dire d'aller au diable."

"Oh." Kerry rougit.

"Je pense que vous avez du potentiel, et vous ne traînez pas un tas de bagages autour de vous dont j'aurai à me débarrasser avant que vous ne me soyez utile." Continua Dar, d'un ton pensif. "Par ailleurs, vous savez probablement vous y prendre avec les gens, ce à quoi je suis nulle." Elle mordit dans le pâté et le mâcha.

"Mm... pas toujours." Répliqua Kerry calmement.

Dar leva les yeux. "Vous n'êtes pas bonne avec les gens ?" Sa voix contenait de la surprise.

"Vous n'êtes pas toujours nulle à ce jeu." Répliqua la blonde, en souriant un peu face à la perte momentanée de sang-froid de sa nouvelle patronne. "Mais je sais ce que vous voulez dire... je m'entends avec les gens la plupart du temps... j'aime résoudre les problèmes, trouver des solutions sans avoir à cogner les têtes, ce genre de chose."

Dar rit doucement. "Je préfère briser les têtes et en avoir fini."

Kerry toucha doucement la main bleuie qui reposait sur la table. "Oui je vois." Elle retira ses doigts lorsqu'elle la vit tressaillir à ce contact. "Désolée... est-ce que c'est douloureux ?"

"Un peu." Dar plia un peu la main. "J'ai dû la cogner contre la voiture."

Kerry la regarda simplement, un soupçon de sourire jouant sur ses lèvres. "J'ai dû payer un supplément pour ce modèle de Mustang sans le savoir, parce que... je ne savais pas que cette voiture géniale criait et chialais." Elle traîna la voix. "J'ai particulièrement aimé l’entendre brailler "Mon Dieu" en espagnol quand vous l’avez frappé."

Dar tint son regard neutre pendant encore un moment, puis se laissa aller en affichant un lent sourire ce qui la rajeunit de cinq ans. "Vous avez vraiment le sens de l'humour."

Kerry se mit à rire. "Pour être honnête, je ne me suis même pas rendu compte de ce qui se passait avant d'y penser hier soir. J'étais trop secouée pour ça." Elle prit une aile de poulet et la trempa dans un petit plat de sauce au fromage bleu. "C'était comme de vivre un film, vous savez ? Me voilà, piégée dans les entrailles de Miami, attaquée par des vauriens, lorsque un héros arrive, leur flanque une raclée à tous et les chasse comme des chiens la queue entr..." Elle leva les yeux et vit les yeux bleus clairs arrondit qui la fixaient depuis un visage un peu béat. "Quoi ?"

Dar se pencha en avant. "Ne pensez pas que je suis un héros. J'ai connu trop de gens qui étaient réellement des héros." Sa voix prit de la profondeur. "Ils ne voulaient simplement pas que ça se saches, alors ils sont partis."

Kerry la fixa. "Et bien... vous en connaissez peut-être beaucoup, mais je n'en connais qu'une à ce jour." Son menton se leva et elle afficha une insistance bornée. "Mais je n'en parlerai plus si cela vous ennuie." Le faible éclairage rendait les traits de son visage difficiles à voir, mais la blonde pensa qu'il était possible que sa chef ait rougit, juste un peu.

La serveuse arriva, à leur grand soulagement à toutes les deux. "Humm... je vais prendre les pâtes épicées." Kerry n'essaya pas de prononcer leur vrai nom.

Dar s'éclaircit la voix. "Je vais prendre le steak de saumon."

La serveuse gribouilla. "Légumes ou purée de pommes de terre à l'ail ?"

"Des pommes de terre, s'il vous plaît." Répliqua la femme aux cheveux d’ébènes. "Et plus de thé."

Elles restèrent silencieuses après qu'elle soit partie, et Kerry saisit l'occasion de choisir un peu du reste des amuse-gueules. Elle attendit que sa compagne fasse la même chose, puis leva finalement les yeux. "Alors... parlez-moi de ces contrats... j'aimerais au moins donner une idée au groupe TCP/IP... je sais que vous avez dit que c'était l'IRS (NDLT : l'administration des impôts américaine), mais..."

Dar sembla soulagée du changement de sujet. "Oh... bien... et bien, c'est leur site Web principal. Ils ont mis en place un site pour les consommateurs qui fournit de l'aide pour les impôts et du support pour la rédaction des formulaires. Il reçoit environ quarante mille visites par jour - ce sont surtout des problèmes de largeur de bande passante, et le serveur de documentation a des défaillances.

"Mm..." Kerry absorba les informations.

"Le contrat spécifie le matériel et le logiciel - vous aurez des ressources dans l'environnement local pour expédier le matériel... je pense que nous avons un contrat avec NCR dans ce domaine."

"Ça a l'air bien." La blonde avait l'air intrigué. "Et pour l'autre ?"

"Humm......." Le front de Dar se plissa. "Oh oui... le contrat ATM pour les services de transmission de la Marine (NDLT : ATM = Asynchronous Transfer Mode : nouvelle technologie de transmission de l'information)." Elle s'interrompit. "Et le support de réseau qui va avec, et pour leurs transmissions en ondes courtes des bateaux vers la côte."

Kerry cligna des yeux. "Wow... les gars du WAN vont être contents. (NDLT : WAN = Wide Area Network, il s'agit d'une sorte de réseau interne mais étendu sur plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres)" Elle rit un peu. "Ils me disaient le mois dernier qu'ils commençaient à s'ennuyer." Elle se détendit un peu, et Dar en fit autant. "Cela voudra dire de la formation en plus."

Dar hocha la tête. "Je vais vous donner le numéro de la division formation à Plano... appelez et mettez en place ce dont vous avez besoin. Selon le nombre de personnes que vous avez, soit elles iront là-bas, soit Plano enverra un formateur ici."

Elles continuèrent à discuter des détails jusqu'à ce que le dîner arrive, puis la discussion ralentit alors qu'elles faisaient attention à leur nourriture.

Kerry appréciait ses pâtes, et regardait avec curiosité sa compagne découper méthodiquement le grand steak de saumon en petits carrés tout propre, jumelant chaque carré avec une fourchette pleine de pommes de terre. "Ca sent drôlement bon."

"Ça l'est." Répliqua Dar après avoir avalé. "C'est du miel et du sucre de canne glacé." Elle hésita puis déposa nonchalamment un carré sur l'assiette de Kerry. "Tenez, goûtez."

Kerry y goûta avec obligeance. "Hum... c'est délicieux." Elle poussa un morceau de sa pâte sur le plat de sa compagne. "Donnant-donnant."

"Humm." Dar rit doucement. "Vous aimez les trucs plutôt épicés, pas vrai ?" Elle avala ce qu'on lui avait offert.

"Mmhmm..." La blonde approuva. "C'est ce que j'aime le plus ici... tout a un goût différent, oui, c'est tellement différent." Elle prit une gorgée de thé. "Vous aimez la nourriture Thaï ?"

"Tout ce qui contient des cacahuètes." Répliqua Dar avec un sourire. "Il y a un bon restaurant Thaï tout près de l'US 1 près de Dadeland... ils font un très bon poulet au curry."

Les yeux de Kerry s'allumèrent. "Vraiment ? Et je ne l'ai jamais trouvé ? N... " Le 'nous' lui échappa presque, mais elle serra les mâchoires. Nous devrions y aller ? À quoi pensait-elle donc ? C'était son nouveau patron, et elle avait certainement mieux à faire que de se promener dans tout Miami pour trouver de nouveaux restaurants Thaï pour elle. "Merci de l’avoir mentionné."

"De rien." Dar lui sourit. "Comment ça a été avec votre réparation de voiture ?"

"Oh... bien... bien... c'est déjà fait." La rassura Kerry... puis elle fouilla dans une poche. "Oh oui... Jerry a trouvé ceci quand il nettoyait les débris de verre... est-ce que c'est à vous ?" Elle leva un stylo en bois.

Dar cligna des yeux. "Je ne m'étais pas rendu compte que je l'avais perdu." Elle tendit la main et le prit. "Merci." Elle leva les yeux lorsque la serveuse revint. "Nous avons fini... j'aimerais un grand capuccino... et hum..." Ses yeux se tournèrent vers le visage de Kerry, regardant le front de la blonde s'agrandir lorsqu'un plateau de dessert passa tout près. "Vous partagez un gâteau au fromage avec moi ?"

Les yeux de Kerry s'agrandirent encore, puis elle soupira, et tapota son estomac. "Je ne devrais pas."

Dar attendit, elle allait accepter. Elle commençait à se faire une bonne idée de sa nouvelle associée. C'était une de ses habitudes d'essayer de deviner tous les angles, et de prédire ce que les gens feraient, et jusque là, Kerry Stuart se révélait être un certain défi. Mais pas sur ce sujet.

"Oh... et bien, d’accord." Elle capitula, en gratifiant Dar d’un haussement d'épaules ironique. "Je présume que je vais juste passer plus de temps sur mes patins." Et comment cette Dar Roberts un tantinet imprévisible a-t-elle su que j'aimais le cheesecake ? Elle décida d'essayer une autre question plus personnelle celle-là, bien qu'elle eût remarqué que l'autre femme s'était refermé lorsqu'elle l'avait fait auparavant. "Avez-vous déjà essayé ?"

"Le cheesecake ou les patins ?" Dar rit doucement. "J'aime l'un, mais pas trop les autres... j'ai faillit faire une mauvaise rencontre avec un arbre la dernière fois que j'ai fait du patin." Elle jeta un coup d'œil vers la cascade, qui envoyait un autre nuage de brume. "Je m'en tiens à la course." Elle remarqua les yeux de Kerry posés sur ses bras nus et finement musclés qui sortaient de sa chemise. "Et un peu de musculation." Les orbes verts océan se levèrent vers les siens et Dar se sentit déséquilibrée de manière inhabituelle. Quelque chose dans leur intensité, peut-être ? "Alors, vous êtes prête pour demain ? Est-ce que le service du personnel vous a envoyé un courrier électronique ou des formulaires pour tous les gens que vous allez congédier ?"

Kerry regarda la serveuse poser un énorme morceau de cheesecake, couvert de chocolat, flanqué de deux bananes, également inondées. Elle retint sa respiration. "Oh." Puis elle se rendit compte que Dar lui avait posé une question. "Euh... oui... j'ai reçu une tonne de messages de leur part... y compris trois pages d'instructions de quelqu'un du nom de Mariana, qui disait quelque chose de vraiment drôle, comme quoi j'étais le nouveau petit canard ?" Elle attendit que Dar prenne une des deux fourchettes que la serveuse proposait, puis elle prit la sienne et testa un morceau. "Wow... je pourrais me mettre à aimer ça un peu trop."

"Petit canard, hein ?" Murmura Dar en triturant un morceau pour le mordiller. "Mariana est notre directrice du personnel... elle vous aidera à tout organiser." Elle prit un autre morceau, appréciant le goût riche. "Elle a un sens de l'humour assez particulier elle aussi."

Est-ce que c'est requis par la Société ? Se demanda Kerry mais elle ne dit rien.

Elles finirent de mangé et se dirigèrent à grands vers l'avant du restaurant, remplie de marchandises inspirées par la forêt tropicale. T-shirts affichant des petits geckos, des peluches en forme de toucans et de singes. Kerry passa le doigt sur un petit bébé iguane, avec une nuance intéressante de bleu-vert, puis elle le reposa avec un soupir. "J'ai assez de trucs sur mon bureau."

Dar, qui examinait le grand cacatoès au-dessus de sa tête, se retourna, mais ne dit rien. Elles sortirent et traversèrent la galerie pratiquement déserte, les boutiques étaient toutes closes et seul un filet de musique jouait encore. "Où êtes-vous garée ?"

"Près du marché alimentaire." Répondit Kerry en poussant la porte pour l'ouvrir et la tenir. L'air épais et humide la frappa, il portait une odeur lourde de pluie. "Et bien, merci, Dar... j'apprécie vraiment que vous soyez venue."

L'obscurité à l'extérieur cacha en grande partie l'expression de la grande femme. "Je vais vous conduire jusque là... ma voiture est par ici." Déclara-t-elle. "Et ne vous inquiétez pas de ça - j'ai été contente d'avoir une occasion de récupérer ce truc." Elle souleva son sac.

Kerry la suivit jusqu'au parking sombre, allongeant un peu ses foulées pour rester à niveau. La brise de l'océan était chaude, presque suffocante et elle soupira. "C'est difficile de s'habituer à cette canicule parfois."

Un doux rire lui répondit. "C'est pourquoi nous restons tous à l'intérieur." Répliqua Dar. "Allons... c'est par ici... sous cette corniche."

Des ombres mouvantes les entourèrent, des concierges, des travailleurs et encore d'autres silhouettes plus sombres. Le parking était grand, et presque vide, et elle pouvait voir plusieurs petits groupes d’adolescents, des cigarettes allumées se voyaient et des rires bas se faisaient entendre.

Des yeux les observèrent lorsqu'elles traversèrent la surface grise, et inconsciemment Kerry se rapprocha de sa grande compagne. "C'est un peu glauque par ici."

Dar baissa les yeux. "Faites comme si vous possédiez cet endroit. Je vous garantis qu'aucun de ces gamins ne vous importunera." Lui conseilla-t-elle.

Kerry observa le groupe qu'elles approchaient jeter un œil à Dar, puis ils se poussèrent un peu de son chemin. "J'essaierai de garder ça à l'esprit." Murmura-t-elle, se sentant vraiment, vraiment en sécurité.

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Message  Alyss Mar 7 Juin - 11:26


Chapitre 18


"Où étais-tu passé?" La voix de Colleen parvint de l'entrée au moment où Kerry finissait de porter ses paquets. "Oooh... je vois des sacs de chez Macy..." Elle se glissa à l'intérieur et aida la blonde à poser les paquets par terre. "Comment ça s'est passé ?"

Kerry s'assit sur la chaise de bureau et croisa les bras sur sa poitrine. "Bien... c'était intéressant... j'ai pas mal dépensé, comme tu peux voir, et... hum... oui, c'était intéressant."

Colleen croisa les bras. "Intéressant. Ton nouveau chef te propose de venir t'aider à acheter des fringues... et tu appelles ça intéressant ? J'appelle ça... mystérieusement intrigant." La rouquine rit doucement. "Alors... comment est-elle, quand elle ne vire pas des gens ou qu'elle ne restructure pas de sociétés ?"

"Hum." Kerry expira. "C'est un peu difficile à expliquer... je veux dire, elle est vraiment..." Elle dessina une boîte avec les mains. "Elle est très fermée... comme si elle était ailleurs, mais une fois de temps en temps elle s'ouvre un peu en quelque sorte, assez pour que tu puisses dire qu'il y a un être humain à l'intérieur, et pas un microprocesseur."

"Mmhm..." Colleen digéra cette information. "Alors vous avez passé tout ce temps à faire des emplettes toutes les deux ?"

Un mouvement des lèvres de Kerry. "Non... pas exactement... nous avons dîné au Rainforest." Elle évita les yeux écarquillés de Colleen. "Elle voulait qu'on parle de la semaine prochaine, et de ce à quoi il faut s'attendre, et tout et tout."

"Tu t'es amusée ?"

Kerry y réfléchit. "C'était...c'était vraiment, vraiment étrange, parce que la moitié du temps il y avait cette tension entre nous. Nous ne nous connaissons pas beaucoup, et elle est ma patronne maintenant, ce qui déjà fort étrange en soit, mais l'autre moitié du temps, c'était..." Elle lutta pour expliquer. "C'était presque comme si nous nous connaissions depuis toujours... ça..."

"Comme de vieux amis qui se rencontrent pour la première fois ?" Suppléa la rouquine tranquillement. "Tu te souviens de cette chanson du film des Muppets ?"

Une autre pause. "Ouais... peut-être comme ça." Admit Kerry. "Ça ne m'est jamais arrivé avant ça... mais je pense que nous allons bien nous entendre."

"Tu l'aimes bien." Ce n'était pas une question.

"Ouais." Déclara Kerry, affirmative.

"Incroyable." Colleen secoua la tête. "J'ai vu Reynaldo à Publix... nous faisions la queue chez le boulanger ce midi ensemble et je lui parlais du fait que tu allais travailler pour elle... il était complètement choqué." Elle secoua la tête. "C'est le responsable SI de la banque... il a été mordu, mordu et remordu avant qu'il ne lui reste qu'un quart de ses fesses après ce désastre des disques durs... il dit qu'elle est la personne la plus détestable qu'il ait jamais rencontrée."

Kerry leva les épaules. "Je pense qu'elle peut l'être... Je peux voir une part de noirceur en elle... tu te souviens que je t'ai parlé de ce gorille, et comme il s'est pratiquement pissé dessus quand elle lui a parlé ? Et je me souviens comment elle était lorsque nous nous sommes rencontrées pour la première fois dans mon bureau... il n'y avait pas grand-chose à aimer... elle était plutôt méprisante."

Colleen se frotta la tête. "Mais tu l'aimes bien ?"

Ça semblait étrange, Kerry s'en rendit compte. "Je ne sais pas... ouais... je veux dire, elle aurait pu virer mes fesses plusieurs fois, n'est-ce pas ? J'ai été plutôt impoli ?... je lui ai dit d'aller au diable, et elle aurait pu juste me renvoyer sur-le-champ, me mettre dehors, demander à la sécurité de me raccompagner hors du bâtiment, mais elle ne l'a pas fait... en fait, ce soir, j'ai en quelque sorte eu le sentiment qu'elle me respectait pour ça."

"Oh... c'est tordu, ma vieille." Son amie l'avertit. "Tu fais attention à elle, tu entends ? Elle peut s'attaquer à toi en un clin d'œil." Elle soupira. "Je ne sais pas, Ker... tu navigues en eau trouble là... j'espère que tu sais ce que tu fais."

Je l'espère aussi. Kerry garda ce commentaire pour elle-même. "Je ne peux vraiment pas l'expliquer... peut-être que si j'avais pris le temps de vraiment réfléchir à ce qui se passait, j'aurais choisi de rester où j'étais... mais peut-être pas... je pensais simplement que ce serait une occasion unique... tu sais ?"

"Unique." Colleen balança un bras autour de ses épaules. "Mon chou, c'est un euphémisme... mais si tu as un problème, j'ai parlé à Jakob au bureau, et il dit qu'il te prendrait sur-le-champ, OK ?"

Kerry sourit, et s'appuya contre elle affectueusement. "Merci, Col... j'apprécie vraiment." Elle expira. "Hé... tu veux voir ce que j'ai acheté?"

"Tu parles."

Elles ouvrirent les divers paquets, et Kerry accrocha les objets sur la barre du rideau de la salle de séjour.

"Oooh... j'aime celui-là." La rouquine pointait vers le vêtement bleu-vert. "Jolie broche." Elle toucha l'avant de la veste.

Kerry fit un pas plus près et posa un doigt dessus. "Mon Dieu... mon esprit devait être ailleurs." Avoua-t-elle doucement. "Je n'avais pas remarqué cette broche... oui, elle est très joli." La broche était composée de deux dauphins qui s'ébattaient sur un fond doré, avec des vagues à l'avant-plan teintées de rose et bleu. "C'est agencé à la couleur... ça ressemble un peu à l'océan, pas vrai ?"

"Mmmhmm..." Colleen approuva. "Je parie que ça te donne fière allure... ça va tellement bien avec tes yeux." Elle regarda la rangée de vêtements. "Je les aime tous, mais je préfère celui-là... bien que ce mauve soit joli aussi."

"Ouais..." La blonde sourit. "Je l'aime bien aussi... écoute, si j'enfile un de ces trucs, est-ce que tu veux bien prendre une photo ? Mes parents veulent voir à quoi je ressemble quand je suis habillée."

"Bien sûr." Son amie rit. "Bien que, pour être honnête, tu es jolie dans n'importe quoi..." Elle cogna doucement Kerry dans les côtes. "Même dans ces vieux jeans tout troués que tu portes parfois."

"Hé... ce sont mes jeans préférés." Kerry protesta en descendant le tailleur bleu-vert. "Je reviens de suite."

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Message  Alyss Mar 7 Juin - 11:43


Chapitre 19


Le ciel s'était finalement éclairci, exposant une grande voûte étoilée, qui brillaient sur le plateau de corail. Les eaux chaudes de la piscine se ridaient, glissant autour de la silhouette solitaire et immobile qui flottait doucement, la tête reposant sur des bras croisés et les jambes posées sur une petite planche en polystyrène.

Dar laissait le calme l’envahir, se concentrant sur les doux sons de la vague, et le bruissement d'une brise légère qui faisait s’agiter les feuilles des arbres qui entouraient la piscine. Elle était seule, ce qui n'était pas surprenant si l'on tenait compte de l'heure, et elle passait simplement un peu de temps à réfléchir calmement sur la journée qu’elle venait de passer.

Celle-ci avait, du moins, été plus productive que la précédente. Après qu'elle eut envoyé ses messages, elle avait plus ou moins réussi à s'endormir sur le divan, avec le portable ouvert et en marche, le doux cuir enveloppant son corps fatigué et refusant de l'abandonner jusqu'à l'heure du dîner, lorsqu'elle s'éveilla pour voir les Power Rangers danser sur l'écran et des tuyaux en 3D créer patiemment un effet de plomberie sur l'écran de son portable.

Ce fut alors qu'elle prit connaissance du message de Kerry, et dans une brume ensommeillée, elle y avait répondu en lui disant qu'elle la rejoindrait à cette galerie marchande. Ce n'est que dix minutes plus tard qu'elle avait cligné des yeux, et s’était rendu compte de ce qu'elle avait fait, et à ce moment-là, il était trop tard.

Mais elle ne l'avait pas regretté, non... pas du tout. Cette sortie avait été... et bien, amusante en quelque sorte. Elle n'avait pas beaucoup l'occasion de se détendre et se balader avec d'autres personnes, et Kerry se révélait être une personne intéressante avec qui passer du temps. Ce qui était bien, parce qu'en tant qu’assistante, c'est exactement ce qu'elle devrait faire avec elle.

Le dîner avait été une sorte de test - Dar savait que si elle pouvait supporter de passer une heure à manger en compagnie de quelqu'un sans vouloir le tuer, c'était bon signe. Kerry avait passé le test. Dar fixa les étoiles avec une douce surprise. Kerry avait fait plus que passer le test. En fait, elle l'avait apprécié à un tel point qu'elle aurait souhaité que la soirée dure plus longtemps. Quand cela était-il arrivé pour la dernière fois ?

C'était agréable de simplement parler à quelqu'un de brillant, qui possédait un bon sens de l'humour, et qui n'était pas intimidée par elle. Dar sourit, se souvenant de la plaisanterie sur la Mustang hurlante. Puis elle plia la main, se rappelant le doux contact. Ainsi... elle s'était rendue compte que cette bonne vieille Dar avait fait un peu plus que chasser ces voyous, hein ? Maligne la petite.

Elle soupira, et bougea un peu dans l'eau, penchant la tête en arrière pour cligner des yeux alors que la lune émergeait de derrière un nuage, et l'éclairait d'une simple lueur argentée. Cela donnait au corail qui l'entourait une teinte presque blanche, et si elle levait la tête, elle pouvait voir un chemin large et clignotant qui menait de l'endroit où elle était allongée directement vers l'horizon.

Elle se mit sur le ventre et plongea la tête sous l'eau chaude, on chauffait cette piscine toute l'année malgré la température habituellement élevée de Miami. Quelques brasses pour dégourdir ses épaules, et elle sortit de la piscine, attrapant sa serviette pour se sécher, tout en retournant à petits pas vers l'escalier en traversant le chemins bordant la mer vers chez elle.

L'air froid du condo rafraîchit sa peau, et elle se glissa rapidement dans la buanderie, se débarrassant de son maillot de bain pour l'échanger contre une chemise de base-ball blanche et un bermuda en flanelle douce. Elle se dirigea vers la cuisine et attrapa une tasse qu'elle remplit de sirop chocolaté au lait, puis elle l'enfourna dans le micro-ondes;

Elle le retira deux minutes plus tard, observant l'icône d'arrivée de nouveaux messages sur le terminal de la cuisine. "Message, lire."

"Dar Roberts, six messages, aucun urgent."

Elle parcourut les en-têtes. "Tout lire." Le chocolat chaud glissa dans sa gorge pendant qu'elle attendait.

Roesenthal, Lester - Envoyé 16:43

Dar -

La prochaine fois que vous voudrez transférer une de vos petites trouvailles directement vers la Société, dites-le moi, voulez-vous ? Je n'ai vraiment pas besoin de trente directeurs régionaux piauleurs qui se plaignent que vous ne suivez pas les procédures.

Son cv ne montre pas grand-chose, mais si elle est assez bonne pour que vous la choisissiez comme bras droit, je présume que je vais devoir vivre avec ça. J'espère qu'elle est mignonne, au moins.

Les.


"Répondre." Marmonna Dar et elle attendit que le nouveau message apparaisse.

Les -

Désolée, oui il le faudra bien, et je n'ai vraiment pas remarqué si elle était mignonne ou non.

Dar.

"Envoi." Dar sirota son chocolat avec un sourire ironique. "Suivant."

Elesha, Mariana - Envoyé 21:01

DR -

Tu as mis le feu aux poudres, ma grande. Attention - je pense qu'au moins quelques uns d'entre eux vont monter à la barricade.

J'ai envoyé un message, et rempli les documents. Ta nouvelle assistante devrait avoir tous les papiers pour que les choses roulent rapidement à Synergenics - et à propos, ça a été une belle bataille de pouvoir avec Peter pour le bilan. Il a fait une plainte formelle contre toi. La réponse de Les (il m'a mise en copie) était : "Est-ce que vous voulez que j'étudie ça avant ou après que j'aie étudié l'agenda des bonus pour ce trimestre, qui dépendra de votre capacité à avoir atteint vos objectifs ?"

Tu sais, Dar- tu as vraiment de la chance d'être aussi bonne - personne d'autre ne s'en sortirait avec le merdier dans lequel tu travailles. Sois prudente, mon amie. Sois très, très prudente.

Comme j'étais au bureau samedi, j'ai tout arrangé pour Ms Stuart - elle est sur ta liste personnel à partir de lundi, alors assures-toi qu'elle sait comment tout fonctionne. J'ai son dossier de Synergenics - je dois te dire, Dar, que jusqu'à ce que je le voie, j'avais quelques pensées diaboliques à ton sujet, mais en l'étudiant, je me suis rendu compte que tu as choisi une candidate très qualifiée. Je n'ai même pas à eut à falsifier de trucs sur son profil. Je joins les détails comme ça tu les auras en mémoire - savais-tu qu'elle avait été championne des débats de l'état du Michigan?

En tout cas - je te vois au bureau lundi. J'essaierai de lisser quelques plumes froissées, mais fais profil bas pendant quelque temps, veux-tu ? Juste pour moi ?

Mari.


Dar retint un rire amusé. "Championne des débats, hein ? Bon sang... je suis dans le pétrin là... j'aurais dû le deviner." Elle s'assit sur le grand tabouret. "Répondre."

Mari -

Merci pour l'avertissement - Les m'a déjà envoyé un message au sujet des dissidents - il va s'en occuper.

Je suis choquée que tu aies pu penser que je choisirais n'importe quel candidat pour des raisons frivoles - bien entendu, je savais que Ms Stuart était qualifiée pour ce poste - pourquoi penses-tu que je la voulais ? L'intérêt de la compagnie passe en premier, ce n'était pas une réaction instinctive basée sur sa personnalité. Pour tout dire, la demoiselle en question m'a dit d'aller au diable, alors ce n'était certainement pas pour des raisons amicales. Je suis sûre qu'elle sera un atout pour la compagnie, et peut-être qu'elle s'occupera de certains de mes problèmes avec les relations humaines, comme ça tu auras moins de plaintes.

Dar.

Elle rit doucement. "Envoi." Puis elle cliqua sur le fichier joint, et lut les quelques courts paragraphes avec intérêt. "Hmm... gymnastique... double spécialité en informatique et... non... ce n'est pas possible... en anglais ? Quel drôle de mélange..." Le parcours professionnel de Kerry montrait une progression régulière et égale du niveau d'entrée à la gestion, avec des responsabilités et de l'expérience accrues au fur et à mesure de ses emplois, aucun d'eux n'ayant duré plus de deux ans. De la stabilité, une bonne éthique de travail... pas de trous... pas étonnant que Mariana ait été impressionnée.

Elle vérifia l'aspect personnel. Pas de plainte d'employé, pas de procès, une bonne réputation de solvabilité... un dossier immaculé, même pas une amende pour excès de vitesse... bon sang. Dar haussa les sourcils. "C'est presque trop beau pour être vrai." La pensée provoqua un léger froncement de sourcils. "Nouveau message."

Mark -

J'ai besoin d'une recherche de sécurité de catégorie 1 sur une nouvelle recrue - Kerry Stuart, l'employée d'Associated dont nous parlions la semaine dernière. Elle vient travailler dans mon département, et je veux tout savoir, ne passe sur rien, n'enjolive rien, je veux tout.

Dar.

"Envoi." Dar tambourina des doigts sur le comptoir, ressentant une vague culpabilité de vérifier aussi scrupuleusement les détails de la vie de Kerry, mais si cette dernière devait être dans le secret de tous ses petits tours, il valait mieux être sûre de qui et de ce qu'elle était vraiment. Ce ne serait pas la première fois qu'un rival essaie de lui passer une taupe.

C'était une précaution logique, son esprit insista là-dessus. Mais quelque chose en elle se sentait mal à l'aise, comme si ça l'ennuyait de penser qu'elle ne pouvait pas faire confiance à Kerry.

Elle y pensa encore un moment. Son instinct lui disait qu’elle avait raison de faire confiance à Kerry. Il n'avait pas eu tort jusque là.

Mais ça ne faisait jamais de mal de s’en assurer. Dar soupira et retourna à son écran. Elle parcourut les trois autres messages, qui étaient des accusés de réception de sujets dont elle s'était occupée la semaine précédente, puis elle cliqua sur le septième avec un sentiment maintenant familier d'anticipation.

Stuart, Kerry - Envoyé 00:32 ?

Bonsoir.

Pourquoi tout le monde pense-t-il que je suis folle de vouloir travailler avec vous ? J'ai reçu quatre messages m'avertissant que je ne savais pas où je fourrais les pieds, des gens que je connais à peine, ou pas du tout. J'ai décidé qu'ils étaient tout simplement jaloux - je vous envoie une liste - vous pourrez me dire si ce sont des gens qui ont postulé. Si c'est le cas, alors je me sentirai bien mieux.

Je leur ai écrit, à tous, pour les remercier de leur inquiétude, et que j'espérais avoir une occasion de travailler avec eux un jour. J'espère que ça allait...

En tout cas - j'espère que vous aurez une bonne semaine - et merci encore de m'avoir aidée pour mes achats.

Kerry.


"Répondre." Dar s'appuya contre le comptoir et posa la tête sur sa main.

Kerry

Tout le monde pense que vous êtes folle parce que tout le monde sait que je suis une garce sans cœur et cruelle qui conduit les gens vers l’alcoolisme et vers une mort prématurée, et qui n'a aucune sympathie pour rien ni personne. J'ai essayé de vous prévenir à ce sujet. Il n'est pas trop tard pour faire marche arrière si vous le voulez.

Votre liste est composée, comme vous le soupçonniez, de candidats déçus. Votre réponse était appropriée.

Je n'ai pas beaucoup l'occasion de sortir et d'être à moitié sociable, aussi aujourd'hui a été très plaisant pour moi. Ça m’a aussi donné une indication sur le fait que nous devrions être capables de travailler ensemble. Mes essais précédents avec un(e) assistant(e) ont duré respectivement un, trois, quatre, et deux jours. J'en ai mit un à la porte, le second a décidé de repartir d'où il était venu, et les autres se sont sauvés en courant et en criant dans la nuit et n'ont plus jamais donné de nouvelles.

Je vous en prie, gardez tout ça en tête.

Dar.

"Envoi." Dar étouffa un bâillement et finit son lait au chocolat, puis elle rinça la tasse et la mit à l'envers sur l'égouttoir. Elle éteignit en traversant l'appartement, laissant l'endroit dans une obscurité totale lorsqu'elle atteignit sa chambre à coucher, et elle rampa dans la chaleur accueillante et le mouvement ondulant du lit d’eau. Un bras enroulé autour de l'oreiller et l'autre reposant légèrement sur le dessus, elle ferma les yeux et glissa dans le sommeil.

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Message  Alyss Mar 7 Juin - 11:57


Chapitre 20


Kerry jeta un coup d'œil à son reflet dans le rétroviseur pour la sixième fois, avant de prendre une profonde inspiration et de stopper le moteur.

Ça faisait une semaine. Une semaine très mouvementée, pendant laquelle elle avait ficelé des dossiers dont elle n’avait même pas idée de l’existence, elle avait aussi aidé Ray à prendre son poste. Ce premier jour avait été extatique. Elle avait de bonnes et de mauvaises nouvelles, et une importante annonce à dire à tout le monde. De laisser aller cinquante personnes avait été difficile, mais lorsqu'elle leur avait parlé des conditions de rupture de contrats...

Alors tout s'était bien passé. Les groupes de support croulaient toujours sous le travail à cause des nouveaux contrats, les deux responsables du support avaient passé la semaine à feuilleter chaque bouquin TCP/IP sur lesquels ils pouvaient mettre la main. Ils étaient déterminés à faire bonne figure et à ne pas la laisser tomber.

Tous. C'était si bizarre... la semaine précédente, ils injuriaient le nom de EDS, cette Société, et maintenant... maintenant ils trouvaient des moyens de changer, et de s'ajuster... la plupart d'entre eux étaient simplement heureux de toujours avoir un emploi.

La réaction à l’annonce de son nouveau poste avait été...

Wow. Cela avait été : "Tu es folle à liée." : "Mon Dieu, tu l'as impressionnée AUTANT QUE CA ?" Beaucoup se sentaient mitigés, et étaient désolés de la voir partir, mais l'encourageaient parce 'qu'elle' serait 'là-haut' et pourrait peut-être l'influencer, 'elle', si les choses tournaient mal.

Robert l'avait appelée vendredi dernier, et lui avait dit de s'asseoir. Son visage était sérieux et il lui avait demandé tout de go si elle savait ce qu'elle faisait avec ce 'requin en tailleur'.

Et Kerry avait simplement continué à sourire, et avait dit à tout le monde qu'elle voyait ça comme une grande expérience d'apprentissage, peu importe ce qui arriverait.

Et là, maintenant, ça faisait une semaine, et on était lundi matin, et il était temps pour elle de commencer cette grande expérience d'apprentissage. Elle avait échangé des messages avec Dar pendant une partie de la semaine, la mettant au courant des avancements dans les transferts. Le style d'écriture de la cadre s'était un peu détendu à mesure que la semaine avançait, mais juste un peu, et Kerry se retrouva impatiente de revoir Dar.

"D’accord, je suis prête." Dit-elle à son reflet, puis elle attrapa son attaché-case et se glissa hors de la Mustang, en prenant soin de tirer sur sa jupe, bizarre après n'avoir pas eu à en porter pendant très longtemps. Elle verrouilla la portière et carra les épaules, puis se dirigea vers l'entrée principale du bâtiment.

Elle donna son nom au bureau de la sécurité et attendit que l'agent qui s'y trouvait regarde sur une liste, puis lui lance un sourire. "Ah! Ms Stuart, pouvez-vous venir avec moi, s'il vous plaît ? Nous devons vous donner un badge."

"D'accord." Kerry accepta aimablement en suivant le petit homme costaud au travers une suite de pièces. Il y avait des tas d'écrans le long d'un mur, et une fille mince, aux cheveux blonds les regardait. La fille se retourna lorsqu'ils entrèrent, et elle fit un sourire poli à Kerry que celle-ci lui rendit.

On lui fit une photo et on prit ses empreintes, puis elle attendit pendant que l'agent assemblait un badge de sécurité ressemblant fort à celui qu'elle avait vu Dar porter le soir où elles étaient venues ici. L'homme attacha une carte magnétique au badge et le lui tendit. "Merci." Elle l'accepta et examina la surface. "Wow... vous prenez même de belles photos." Elle lui fit un sourire.

Il lui sourit en retour. "Ça dépend entièrement du sujet, madame."

Kerry rougit. "Merci... puis-je monter maintenant ?"

"C'est au quatorzième étage, Ms Stuart - prenez l'ascenseur, puis lorsque vous sortirez, tournez à gauche, et c'est la deuxième porte sur votre droite. "

Kerry hocha la tête, mais c’était inutile puisqu’elle s’en souvenait très bien. "Oui... merci." Elle se glissa hors des bureaux de la sécurité et se dirigea vers les ascenseurs, levant les yeux en traversant l'atrium, elle afficha un sourire. C'était encore plus impressionnant à la lumière du jour, avec le soleil qui se déversait au travers, et qui s'accrochait aux diverses sculptures de cristal qui s'alignaient le long des murs. L’immeuble était également plus peuplé à ce moment, bien entendu, et elle évita plusieurs personnes pressées, lorsqu'elle arriva à l'ascenseur et appuya sur le bouton du quatorzième étage.

Cela lui valut un regard en coin de deux des occupants, et Kerry remarqua qu'elles regardaient par-dessus son épaule, en tentant discrètement de lire le nom sur son badge. Elle tendit la main à la place. "Bonjour, je suis Kerry Stuart. Ravie de vous rencontrer."

La première femme serra sa main, puis la seconde. "Enid Perspects." Dit la plus grande des deux, avec hésitation. "Je travaille aux achats."

"Sally Cruz." Ajouta la seconde, une femme plus petite et aux cheveux plus foncés... "Je suis au marketing... êtes-vous la nouvelle assistante de Dar Roberts ?"

"C'est moi." Répliqua Kerry avec un sourire.

Elles la regardèrent comme s’il lui était poussé une seconde tête. "Et bien... bonne chance." Marmonna Enid alors que la porte s'ouvrait et qu'elle et son amie s’éloignaient. "Vous en aurez besoin." C'était dit entre les dents mais Kerry l'entendit quand même.

La porte se referma, la laissant avec un homme trapu aux cheveux bruns, de taille moyenne, et environ de son âge. Il l'étudia pendant un moment, puis il tendit la main. "Alors... vous êtes l'infâme Kerry Stuart."

Kerry soupira et serra sa main. "Infâme ? J'espère que non... je viens juste d'arriver." Elle lui lança un regard méfiant. "Et vous êtes ?"

Il rit. "Détendez-vous... je suis Mark Polenti, chef de la sécurité GSI." Il s'interrompit. "Je suis un ami de Dar."

Kerry lui lança un regard amical. "Vraiment ? À entendre parler les gens, elle n'en a pas beaucoup."

"Nan... elle en a... pas beaucoup, c'est vrai, mais les bons, aux bons endroits, si vous voyez ce que je veux dire." L'homme trapu sourit. "Tant que vous connaissez votre merdier, vous vous entendez avec Dar. Sinon, vous êtes grillé. C'est vraiment facile." Ses yeux croisèrent les siens. "Vous devez connaître le vôtre."

"Je présume que nous le découvrirons." Kerry se détendit un peu, puis se retourna lorsque les portes s'ouvrirent à l'étage souhaité. Mark et elle sortirent, puis prirent tous les deux le même couloir. Kerry put entendre des voix s'élever lorsqu'elle atteignit les doubles portes qui menaient au bureau de Dar, et elle jeta un regard en coin vers Mark. "On dirait qu’il y a du grabuge."

"C'est pas nouveau." Il soupira et tint la porte pour elle. "Venez, vous feriez aussi bien de vous y habituer."

L'intérieur du bureau de réception de Dar était très différent de jour. Plusieurs personnes attendaient, en face d'un bureau derrière lequel se trouvait une petite femme ronde, aux cheveux gris, qui appuyait le téléphone contre son oreille d'une main, et se tenait l'autre oreille de l'autre. Deux des personnes présentes se disputaient, l'une d'elles agitait un paquet de pages.

"Il n'y a aucun moyen de mettre fin à ce compte-client, Larry... ça ne marchera pas, alors trouve un autre moyen de le faire !" Cria le plus petit des deux hommes.

"Nous n'avons pas le choix, Scott... le service clients a promis un centre de support complet, et maintenant ils nous le retirent !" Répliqua l'autre homme, en levant les mains. "Bon sang j'espère que Dar pourra trouver comment nous tirer de ce bazar... je vais botter le cul de Sue Kingston à la compta pour avoir refait ce genre de connerie."

Deux autres femmes attendaient, en portant des piles de papier, et en essayant d'attirer l'attention de la secrétaire. Elle était au téléphone et deux lignes clignotaient, et elle parlait sur une troisième. A peine audible, une sonnerie bourdonna. La secrétaire mit son correspondant en attente et pressa le bouton. "Oui, Dar."

"J'ai la moitié du réseau hors service, trois serveurs dont les téléchargements ont été fichus en l'air en plein milieu hier soir, et CLIPC ne répondront pas aux appels téléphoniques. Trouvez-moi quelqu'un à Charlotte qui n’ait pas sa foutue tête dans son propre cul, et tout de suite !"

"Aie, j'essaie, croyez-moi." Répliqua la secrétaire.

"Ça ne suffit pas d'essayer, Maria... il me faut parler à quelqu’un !" La voix de Dar était rude de frustration, et Kerry s'en rapprocha instinctivement. Elle se retrouva devant le bureau de la secrétaire et lui fit un petit sourire lorsque cette dernière leva les yeux. "Bonjour." Dit-elle doucement. "On dirait que la matinée est bien mouvementée, hein ?"

"Dar ?" La femme plus âgée interrompit sa chef qui continuait à fulminer.

"Quoi ?" Grogna la cadre.

"Ms Stuart est là." Maria jeta un coup d'œil évaluateur vers la mince blonde.

Un silence pendant un instant. "Oh, bien. Envoyez-là ici." La voix de Dar était tombée d'un octave et elle avait l'air presque joyeuse. "Salut, Kerry... bienvenue en enfer."
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Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G) Empty Re: Série Dar et Kerry - Partie 1 : Tempête Tropical (X/G)

Message  Alyss Mer 8 Juin - 6:07


Chapitre 21



La porte se ferma derrière elle et elle fut surprise du silence qui régnait dans la pièce. Le bruit à l’extérieur avait disparu et elle laissa passer un moment en marchant sur le sol couvert de moquette vers le bureau de Dar. Cette dernière était assise sur le bureau, son téléphone posé juste au milieu, et elle avait les bras croisés sur sa poitrine. Elle portait une jupe et une veste grise, assortit d’un chemisier de soie vert forêt, et elle avait un air nonchalamment élégant.

Bien entendu. Kerry pouvait voir la frustration dans les courbes de son corps, mais Dar réussit à lui faire un sourire. "Alors, c'est ici l'Enfer, hein ?" La jeune blonde balaya la pièce du regard. "Joli 'décor' (NDLT : en français dans le texte)."

Dar soupira et leva une main pour se frotter la tempe. "Ça a été une sacrée matinée." Elle passa les doigts dans ses cheveux et laissa tomber son bras.

"C'est ce que je vois." Répliqua Kerry en se sentant un peu embarrassée. "Y a-t-il... hum... question stupide, mais y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous aider ?"

La grande femme essayait visiblement de se détendre un peu. "Beaucoup de choses. Mais d'abord, je pense qu'il faut vous installer à un endroit où vous pourrez vous asseoir et tout ça." Elle se leva. "Venez."

Curieuse, Kerry la suivit vers une petite porte quelconque qu'elle n'avait même pas remarquée l'autre soir, et elle regarda Dar l'ouvrir puis lui faire signe d'avancer. "Allez-y - croyez-moi, c'est plus rapide par ici. Si je sors dans ce couloir, ça va me prendre huit heures pour aller de ce bureau à celui que j’ai choisi pour vous."

Kerry la suivit et se retrouva dans un couloir nu et étroit, avec des portes sans plaques, et un mur blanc de l'autre. Elle avança incertaine, jusqu'à ce qu'elle sente une main chaude appuyer sur son dos. Dar la poussa un peu pour la guider sur environ quinze mètres, jusqu'à ce qu'elle arrive à une autre porte sans plaque, que sa supérieure lui fit signe d'ouvrir. Elle tourna la poignée vers le bas et émergea dans un autre bureau.

Il était carré, une table de travail entourée par des chaises d'un côté, et un large bureau en bois de l'autre. La moquette et les murs étaient de couleur bordeaux, et derrière le bureau se trouvait une baie vitrée arborant la même vue que celle de Dar.

Sur le bureau il y avait un ordinateur, un téléphone, et rien d'autre, la pièce était nue sans décorations, il était franchement apparent que ce bureau n'avait jamais été utilisé. "C'est... hum..." Dar s'appuya contre la porte et eut un regard d'excuse envers Kerry. "Plutôt vide, je sais... mais il y a l'essentiel."

Kerry cligna des yeux vers le bureau, et vers les meubles. "C'est super." Elle se retourna et regarda par la fenêtre. "Avec cette vue, vous auriez pu me donner une boîte en carton et une petite boîte de conserve au bout d'une ficelle, et j’aurais été heureuse." Elle posa sa mallette sur le bureau. "Écoutez... je sais que vous avez des problèmes jusque par-dessus la tête, là-bas... je vais m'installer et me connecter, et voir si je peux m'y retrouver, ok ?"

Dar sourit et baissa les yeux. "En fait, donnez-moi environ une heure pour tout arranger, ensuite je reviendrai pour une visite guidée, et nous pourrons parler." Elle s'éclaircit la voix. "Si je ne suis pas de retour dans une heure, dites-vous que le reste du réseau est tombé en rade, et venez me trouver."

Kerry lui fit face et sourit. "Vous pouvez compter sur moi."

La brune lui rendit son sourire puis disparut dans le couloir.

"Whoo." Kerry s'assit dans la chaise de bureau en cuir très confortable et jeta un œil autour d'elle. "Elle s’excuse. Je ne peux pas le croire... je pourrais faire tenir une classe d'aérobie toute entière là-dedans, et elle fait des excuses parce que c'est un peu vide... Bon Dieu." Elle examina le bureau, et ouvrit les tiroirs. Dedans il y avait des crayons et du papier, des trombones et une agrafeuse, les trucs habituels quoi. Le grand tiroir contenait des dossiers suspendus, vides, bien entendu.

Elle mit l'ordinateur en marche, impressionnée par le grand écran semblable à celui qu'utilisait Dar. Kerry se demanda si c'était le standard, mais elle était contente, parce que ses yeux avaient tendance à lui faire mal après une journée complète passée à fixer son ancien petit écran.

L'ordinateur démarra et se connecta à un réseau, elle entra son identifiant et son mot de passe, un peu surprise lorsque le menu habituel n'apparut pas, remplacé par un autre avec approximativement quatre fois plus d'options. "Oh, oh." Elle fit une grimace. "Qu'est-ce que c'est que ce truc ?" CLIPC, PLIPC, CICS... il y avait une soupe alphabétique de choix, en même temps que ceux plus familiers qui lui donnaient accès aux sections de la paie et du personnel, et à la base de données de la clientèle. Elle en choisit un de manière expérimentale. "CLIPC... c'est ce avec quoi Dar avait des problèmes... Voyons ce que c'est."

La connexion se fit et elle jeta un œil au résultat. "Oh... Netview... d’accord... je connais." Elle se connecta à l'application du serveur IBM et essaya la commande qui affichait tout les listings à l'écran. "Oh, oh... Bon Dieu... c'est énorme... wow... c'est vraiment énorme."

Le réseau interne était affiché à l'écran, avec beaucoup de parties marquées comme inactives. "Je parie que c'est ce avec quoi Dar a des problèmes, hein ?" Commenta-t-elle, en passant le bout d'un doigt sur l'écran. "Et bien... je me souviens qu'au Michigan, à l'université, nous faisions un 'ACT ALL' (NDLT : commande qui relance le système de réseau, un peu comme un CLEAR sur un PC)..." Elle tapa les caractères, puis hésita. "Ahh... ce n'est probablement pas une bonne idée... oh, et puis zut... ça ne peut pas faire de mal." Elle pressa la touche d'envoi.

"Ça va prendre une éternité, alors..." Elle réduit l'application et cliqua sur la messagerie, surprise d'avoir une boîte aux lettres pleine. "Et bien. Ça devrait m'occuper un moment... Bon Dieu... c'est quoi toutes ces choses..." Beaucoup de messages transférés par Dar... des trucs dans lesquels elle était apparemment impliquée et qu'elle voulait que Kerry examine. "Ok... voyons ce qu'on a ici." Elle commença à lire. "Mon Dieu... concevoir des vélos de courses olympiques et faire des transferts financiers pour la Banque de Nouvelle-Zélande... pensez-vous que cette société puisse être plus diversifiée ?"

Il y avait une panoplie impressionnante de projet à gérer. Une variété de décisions opérationnelles, comme quels processeurs pourraient être assignés à quels projets, et quel projet avait priorité. Kerry fut peu à peu absorbé par l'ensemble interrelationnel et elle soupçonna qu'elle ne s'ennuierait pas de sitôt.

Elle se leva et retira ses quelques affaires personnelles de son attaché, les posa sur le bureau à sa façon, et parcourut le bureau pour en découvrir tous les coins et recoins. Elle ouvrit la porte de devant et regarda dehors, laissant un minuscule sourire arquer le coin de ses lèvres lorsqu'elle repéra une impeccable cuisine juste au bout du couloir. "Je parie qu'il y a du café là-bas." Décida-t-elle en retirant une grande tasse bleue cobalt de sa mallette et en s'y dirigeant à grands pas.

"Wow." Elle jeta un coup d'œil circulaire à la cuisine et laissa échapper un petit rire. "Elle est mieux équipé que celle de mon appartement." Il y avait un réfrigérateur, bien sûr, avec une petite note collée dessus. "Ne laissez pas de nourriture plus d'une semaine sans étiquette ou elle sera glorpée." Lut Kerry. "Je ne vais pas demander ce que ça veut dire." Il n'y avait pas seulement une cafetière normale sur le comptoir, mais aussi une machine expresso, et trois boîtes avec différents types de lait et de crème, et du vrai sucre comme du faux étaient disponibles. Alors qu'elle choisissait du sucaril et se versait une tasse de café, une jeune fille entra derrière elle et lança un salut joyeux.

"Bonjour." Kerry se retourna et s'appuya sur le comptoir, en remuant son café. La fille retira un petit paquet du congélateur et l'enfourna dans un des trois grands fours micro-ondes commerciaux installés dans la baie près de la porte. "Petit déjeuner ?"

La fille se retourna et sourit. "Des trucs à grignoter." Elle rit doucement. "Je travaille pour Eduard Castillo... il devient grognon aux alentours de cette heure si je ne le nourris pas." Elle tendit une main. "Mary Evers."

Kerry prit sa main. "Kerry Stuart."

Les yeux de la fille s'agrandirent. "Ohmondieu... vous êtes la nouvelle assistante de Dar Roberts !"

La jeune femme blonde se força à sourire. "Ok alors... allez-vous me dire que je suis courageuse, ou bien que je suis stupide ?"

Un sourire apparut sur le visage de la brune, et elle se pencha plus près. "J'allais dire que vous aviez de la chance." Elle fit un clin d'œil à Kerry, puis retira le paquet qui fumait doucement hors du micro-ondes et le posa sur une petite assiette qu'elle avait apportée avec elle. "Tout le monde ne pense pas que Dar est une mauvaise chose, vous savez."

Kerry fut contente de l’entendre et même un peu surprise. "Et bien... c'est agréable à entendre parce qu'il se trouve que je l'aime bien." Elle se laissa aller à rire. "Et ça a été mortel de voir tout le monde me regarder comme si j'avais perdu la tête."

"Vous l'aimez bien, hein ?" Mary se mordit la lèvre inférieure et rit doucement. "C'est intéressant... je pensais que vous veniez de chez Associated... ils ont presque tous été virés, vous savez."

Des yeux verts océan l'étudièrent. "Oh oui, je sais." Répliqua Kerry calmement. "J'étais là quand elle a trouvé un moyen de changé la donne."

"Vraiment ?" Mary posa une serviette sur l'assiette. "C'est bon à savoir... ravie de vous avoir rencontrée, Kerry... je dois rapporter ce tamale au chef avant qu'il ne casse tous ses crayons."

Kerry regarda le paquet qui était enroulé dans ce qui ressemblait à des enveloppes de maïs. "Ravie de vous avoir rencontrée aussi... à plus tard." Elle s'interrompit. "Oh... que fait votre chef ?"

Mary se retourna au moment où elle passait la porte. "Du marketing pour les Caraïbes... à bientôt." Elle disparut dans le couloir, et Kerry regarda le mur pensivement avant de ramené son café dans son bureau.

Son bureau. Elle sourit, tout en se tenant simplement le dos contre le mur et en regardant par la fenêtre. "Ah, et bien... au boulot." Elle posa sa tasse et reprit sa lecture. Elle y était tellement absorbée qu'elle n'entendit pas la porte de derrière s'ouvrir, ni que quelqu'un approchait, jusqu'à ce qu'une main touche son bras, et qu’elle sursaute. "Whoa !"

Dar s'assit sur le bord du bureau de la jeune blonde, et la fixa, avec une expression énigmatique. "Bonjour."

"Oh... bonjour... désolée... je ne vous ai pas entendu arriver... j'étais..." Kerry fit un geste vers l'écran. "J'essayais de passer à travers de tout ces trucs que vous m'avez transmis... je les ai triés en quelque sorte entre information et action... quoi ?" Elle remarqua que Dar lui souriait. "Ce n'était pas ce qu'il fallait faire ?"

"Vous savez, Kerry... ils disent que la première impression que vous faites vous colle à la peau dans cette Société." Déclara Dar. "La mienne... et bien, j'ai dit à Lester Roesenthal qu'il pouvait aller se faire foutre, et ça m'a en quelque sorte poursuivie pendant des années."

"Vraiment ?" Kerry était intriguée.

"Mmmm... alors... savez-vous quelle sera votre première impression ici ?" Demanda Dar, ses yeux bleus clouant Kerry dans sa chaise.

"Euh... non." Répondit Kerry nerveusement. "Mais vous allez me le dire, n'est-ce pas ?"

"Oh... oui... vous serez connue comme la petite nouvelle qui est entrée ici à son premier jour, s'est assise, s'est connectée, et a remis sur pied un système complètement hors service."

Kerry se pétrifia et la fixa. "Euh... je n'ai pas fait ça."

Dar pinça les lèvres et hocha sobrement la tête. "Vous êtes KSTUART01, n'est-ce pas ?"

"Hum... oui." Une réponse hésitante. "Oh... Mon Dieu... cette commande Netview... oh, Dar, ne me dites pas que personne d'autre n'avait pensé à ça, c'est ridicule." Protesta Kerry. "C'est basique !"

Une douce étincelle apparut dans les yeux très bleus de Dar. "Mmmm. le problème avec nous les cinglés de l'informatique, c'est que parfois lorsque les choses vont de travers, on oublie de regarder d'abord les choses simples. On va directement aux trucs compliqués." Elle tapota la joue de Kerry. "Ils ont fait un chargement maître hier soir, et ont oublié de mettre le système en mode console - ça inactive toutes les unités logicielles de sorte que les nouveaux programmes se mettent en place sans être utilisables."

"Vous n'êtes pas une de ses cinglées de l’informatique." Objecta Kerry, consciente qu'elle rougissait à vue d’œil. "N'est-ce pas ?"

"Bien sûre que j'en suis une, et vous aussi." L'informa joyeusement Dar. "Bon travail, Kerry... vous avez validé vous-même mon choix d'assistante, vous avez démarré votre propre petite légende dans le même temps, et je n'ai même pas eu à faire quoi que ce soit."

Kerry se cantonna à la chaude approbation, s'y trempant avec un plaisir timide. "Merci... mais ce n'était pas mon intention." Son visage se tordit dans un sourire ironique. "Quelle façon de démarrer, hein ?"

Dar se massa la nuque et rit doucement. "Il y a des façons pires que celle-là... écoutez, il est presque midi. Descendons prendre quelque chose, puis je vous ferai faire une visite." Elle jeta un coup d'œil à la tasse de Kerry. "Je vois que vous avez trouvé la cuisine sans problème."

Kerry hocha la tête. "Oui... belle installation... j'aime les micro-ondes parce que j'apporte habituellement un petit plateau de trucs surgelés pour le déjeuner."

Un sourcil noir se haussa. "Nous avons une cafétéria." Remarqua Dar, rapidement. "Mais si vous préférez cette nourriture en boîte, bien sûr... allez-y. On vous demande de ne pas faire trop cuire les bâtonnets de poissons, néanmoins... ça prend des semaines pour faire disparaître l'odeur."

"Vous... est-ce que la cafétéria est votre choix pour déjeuner ?" Demanda Kerry. "Je veux dire... Dieu, ça sonnait drôle... ce que je veux dire, c'est, est-ce que c'est bon ? Beaucoup ne le sont pas." Elle fit la grimace. "Quand je pense aux cantines, je pense à celle de la fac... beurk."

Dar hocha la tête. "La mienne aussi." Admit-elle. "J'ai fini par manger essentiellement des glaces et des cheeseburgers pendant quatre ans."

Kerry rit d'un air désabusé en se levant. "Des pizzas et des sandwiches... je ne peux toujours pas supporter la vue d'une pizza surgelée." Elle suivit Dar hors du bureau, vers l'ascenseur. "Je présume que c'est différent aujourd'hui, hein ?" Commenta-t-elle alors que les portes s'ouvraient et qu'elles entraient dans l'ascenseur complètement vide.

"Nan." Confessa Dar d'un air un peu penaud. "Cheeseburger, frites, et milkshake, c'est toujours un de mes repas préférés."

Kerry jeta un œil à la silhouette fine, et cligna des yeux. "Vous n'en avez pas l'air en tout cas... vous devez faire de la musculation à fond, alors."

La grande femme expira doucement. "Ça prend un bon moment de mon temps libre, oui." Déclara-t-elle. "C'est un moyen de faire disparaître la frustration, aussi." Elle attendit que les portes s'ouvrent, et sortit au deuxième étage, puis elle conduisit Kerry jusqu'à une double-portes desquelles leurs parvinrent des odeurs alléchantes.

La jeune femme blonde regardait avec étonnement son nouveau chef demander tranquillement le plat du jour, qui consistait en boulettes de viande et pommes de terre sautées, puis ajouter un verre de lait à son plateau, en même temps qu'un morceau de gâteau. Elle soupira et choisit une salade et un verre de jus de pamplemousse; elle suivit ensuite Dar vers une table dans un coin. "J'ai l'impression que tout le monde me regarde." Murmura-t-elle alors qu'elles déposaient leurs couverts.

"C'est le cas." Répliqua Dar avec désinvolture. "Vous êtes la nouvelle... quelque chose d'aussi excitant n'est pas arrivé depuis qu'un L1011 qui passait au-dessus a lâché un panneau publicitaire qui s'est écrasé au milieu de l'atrium."

"Tch... Dar !" Protesta Kerry, en mordillant un morceau de jambon. "Je suis sérieuse."

Les yeux bleus la regardèrent par-dessus une fourchette pleine de pommes de terre. "Moi aussi." Répliqua-t-elle honnêtement. "J'ai un poste haut placé, tout le monde sait qui je suis, alors lorsque je prends une assistante, ce qui n'était pas encore arrivé... c'est une grande nouvelle par ici." Une pause. "Je vous avais avertie à ce sujet, n'est-ce pas ?"

Kerry soupira. "Oui... vous l'avez fait." Elle leva les yeux, secrètement étonnée de l’aisance avec lequel elles se comprenaient toutes les deux. "Avez-vous trouvé l'endroit où nous nous sommes probablement déjà rencontré ?"

Dar mordit sa fourchette, en réfléchissant. "Nan." Elle secoua la tête. "Je sais que ce n'est pas à l'école... j'ai trop déménagé en grandissant et jamais près du Michigan... et je suis allée à l'université de Miami, alors c'est exclus." Elle haussa les épaules. "Quoi qu'il en soit, comment va votre nouveau job ? J'ai vu que vous aviez lu une partie du courrier... j'ai une petite liste de projets que je voudrais vous voir reprendre."

Elles passèrent le reste du déjeuner à parler boulot, et Kerry eût une meilleure idée de ce qu'elle ferait. Ça semblait à moitié excitant, à moitié terrifiant, et elle espérait avoir une chance de faire quelques essais avant de commencer à prendre le genre de décisions que Dar attendait d'elle. La cadre déclara, clairement, qu'elle était incroyablement occupée, et qu'elle ne pouvait pas prendre le temps de faire du baby-sitting, alors Kerry devrait ne compter que sur elle-même, et dépendrait de son propre jugement.

"C’est un peu effrayant." Mentionna-t-elle alors qu'elles prenaient leurs plateaux et les déposaient dans la zone de ramassage. Un homme grand se tourna à moitié et les regarda passer, et Kerry ne put s'empêcher de remarquer la haine dans ses yeux lorsqu'il regarda Dar. Elle attendit que les portes de l'ascenseur se referment avant de poser la question, cependant. "Qui était ce grand homme, un peu chauve ?"

"Peter Weyrhousen." Répliqua Dar. "C'est le responsable des contrats avec le gouvernement."

"Je crois qu'il ne vous aime pas trop." Déclara Kerry à regret.

"Mm... en fait, il me déteste." La corrigea Dar. "Ces deux contrats que j'ai donnés à Associated venaient de sa zone."

"J'ai horreur de penser que c'est de ma faute s'il a des ennuis." Murmura Kerry.

Dar la surprit en riant. "Ne vous inquiétez pas de ça... ces deux contrats étaient un cadeau pour moi, personnellement, de la part du Général Easton... il ne les aurait pas eus de toute façon."

Kerry décida qu'elle avait un rire agréable. Il était bas, une sorte de rire profond, qui allumait habituellement une petite lueur malicieuse dans ses yeux, et c'était plutôt charmant à voir.

Dar lui fit faire le tour, la présentant à divers responsables de département, qui tous disaient un poli et substantiel 'bonjour, content de vous rencontrer' agrémenté d’un espèce de faux sourire, dont vous saviez qu'il disparaissait aussitôt que vous aviez le dos tourné. Et c'était vrai parce que Dar lui servit des commentaires acerbes sur chacun d'eux après leur départ.

Une visite complémentaire du quatorzième étage s’en suivit. C'était un étage plus carré que rectangulaire, avec de grands bureaux comme celui de Dar à chaque coin. Le bureau de Dar se trouvait au coin nord-est, et les trois autres étaient partagés entre des cadres du même niveau qu'elle. Au coin sud-est se trouvait le bureau de Lou Draefus, le vice-président des finances que Dar appelait Duks, puis au sud-ouest, John Dierhdohl, vice-président des nouveaux comptes-clients. Le coin nord-ouest contenait l'espace voyant d'Eléanor Anastasia, chef de la division Marketing et Solutions d'entreprises.

Depuis que Dar était en charge des opérations, sa petite aile incluait le groupe GIS, où Mark Polenti avait créé son refuge, le groupe de sécurité, le soutien de réseau et la division d'analyse, et aussi la petite armée du personnel chargé des infrastructures qui travaillait sur la fourniture de ressources, à la fois en interne et en externe. Dar était en charge de tout ce qui allait de la mise en place de nouveaux circuits pour le bâtiment, aux installations (incluant l'air conditionné, on dirait), jusqu'à la surveillance de l'énorme réseau privé intranet, qui desservait tous leurs clients pour la connexion et le traitement des données. Si la division des ventes faisait un nouveau client et lui promettait dix-sept lignes T1 avec une sécurisation instantanée (NDLT : T1 lines = Lignes numériques de grande capacité réservées aux entreprises), le groupe de Dar s'occupait de l'achat et de la création des circuits, puis de leur installation et de leur maintenance. Si le contrat prévoyait également une demi-douzaine d'ordinateurs de type AS400, le groupe de Dar en faisait l'achat, les programmait, les installait, et en faisait la maintenance.

C'était, et Kerry s'en rendit vite compte, le cœur de la société, et maintenant elle avait une bonne idée de la raison pour laquelle Dar se trouvait dans cette position privilégiée. Personne ne voulait la mettre en colère, parce que tout le monde dépendait d'elle pour que le travail soit fait.

Elle le mentionna à Dar lorsqu'elles revinrent dans le bureau de cette dernière, et cela lui valut un sourire ironique d'approbation en retour. "Je savais que j'avais pris la bonne décision." Dit Dar calmement. "Il y a des gens qui travaillent ici depuis des années et qui n'ont même pas encore compris ça."

Kerry se sentit plutôt fière, à son premier jour.

Elle comprit autre chose. Le titre de Dar, et ce qu'elle faisait, étaient deux choses différentes. Elle était en charge des opérations, certes, mais elle fonctionnait en réalité comme la réparatrice de problèmes de la compagnie. S'il y avait le feu, on envoyait Dar, parce qu'au bout du compte, elle savait simplement quoi faire, et elle le faisait, sans aucun égard pour les sentiments de quiconque, ni des protocoles, ou quoi que ce soit d'autre.

Pas étonnant que tout le monde la haïsse. Si Dar Roberts débarquait dans votre zone, ça voulait dire que vous aviez vraiment fichu quelque chose en l'air, et elle était là pour vous tirer d'affaires. Ce n'était pas un sentiment agréable, réalisa la blonde, en s'asseyant à son bureau, tout en examinant le reste de ses nouveaux projets. Ça voulait aussi dire que Dar était surchargée de travail et ça de manière impossible, et Kerry soupçonnait que cela ajoutait aussi à sa réputation... elle n'avait simplement pas le temps d'être agréable. Elle devait y aller, prendre une décision, et en sortir pour pouvoir passer à une autre crise.

Dar lui avait dit qu'elle lui donnerait environ dix pour cent des projets en cours. Il y avait vingt-deux projets sur la liste de Kerry en ce moment.

Dix pour cent. Comment diable cette femme trouvait-elle le temps de dormir ?

Elle présuma qu'elle le saurait bien assez tôt.

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Message  Alyss Mer 8 Juin - 6:24


Chapitre 22



Dar regarda les étoiles apparaître au-dessus de l'océan à travers sa fenêtre, et s'appuya sur le bureau, contente de savourer quelques instants de paix à la fin de cette très longue et très exaspérante journée.

Qui aurait été encore plus longue, et encore plus exaspérante si Kerry n'avait pas fait son tour de magie ce matin, en résolvant cet énorme problème, rendant tout le reste seulement mauvais et pas désastreux.

Maria entra, son sac à main jeté par-dessus l'épaule, pour lui souhaiter une bonne soirée. "Vous êtes en retard, Maria." Dit Dar calmement.

"Aye... et que devrais-je dire de vous ?" Répondit la secrétaire en marchant vers elle pour se tenir de l'autre côté du bureau de son chef. "La secretarita du bureau de votre docteur n'a qu'un trou dans l'agenda, c'est jeudi à 14 heures, j'ai pris, ok ?"

Dar ignora le martèlement dans sa tête et sourit. "C'est bien... je pense que j'ai un rendez-vous jeudi matin, puis un déjeuner avec John D et son équipe, alors ça me laisse l'après-midi de libre." Elle s'interrompit. "Journée plutôt rude, hein ?"

Maria se percha sur un coin du bureau. "Cette pauvre petite nouvelle chiquita... elle a l'air très gentille, Dar." Son visage avait l'air troublé. "Je m'inquiète que ces gens ne la dévorent tout cru."

"Nan." La brune derrière le bureau secoua la tête. "Elle est coriace... avez-vous vu le visage de Jack lorsqu'il a fait irruption et a dit que le réseau s'était mystérieusement relevé ? J'ai dû vérifier les entrées pour voir ce qui s'était passé... et lui dire que ma toute nouvelle et inexpérimentée assistante, pas encore mûre, avait résolu le problème sur lequel ses techniciens de réseau avaient travaillé pendant douze heures... Dieu..." Dar rit. "Ma journée était gagnée."

Maria la fixa, le visage anguleux dessinant un faible sourire étonné. "Vous l'aimez bien, cette petite chiquita ?"

"Je pense qu'elle a beaucoup de talent et de potentiel, oui." Répondit Dar.

"Ah, ah, ah..." Maria remua un doigt. "Non, non... vous l'aimez bien."

Un moment de silence, alors que la lumière à l'extérieur diminuait, et laissait Dar pratiquement dans l'ombre. La cadre sembla se poser cette même question à elle-même. "Oui... oui, je l'aime bien. Pourquoi ?"

La femme plus âgée soupira. "Je travaille pour vous depuis cinq ans et je n'ai jamais vu personne d'autre vous faire autant sourire." Elle s'interrompit. "C'est bien."

Dar fut imperceptiblement étonnée par cette observation, d'autant plus qu'elle se rendait compte que c'était vrai. "Je... je suppose que c'est juste bon d'avoir quelqu'un d'assez brillant pour comprendre ce qu’il y a faire... pas comme les dernières andouilles à qui j’ai tenté de confier ce poste."

"Aye... c'est vrai." Maria approuva tranquillement, toujours en la regardant. "C'est bien... j'espère qu'elle fait de la musculation." Elle fit un signe de la main. "Bonsoir, Dar."

La femme brune hocha la tête de manière absente. "Bonsoir, Maria... à demain." Elle entendit le cliquetis de la porte qui se refermait, puis elle se retourna dans sa chaise et s'appuya contre le dossier, les doigts joints en pointe, regardant la lune se lever. Elle était énorme, et accrochée à l'horizon comme une lanterne d'été, envoyant une rivière ridée de lumière par-dessus l'océan presque calme. "Je l'espère aussi, Maria... vraiment."

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Message  Alyss Mer 8 Juin - 6:31


Chapitre 23



"Ok, je pense que ça va marcher... mais pouvons-nous utiliser ce processeur pour autre chose pendant les heures creuses ?" Demanda Kerry en jouant avec un crayon, qu'elle poussait contre la surface de son bureau en le retournant. "Je sais que le groupe bancaire cherche des tranches horaires supplémentaires en milieu de journée... pourrions-nous l'utiliser à ce moment-là ?" Elle écouta la réponse, puis sourit et inscrivit une note sur son organiseur. "Bien... ok, alors je vais les appeler et leur faire savoir qu'ils peuvent compter sur vous pour ça." Une pause. "Bien sûr... le gain ira sur votre budget."

Une voix satisfaite résonna au téléphone. "C'est agréable de travailler avec vous aussi... oui, c'est ça, Kerry Stuart, des Opérations, et bien, merci... je ferais de mon mieux... bonsoir."

Kerry se remit au fond de son fauteuil et poussa un soupir de satisfaction. "Ça a marché." Elle gribouilla quelques mots dans son calepin puis ajusta plusieurs éléments dans la feuille de calcul sur son écran, la recalculant, puis envoya une copie à Dar, et aux deux départements qu'elle venait juste de réconcilier. C'était un sentiment agréable... elle commençait en fait à faire des choses concrètes, après deux jours et elle considérait finalement qu'elle méritait l'augmentation de salaire qui venait avec son nouveau poste.

Ça avait été un choc... elle ne s'était pas inquiétée de le vérifier dans le système central lorsque Dar l'avait engagée, se disant que son nouveau chef garderait simplement son salaire au niveau où il avait été chez Associated. Les indemnités de licenciement qu'elle avait obtenues avaient été bien meilleures que prévu, après tout, et elle s'en était contentée.

On l'avait payée pour la première fois la veille, et elle avait appelé la banque, pensant en fait que ça devait être une erreur. Non, pas d'erreur, lui avait-on assuré, le transfert était correct. Alors elle s'était connectée plus tard, et avait vérifié son dossier d'employée, passant plusieurs minutes à fixer simplement l'écran avec une pure incrédulité. Pas qu'elle ait été dans le besoin avant, mais le complément lui avait simplement permis de sortir, et de dépenser un montant très satisfaisant pour améliorer à la fois l'ordinateur chez elle et son portable. "Vroum, vroum." Elle avait regardé la nouvelle boîte démarrer avec joie. "Je pense que je suis une idiote." Puis elle avait ri doucement en s'écoutant parler.

Elle était aussi sortie pour choisir une jolie tasse, fabriquée dans un bois vernis incassable, et l'avait rapportée pour Dar, qui avait fracassé la sienne contre le mur le jour précédent. Casser des tasses n'était pas nouveau pour la grande femme, elle l'avait appris de Maria, et la secrétaire conservait une provision de tasses uni de couleur bleu royal, pour remplacer celles qui étaient abîmées. Dar avait jeté un coup d'œil à son cadeau, puis lui avait lancé 'ce regard' et avait ri un peu en roulant les yeux, reconnaissant la gentille taquinerie envers son tempérament.

Kerry avait décidé qu'elle aimait vraiment Dar, en dépit de ses sautes d’humeurs, et de l'état permanent de conflit qui semblait exister autour de son antre. Elles avaient passé pas mal de temps ensemble, se glissant dans une relation de travail plutôt agréable alors que Dar lui passait de plus en plus de responsabilités. Elle avait fait quelques erreurs, bien sûr, mais Dar lui avait assuré que c'était des erreurs intelligentes, et elle avait juste un peu crié.

Ça avait été surprenant, cependant, de voir à quel point cela lui avait fait mal. Elle avait eu le sentiment d'avoir trahi Dar, et elle était sortie sur le petit balcon qui faisait le tour du quatorzième étage, fixant l'océan pendant un moment pour se remettre. Puis elle avait carré les épaules et était revenue à l'intérieur, se jetant sur les projets suivants, mais pas avant d'avoir trouvé un muffin aux pépites de chocolat au milieu de son bureau, une offre de paix que Dar savait qu'elle ne pourrait pas refuser.

Cette femme savait assurément bien ce qu'elle faisait dans ce domaine... elle tentait constamment Kerry avec toutes sortes de bonnes choses à manger, et elle avait constaté qu'elle avait très peu de volonté lorsque Dar était concernée... elle envisageait de prendre l'escalier au lieu de l'ascenseur le matin pour compenser le sabotage alimentaire de sa patronne.

Cet après-midi tout était calme, cependant, depuis que Dar avait quitté le bureau pour se rendre à un rendez-vous quelconque, et elle décida d'essayer de terminer deux projets qu'elle avait en main, puis de voir si Maria avait quelque chose dont Dar aurait voulu qu’elle s’occupe.

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Message  Alyss Mer 8 Juin - 6:48


Chapitre 24


Dar avait décidé, il y a bien longtemps, que tout le monde avait naturellement horreur d'aller chez le médecin. Elle savait qu'elle n'était pas la seule dans ce cas, et elle soupçonnait que cela avait plus ou moins à voir avec la perte de dignité personnelle plus qu'autre chose. Elle ferma les yeux, et essaya de faire appel à un peu de patience pendant qu'elle était assise dans la salle d'examen, habillée d'une blouse qui faisait la moitié de la taille d'une serviette de cocktail.

La porte s'ouvrit, heureusement, et le Dr Steve entra. C'était un homme âgé d'une soixantaine d'années, avec un visage aimable et doux. "Bien, bien... regardez qui voilà."

Dar soupira. "Bonjour, Dr Steve." Elle réussit à empêcher un sourire espiègle d'apparaître sur son visage. L'homme plus âgé était le médecin de sa famille depuis des années, et il la traitait toujours comme une adolescente.

Il prit son stéthoscope et le posa sur son dos, puis sur sa poitrine, écoutant avec cette manière omnisciente et agaçante développée par la plupart des médecins. "Respire."

Elle obéit, fléchissant un peu le bras contre la douleur du retrait de trois tubes de sang.

"Ok, allonges-toi." Le Dr Steve commença à l'examiner doucement, ses doigts étaient fermes et professionnels alors qu'il tapotait et palpait. "Tu as un bleu là."

"C'est la gym." Dit Dar en mentant. Un des agresseurs de Kerry lui avait porté un coup chanceux.

"Mm." L'homme plus âgé passa les doigts avec précaution le long de son cou, en roulant sa tête d'un côté puis de l'autre. "Plutôt raide."

"C'est une partie du problème, je pense." Reconnut la brune d'un air désabusé. "C'est l'endroit où la douleur commence habituellement."

"Oui, oui... comment dors-tu ?"

Un haussement d'épaules. "Pas mal... comme d'habitude."

"Oh... alors toujours des nuits de quatre à cinq heures, hein ?" Fit remarquer le Dr Steve sèchement. "Tu te rendrais service si tu te laissais aller à une ou deux heures de plus."

Dar expira. "J'ai essayé... je ne peux simplement pas m'endormir... et si je le fais, je me réveille tôt."

L'homme s'appuya sur ses mains et l'étudia. "Non... tu n'as jamais pu... ton papa était pareil." Il soupira. "Comment te sens-tu autrement ?" Il posa son stéthoscope sur sa poitrine et écouta. "Des fibrillations ? Tu perds le souffle parfois ?"

Dar y réfléchit. "Non... pas que j'ai remarqué." Répondit-elle lentement. "Lorsque la douleur est vraiment présente, je suis plus consciente des battements de mon cœur... c'est comme si ça causait des pulsations dans ma tête."

"Mm... c'est normal." Lui dit le Dr Steve. "Assieds-toi."

Dar le fit, levant une main pour la passer dans ses cheveux. "Alors... qu'est-ce qui m'arrive... je suis mourante ?" Le commentaire sur son cœur l'avait rendue un peu nerveuse et cela se voyait. Sa bouche était sèche, et elle déglutit de manière inconfortable en attendant sa réponse.

Le docteur écarquilla les yeux. "Si tu l'es, tu es la personne mourante possédant la meilleure santé que j'ai jamais examinée." Il s'appuya contre le mur de la petite pièce. "Ta pression sanguine est un vrai bazar, Dar... le nombre de tes globules blancs est bas, chaque indicateur de stress que nous connaissons est élevé, et je suis un peu inquiet au sujet des quelques trucs que j'ai vus dans ta tension artérielle. Je t'ai pris un rendez-vous à l'institut de cardiologie de Miami pour un électrocardiogramme... non... ne discutes pas, d'accord ? Ménages-moi... je suis un vieil homme, Dar... je pense que tu en as vraiment besoin."

Dar laissa tomber sa tête, et expira. "Je n'ai pas le temps, Steve..."

Il tendit doucement la main et lui releva le menton pour qu'elle le regarde en face. "Tu n'as pas le temps de ne pas le faire, ma jolie... allons, ils ne sont pas trop occupés aujourd'hui, ça va te prendre une heure, et puis tu pourras me dire que tu me l'avais bien dit, ok ?"

"Une heure, hein ?" Elle hésita, puis accepta. "D'accord... mais je pense que vous faites fausse route."

"Oui, oui... et toi, tu l'as eu où, ton diplôme de médecine ?" Demanda l'homme d'un ton sarcastique. "Bien entendu, nous pourrions te dispenser de tout ça si tu acceptais simplement mon conseil, prenais une semaine de vacances, et allais traîner dans les keys ou quelque part avec le bateau."

Une expression roublarde passa dans des yeux bleu clairs. "Oh... alors tout ce que j'ai à faire, c'est être d'accord pour prendre des vacances et je n'ai pas à aller à l'Institut ?"

Le Dr Steve remua un doigt vers elle. "Oh non... toi petite rusée... je te connais, tu vas être d'accord, et puis tu n'en prendras pas pendant deux ans." Sa voix s'adoucit. "Dar... s'il te plaît... je déteste te voir t'infliger ça." Il pencha la tête. "Ça ne va pas s'améliorer, ma chérie... ça va juste empirer, à moins que tu ne commences à ralentir."

Dar garda le silence pendant un moment, puis hocha finalement la tête. "Très bien ... j'ai capte le message. Je vais m'arranger... d'une manière ou d'une autre... pour prendre quelques jours de vacances." Elle s'interrompit. "Entre-temps, pouvez-vous me donner quelque chose pour ces maudits maux de crâne ? J'ai pris des cachets sans ordonnance, mais..."

L'homme hocha la tête. "Tu vas à l'Institut, je te donnerai une ordonnance pour une combinaison de calmant et de décontractant musculaire... ça devrait t'aider. Marché conclu ?"

Dar hésita puis capitula. "Conclu... écoutez, je sais que je me sens minable... je me suis même pris une assistante. Est-ce que vous croyez ça ?"

"C'est vrai ?" Le Dr Steve leva les yeux, avec un sourire étonné. "Tu as trouvé quelqu'un qui te supporte ? Sainte Vierge... c'est un miracle." Il rit à la vue de l'expression sur son visage. "Ça doit être un saint."

Un sourcil sombre dressé. "Une sainte." Dar sentit ses lèvres former un sourire bien malgré elle.

Un sourcil grisonnant se leva. "Ah... je vois." Il tapota doucement son genou. "Il faudra que tu me présente à cette jeunette des temps modernes un de ces jours."

Dar grogna. "Allons... je ne suis pas si méchante... Kerry s’entend tout à fait bien avec moi... c'est une gentille petite." Un autre sourire.

Le Dr Steve se pencha en arrière et la regarda avec sagesse. "Si elle te fait sourire comme ça, elle doit être gentille." Il la taquina, regardant une légère rougeur colorer sa peau. "Maintenant je veux vraiment la rencontrer."

"Et bien, je ferais mieux de m'habiller et de sortir d'ici, si je dois traverser toute la ville." Dar ignora la taquinerie. "J'ai encore des trucs à faire au bureau." Elle sauta de la table et attrapa ses vêtements, et l'ordonnance que le docteur lui tendait. "Merci, Dr Steve."

Il se leva et tapota son bras. "C'était bon de te revoir... je t'appellerai quand j'aurai les résultats du test de ton électro, ok ?"

"D'accord." Dar soupira avec résignation. "J'y vais."

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Message  Alyss Mer 8 Juin - 7:01


Chapitre 25


"Hello, Maria." Kerry se glissa par la porte et fit un sourire à la femme plus âgée.

La secrétaire leva les yeux de sa tâche. "Aye... chica... entrez." Elle fit un geste de la main pour inviter Kerry à entrer, et tapota la chaise à côté de son bureau. "Qu'est-ce que vous avez donc fait ? J'ai entendu deux personnes dans la salle de déjeuner dire des choses très gentilles sur vous."

Kerry se laissa tomber dans la chaise avec obéissance. Ça avait pris un jour ou deux pour qu'elles se testent avec précaution, mais elle sentait que Maria et elles avaient décidé qu'elles s'aimaient bien. Apparemment, Maria avait senti que Dar avait besoin d'aide depuis un moment, mais elle craignait l'habituelle parade de postulants, qui avaient tendance à traiter la secrétaire comme... et bien... comme une secrétaire. Kerry avait pris les repères de Dar, et accordait un haut degré de respect à la femme plus âgée, faisant appel à elle aussi souvent que possible. "Oh... ceci-cela... j'essaie de finir le plus possible de tâche sur ma liste... vous savez." Elle sourit. "Y a-t-il quelque chose de brûlant dont il faudrait s'occuper pendant que la patronne n’est pas là ? "

Maria roula les yeux. "Quand n'y a-t-il rien de brûlant ?" Elle tendit un dossier à Kerry. "Vous pourriez jeter un coup d'œil à ceci... le Service Client l'a envoyé et mis directement sur mon bureau."

"D’accord." Kerry le prit, puis elle jeta un coup d'œil autour d'elle. "Est-ce que Dar revient aujourd'hui ?"

Maria regarda autour d'elle également, bien qu'elles fussent toutes les deux seules. "Si... elle est supposée revenir... mais elle est chez le docteur."

Les yeux verts s'agrandirent un peu. "Juste un check-up, ou..."

La secrétaire hésita, déchirée entre sa connaissance de la nature très privée de Dar, et son besoin de partager ses inquiétudes. "Ce sont ces maux de tête... ils sont si mauvais, elle est allée les faire vérifier." Dit-elle finalement. "Mais, shhh. Elle n'aime pas en parler."

"Mm..." Kerry hocha lentement la tête. "Ouais... j'ai remarqué qu'elle prend beaucoup d'aspirine... mais son job suffirait à donner un mal de crâne à un rocher."

"Aye." Maria soupira. "C'est bien que vous l'aidiez... c'est terrible comme ils attendent beaucoup d'elle."

Elles sursautèrent toutes les deux lorsque la porte s'ouvrit et que Dar se glissa à l'intérieur, leur lançant un regard de douce surprise. "Bonjour." Marmonna-t-elle en traversant le bureau extérieur pour ouvrir sa propre porte. "Y a-t-il quelque chose ?"

Kerry et Maria échangèrent des regards d'appréhension. L'attitude de Dar était las et rembrunit, et ses yeux bleus manquaient de leur étincelle habituelle. "Hum..." Kerry se leva et montra le dossier. "Juste un truc du service à la clientèle... j'allais m'en occuper."

Dar la regarda un moment, luttant avec sa conscience, puis elle fit un signe de tête vers la jeune blonde. "Parfait." Elle se retourna et entra dans son bureau, posant sa mallette et se laissa tomber dans sa chaise. Au lieu de regarder son écran, cependant, elle retourna son siège et regarda par la fenêtre la lente course des nuages au-dessus de l'horizon à l'est. L’électrocardiogramme l'avait secouée. Pas parce qu'elle se sentait mal pendant qu'elle le passait... non. Mais les employés s'étaient massés au-dessus des écrans, et lui avaient lancé des regards inquiets tout le temps où elle était sur le tapis. Et les résultats avaient disparu du moment où elle eût terminé, pour être 'vus par un spécialiste', selon les termes d'une jeune et jolie infirmière qui avait patiemment retiré les fils collés sur elle.

Dar se sentait déconcertée et une douce anxiété serrait sa poitrine, elle haïssait l'incertitude par-dessus tout. Qu'allaient-ils trouver ? Et s'ils trouvaient quelque chose... que ferait-elle ?

Un léger coup frappé à la porte lui fit regarder autour d'elle. "Oui ?" La porte s'ouvrit en partie et Kerry pointa sa tête blonde à l'intérieur. Dar expira et leva une main, lui faisant signe d'entrer. Il n'y avait pas de raison de passer ses nerfs sur la petite, n'est-ce pas ? "Entrez."

Kerry obéit, traversant le sol moquetté et s'installa dans la chaise en face du bureau de Dar, le fichier serré dans ses deux mains. Elle avait l'air étonnamment nerveuse. "Hum..." Elle prit une inspiration. "Tout va bien ?"

Dar la gratifia d'un sourire ironique. "Est-ce que tout le monde dans le bâtiment sait où j'étais ?"

"Non... juste nous, je présume." Kerry voulait visiblement dire Maria et elle. "N'en veuillez pas à Maria de me l'avoir dit... elle s'inquiète juste pour vous."

Prise entre l'agacement et l'embarras, Dar roula les yeux par compromis.

"Hum... oubliez que j'ai posé la question." Déclara Kerry avec hâte. "Sujet suivant... je pense que tout le machin de Tucson va marcher... le département des infrastructures a été capable de mettre en œuvre le circuit T3 à temps, ils attendent maintenant que les installateurs arrivent (NDLT : T3 = il s'agit d'un circuit "public" à haut débit, c.-à-d. entre deux commutateurs des opérateurs du réseau et pas interne à l'entreprise.)."

"C'est bien... j'avais peur qu'ils n'aient fichu celui-là complètement en l'air... est-ce que vous les avez harcelés jusqu'à ce qu'ils aient fini ?"

"Et bien, pas vraiment... j'ai juste parlé au client en quelque sorte, et obtenu quelques concessions des gestionnaires de son immeuble pour que ça leur soit plus facile." Expliqua Kerry calmement.

"Bon travail." Dit Dar, puis elle hésita. "Kerry ?" Les yeux verts se levèrent et croisèrent les siens. "Je vais bien... merci de le demander."

Kerry cligna des yeux. "Je sais que vous n'aimez pas que les gens se mêlent de vos affaires personnelles." Déclara-t-elle doucement. "Je ne voulais pas être indiscrète, ou quoi que ce soit... je suis contente que tout aille bien."

Dar ressentit un petit regret à entendre les excuses de la jeune blonde. "Je... hum... ça ne me dérange pas, si c'est Maria... ou vous... je n'aime simplement pas que tout le monde soit au courant." Elle lança un sourire désabusé à Kerry. "Vous seriez surprise de ce qui peut passer pour des ragots juteux par ici."

"Ah." Kerry hocha la tête avec une compréhension soulagée. "Compris... ainsi, si quelqu'un soupçonnait que vous êtes malade, il essaierait d'en tirer avantage."

"Exactement."

"Dar, ça craint."

Cela lui valut un autre sourire désabusé. "Et bien... je ne peux pas dire que je ne suis pas d'accord, et je ne suis pas moi-même quelqu'un qui papote, mais c'est un élément de la vie ici."

Kerry serra les lèvres et hocha la tête. "Je comprends." Elle s'interrompit, puis leva les yeux, étudiant le visage de Dar à moitié dans l'ombre. "En tout cas, je suis contente que tout aille bien."

Un faible soupçon d'interrogation dans sa voix. Dar se pencha en avant et reposa les bras sur son bureau. "Plutôt." Admit-elle. "Fondamentalement, on m'a dit que je devrais prendre des vacances et ne pas travailler si dur." Elle haussa les épaules. "Comme d'habitude." Elle repoussa le souvenir de l’électrocardiogramme, décidant que sa jeune assistante n'avait pas besoin de connaître cette information, du moins pas jusqu'à ce que quelque chose de mauvais soit confirmé. Après ça...

Dar ne voulait pas penser à après. "On m'a donné des médicaments pour les maux de tête, et voilà."

Kerry absorba ce qu'elle venait de dire. "Alors... quand avez-vous pris des vacances pour la dernière fois ?" Demanda-t-elle avec curiosité. "Je sais que les miennes datent un peu... je suis allée quelques jours sur Marco Island." Ça avait été une excursion amusante, elle et quelques autres d'Associated avaient loué une petite maison sur la côte ouest de la Floride, et avaient passé du temps à chercher des coquillages et à traîner sur la plage.

Dar se concentra. "Hum... je pense que les miennes, c'était... du ski dans le Colorado." Se souvint-elle. "Environ une semaine... j'ai fini par rencontrer la plupart des arbres à Aspen de très, très près." Elle rit doucement. "J'ai fini par m'en sortir le dernier jour... mais je n'y suis pas retournée depuis."

"Ça a l'air amusant... j'ai skié plusieurs fois... mais je ne suis pas très douée." Confessa Kerry avec un sourire. "J'ai rencontré un lapin la dernière fois, et me suis retrouvée cul par-dessus tête... j'ai fini avec un poignet cassé."

"Aïe." Dar rit.

"Alors... est-ce que vous allez suivre le conseil du docteur ?" Demanda Kerry. "Prendre des vacances, je veux dire ?"

Dar leva les yeux. "Vous essayez de vous débarrasser de moi ?" Son ton était léger mais méfiant.

"Non." Répondit Kerry très sérieusement. "J'essaie de me représenter comment je vais pouvoir faire installer une mitrailleuse sur mon bureau à temps." Elle leva les mains. "Rattataataa."

Dar ne put s'en empêcher, elle éclata de rire, se penchant en arrière et sentant tout son corps se détendre après la tension de la journée. "Oh... Mon Dieu, merci... j'en avais besoin." Elle complimenta la jeune blonde, puis appuya son menton sur ses doigts entremêlés. Une idée jaillit dans son esprit, et elle commença à parler avant même de vraiment penser à ce qu'elle faisait. "Écoutez... je dois aller au bureau de Miami Sud pour un rendez-vous rapide... je pense que vous devriez venir avec moi, comme ça je pourrais vous présenter aux gars là-bas."

"D’accord." Kerry approuva aimablement, toute contente d'avoir pu faire rire Dar. "Ça me va aussi... et c'est pratiquement sur mon chemin, de toute façon."

"Hé... nous pourrions... essayer ce restaurant Thaï après le rendez-vous... c'est justement par là-bas... je n'ai pas déjeuné, alors..." Dar se sentit un peu embarrassée mais détendue lorsqu'elle vit les yeux de Kerry s'éclairer. "Je n’y suis pas allez depuis longtemps."

"Bien sûr." La jeune femme approuva avec enthousiasme. "J'ai attendu d'en avoir l'occasion... aucun de mes amis n'aime manger Thaï, alors... j'attendais quelqu'un qui aime, ou d'y aller toute seule." Elle fit une grimace. "J'ai horreur de faire ça."

Dar jeta un coup d'œil à ses mains. "Je m'y suis habituée au cours des années." Commenta-t-elle légèrement. "Mais je sais ce que vous voulez dire." Elle se leva." Ok... et bien, alors allons-y... ce rendez-vous est fixé à cinq heures."

"J'attrape mes affaires et je vous rejoins à l'ascenseur." Kerry approuva et sortit à petits pas.

La pièce semblait tellement plus vide sans elle, songea Dar. Elle savait à peine pourquoi elle avait amené le sujet du restaurant, sinon le fait qu'elle avait faim... et...

Et...

Dar mâchouilla sa lèvre. "Et que tu aimes passer du temps avec elle." Se dit-elle ironiquement. "Allons, admets-le tout simplement... elle représente une nouvelle perspective... totalement différente de la tienne, et pour une folle raison, elle t'aime bien." Un doux soupir. "Que je sois maudite si je sais pourquoi ?"

Elle resta assise à réfléchir pendant un moment encore, puis elle rassembla ses affaires et sortit.

Alyss
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